CHAPITRE H
que cela, car le commun de la bourgeoisie étoit fort teu. résolu et tellement bien disposé que si la chose leur eût été communiquée, sans doute qu'ils se fussent émus et eussent fait sédition, d'où ceux qui étoient venus porter la parole au sieur de la Force de leurs intentions et résolutions, ne se fussent pas bien trouvés, car outre cela, de longue main le peuple en soupçonnoit quelques-uns et avoit mauvaise opinion d'eux.
Toutes les raisons et considérations qui se peuvent, furent alléguées sur ce sujet, et il fut jugé que, bien que monsieur de la Force fût assez puissant pour contraindre les habitants et les ranger à sa volonté, que néanmoins, étant obligé d'employer des gens de guerre pour se maintenir le maître, que ce scroit beaucoup saffoiblir, et que toujours aussi on auroit sujet de les soupçonner et craindre ; et que d'avoir à se garder du dehors, que ce seroit se vouloir hasarder au delà de la témérité ou de l'inconsidération, vu qu'on ne se pouvoit promettre nulle assistance des habitants qui peut-être au plus grand besoin lui feroient faux-bond, que le nombre des gens de guerre aussi sans l'assistance de ceux de la ville, n'étoit ni suffisant ni capable à soutenir un siège.
Ainsi ils conseillent tous au sieur de la Force de
»6îi se retirer. Les uns proposent de gagner la Garonne avec les gens de guerre qui étoient là, et de tâcher à faire résoudre ou Chirac ou ceux de Tonneins à se défendre; les autres, de se retirer du côté de Monflanquin et Tournoi), et de là, selon qu'on verroif , de gagner Montauban. Mais à cela d'autres opposent ces raisons : que déjà la plupart des villes avoient envoyé leurs députés vers le Roi pour protester de leur obéissance, sous les promesses que le sieur de Pardaillan leur avoit faites, que le Roi ne demanderait autre chose d'eux et qu'il ne serait rien innové en leur état et condition; bien plus que le Roi n'iroit pas dans leurs villes, et que c'est seulement à monsieur de la Force à qui il en veut : ils ajoutent encore qu'il est même à craindre que ces villes ne le reçoivent pas, et que de s'engager à la campagne avec un petit nombre de gens de guerre, il n'y avoit pas d'apparence de succès ; que le chemin ëtoit long et qu'il serait très-difficile ou même impossible de s'y pouvoir conduire.
Partant il fut résolu que monsieur de la Force prendrait le chemin ou la route qu'il jugerait le plus à propos pour mettre en sûreté sa personne. Et cependant par une insigne perfidie et trahison, Le sieur dePahissault dépêche incontinent un des iens nommé Boulon pour donner avis au Roi