CHAPITRE XI
et enseigne déployée ; que les bourgeois et habitants »««■ en feroient de même avec promesse néanmoins de toutes sortes de bons traitements à ceux qui voudroient demeurer dans la ville, laquelle ne seroit point démolie , et qu'un chacun pourroit jouir de ce qui lui appartiendroit sans aucun empêchement, et seroit libre de pouvoir se retirer avec toute sûreté où bon lui sembleroit , sous les conditions aussi que les gens de guerre ou autres promettroient de ne porter les armes de trois mois contre le service du Roi.
La capitulation fut assez bien observée pour ceux qui voulurent se conduire par terre, bien que la plupart fussent détroussés des hardes qu'ils portoient, et que le chariot de monsieur de Montpouillan y fût pris; mais quelques vieilles femmes et les blessés qu'on n'avoit moyen de faire porter à Clairac et qu'on y devoit mener par la rivière, monsieur d'Elbœuf faisant fournir les bateaux pour cela, ceux-là furent fort maltraités, car la plupart furent jetés dans l'eau et massacrés, il y en eut quelques - uns qui ayant gagné terre, se sauvèrent comme ils purent.
Monsieur le Marquis de la Force avec la cavalerie alla au-devant pour recevoir ceux de Ton-
neins; on portoit monsieur de Montpouillan sur îv. 29
une chaise, extrêmement malade de sa blessure, pour avoir été mal pansé, et avec cela il étoit encore travaillé d'une grande fièvre, et cependant il ne se peut représenter le soin qu'il avoit pour la conduite et sûreté de ses gens, et le grand déplaisir qu'il recevoit, les voyant maltraités, et comme il s'occupoit à faire assister ceux qui en avoient besoin. Mais lorsqu'il fut arrivé à Clairac et qu'il vit qu'on avoit fermé les portes, et qu'on n'y vouloit laisser entrer pas un de ceux qui étoient sortis de Tonneins et qui la plupart mouroient de faim et de misère, cruel et rude traitement pour des gens qui avoient si bien fait ! ce fut là que sa douleur et son déplaisir se rengrégèrent ; il résolut de demeurer à la campagne avec les soldats, et il fut impossible de le décider à entrer dans la ville avant qu'on ne lui eût promis qu'on y laisseroit entrer aussi les soldats, ce qui pourtant ne fut accordé qu'à ceux qui avoient des parents à Clairac ou qui du voisinage, étoient volontairement recueillis par leurs amis et connoissances, car pour tous les autres, il ne se peut dire les plaintes qu'ils en faisoient, même le crédit de monsieur de la Force ne fut pas assez grand pour y remédier, ne se voulant pas porter aux extrémités afin d'obliger à quelque chose <l<" mieux monsieur de Lusignan,