‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 33 sur 233 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

laissant quelque espérance de bien faire au sieur de i^2'la Force.

Est à noter que ce jour-là le sieur de Panissault ne vint pas à Bergerac, et ne laissoit pourtant de faire jouer les plus puissants ressorts, pour faire que les habitants se résolussent à députer vers le Roi et à abandonner monsieur de la Force, ou à tout le moins à faire en sorte qu'ils se di- Msassent tellement entre elix, que monsieur de la Force jugeât qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui.

Cependant le Baillif de Bergerac avec les autres, fait sa brigue, et fait en sorte qu'il assemble environ une quarantaine des principaux bourgeois et de ceux qui étoient rentrés dans la ville, car bon nombre en étoient sortis auparavant, soit qu'ils fussent de la cabale de Charon, ou que l'appréhension d'un siège les en eut fait sortir. Ils reviennent avec ce nombre au logis du sieur de la Force étant déjà nuit, lui disent sans marchander, quils étoimt résolus de mander au Roi que si leurs portes n étoient pas assez larges pour lui faire entrée, quils romproient de leurs murailles, et que c'est la volonté générale de tous les principaux habitants, quils le supplient donc de ne le trouver mauvais , et que pour cet effet ils avoient nommé des députés pour aller trouver sa Ma-

162»- jesté et protester de leur obéissance, et que même déjà ils les av oient fait partir.

De ce changement si surprenant il ne faut pas douter que monsieur de la Force ne se trouvât un peu étonné, car il n'avoit tenu qu à lui qu'il n'eût fait sa paix fort avantageuse, lui ayant été offerte à diverses fois; mais il préférait la gloire de Dieu et le bien et conservation de ses églises à son particulier, et connoissoit assez que ce qu'on lui olTroit, n'étoit ni par affection ni bonne volonté qu'on lui portât, mais qu'on tàchoit à le corrompre par promesse, afin qu'il ne les empêchât pas de venir à bout de leurs desseins, qui tendoicnt à la ruine entière de ceux de la Religion.

Et particulièrement encore, il n'y avoit pas huit jours que le sieur de Piegagnac, capitaine au régiment de Navarre, et de la Religion, avoit été vers lui pour cela; il ne faut pas douter aussi que, s'il se fut voulu amuser aux deux Tonneins et à Clairac (lieux aussi capables pour leur assiette, voire davantage, et en aussi bon et meilleur état pour se pouvoir défendre que Bergerac"), que ces peuples qui sont fort soldats, ne s'y fussent résolus; mais la grande confiance qu'il avoit à Bergerac, la presse que tout ce peuple lui avoit donnée d'y retourner, et aussi pour ce que cette place étoit la plus avancée et la

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