‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 183 sur 233 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lequel d'ordinaire tenoit deux compagnies à la «022. porte qui ne s'ouvroit que quand bon lui sembloit; et avec toutes les peines et difficultés du monde consentoit-il encore à fournir du bled qu'on avoit pris à Granges et duquel il s'étoit entièrement saisi, pour faire du pain aux pauvres soldats logés aux environs de Clairac, mais loin de vouloir le donner à ces malheureux à demi morts de faim qui étoient sortis de Tonneins, il vendoit au contraire son bled bien chèrement aux uns et aux autres.

Le lendemain, on apprend que monsieur d'Elbœuf avoit entièrement fait mettre le feu par tout Tonneins, et qu'on n'y laissoit pas pierre sur pierre , contre la promesse qu'il en avoit faite; en ce même temps arrivèrent les mauvaises nouvelles de la défaite de monsieur de Soubise aux Sables d'Olonne avec la perte totale de son infanterie, et que le Roi s'en alloit assiéger Royan. Ce ne fut pas pour réjouir ceux qui n'étoient point encore hors d'espérance de pouvoir un peu mieux remettre leurs affaires, tandis que monsieur d'Elbœuf seroit obligé d'aller rafraîchir ses troupes et se refaire, car la plupart de ceux qui l'avoient assisté en cette occasion, se vouloient retirer.

Tellement que bien que monsieur de Montpouillan fût extrêmement mal et en quelque façon sans

1622. espérance de guérison, monsieur de la Force se résolut de s'en retourner à Sainte-Foi où il avoit quelques jours auparavant renvoyé monsieur d'Eymel, son fils, pour les obliger au travail de leurs fortifications et à se pourvoir de poudre et autres munitions de guerre de quoi ils avoient bon besoin, ayant été toujours fort négligents à s'en précautionner, car jusque-là il avoit été impossible de les décider à y employer de l'argent.

Mais monsieur de la Force avoit un extrême regret de quitter monsieur de Montpouillan, en un si mauvais état, et il n'y a point de doute que le devoir de sa charge, et l'amitié qu'il avoit pour son fils , qui le méritoit, ne fissent un grand combat en lui, et si grand que sa douleur et son affliction étoient connues de tout le monde. Aussi véritablement la perte de monsieur de Montpouillan ne pouvoit jamais être assez estimée ni regrettée, car malaisément en son âge se fùt-il pu rencontrer un gentilhomme si bien fait ni si accompli en toutes les qualités qui se peuvent souhaiter dans un homme, soit pour la paix, soit pour la guerre.

Monsieur de la Force prend donc son chemin du côté de Sainte-Foi, où de nouveau, il fut encore abandonné de ce peu de gens qu'il avoit à Clairac, car pour les gens de pied, les principaux chefs ou

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