‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 34 sur 233 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

première sur le chemin du Roi, qu'elle ëtoit jup-ée ,C2^ la plus importante de la province, et que de longue main il en avoit été Gouverneur, et les avoit grandement obligés et leur avoit témoigné son affection en plusieurs occasions, tout cela l'avoit fait résoudre à s'employer particulièrement à la défense de ce lieu.

Il leur dit donc : Messieurs, si cest là voire volonté, bien que je le pourrois, je ne vous veux pas contraindre ni forcer; bien qu aussi vous ne me deviez pas avoir abusé et (rompe comme vous faites, car à votre considération et très-instante prière, j'ai abandonné tout le reste et me suis rendu en ce lieu, et vous ai témoigné ny vouloir épargner ni ma vie, ni mes biens, et y ai employé mes amis qui se sont ici engagés avec moi pour votre conservation et défense; mais je vois bien que ce sera donc à moi ci aviser à ce que j'aurai ci faire.

En ce temps-là monsieur de la Force étoit tout indisposé et particulièrement d'un érysipèle à la jambe qui l'obligeoit le plus souvent à garder le lit. Ces messieurs l'ayant quitté sans qu'ils se voulussent départir de leur résolution, monsieur de la Force monte à cheval pour aller trouver ses enfants qui étoient au travail, et conférer avec eux de ce qu'il avoit à faire. Il trouva monsieur le Marquis

wm. de la Force le premier, et après monsieur de Castelnaut; il fut résolu entre eux qu'il assemblcroit à son logis toutes les personnes de commandement et autres de considération qui à son occasion s'étoient rendues à Bergerac, et qu'il leur communiqueroit la résolution de ceux de la ville, et prendroit leur avis là-dessus ; il envoya aussi chercher le sieur de Panissault, de qui la maison éloit assez proche de Bergerac: mais lui qui savoit bien de quoi il étoit question, refusa d'y venir.

Mais comme monsieur de la Force ne lui avoit pas mandé le sujet pourquoi il l'appeloit, il v renvoya le sieur de Barraud pour le lui dire, et vu l'importance de l'affaire, il le conjuroit encore de venir; ce que refusa Panissault pour la seconde fois, quoiqu'il n'eût ni empêchement ni excuse pour s'en pouvoir dédire, et il manda à monsieur delaForcedes'cnalleràTonneinsou à Clairacavec tous les gens de guerre qu'il avoit, l'assurant qu'avec ce qu'il y mènera, il obligera les habitants à se défendre, mais sans s'offrir de les accompagner.

Cependant la connoissanec que monsieur de la Force donna de la résolution qu'avoient prise ceux de Bergerac, surprit et étonna tous ces messieurs qui éloient là assemblés; un chacun d'eux ('tant plutôt persuadé de voir arriver toute autre chose

Page 1