CHAPITRE H
présenta la disposition du Baillif. Ledit sieur de Pa- !«»• nissault se servoit de tous ces moyens pour persuader à ceux de Bergerac le mauvais état auquel ils se trouvoient pour pouvoir résister, et que s'ils ne songeoient promptement à eux, qu'ils étoient tous perdus , et que le Roi ne venoit là que pour attraper monsieur de la Force , ce qui seroit cause de leur ruine; souvent même il parloit trop librement devant les habitants, mais à dessein, représentant à monsieur de la Force la foiblesse de la ville , le peu de gens qu'il avoit pour la défendre, et l'impossibilité à pouvoir résister, et avec cela ledit Panissault faisant toujours bonne mine et se montrant bien résolu à bien faire.
Nous dirons encore auparavant ceci qui est considérable , c'est que le Baillif de Bergerac homme violent qui avoit paru tant échauffé (en qui le sieur de Castelnaut avoit une particulière confiance , et qu'il avoit toujours maintenu et soutenu contre ses ennemis, ne faisant rien sans le lui communiquer, ) voyant le Roi approcher et le peu de résistance qu'il avoit trouvée aux places qu'il avoit voulu attaquer, et que presque toutes celles de la province étoient disposées à lui rendre obéissance, et avant ce tempslà le sieur de Bourdeille, Sénéchal et Gouverneur de Périgord, l'ayant fait solliciter, enfin je ne sais
i62i. par quelle lâcheté et perfidie, et pour la crainte de perdre sa charge, la paix venant à se faire, sachant bien d'ailleurs que le lieutenant-général Charon ne s'y épargnerait pas, bref ledit Baillif prêta l'oreille aux propositions qu'on lui faisoit, et souvent depuis il donna rendez-vous à une sienne métairie, qu'il avoit près de Bergerac, a celui que monsieur de Bourdeille envoyoit vers lui, et on ne soupçonna jamais ses allées et venues, car on se fioit trop à lui, et c'étoit durant les moissons.
Mais comme ledit Baillif ne s'assuroit pas bien aux promesses que le sieur de Bourdeille lui faisoit faire , il retira des seings du Maire , son cousin, nommé Tireguan (jeune homme qui avoit été mis là par lui pour en mieux disposer à sa volonté), et de quelque autre des Consuls, et envoya un certain Lafargue, marchand, vers le Roi, pour l'assurer de sa fidélité et affection et des moyens qu'il avoit de lui rendre service à cause du grand pouvoir et crédit qu'il avoit dans Bergerac, à l'aide duquel il obligerait les habitants à recevoir sa Majesté. Et il eut ce bonheur qu'il ne fut jamais découvert, ni même soupçonné.
Ainsi tous contribuent à leur malheur cl traversent les bons desseins du sieur de la Force, et détournent les volontés des bien alVeetionnés. Le