CHAPITRE II
gerac, ne put jamais obliger personne d'iceux à lui *«*• prêter de l'argent, quoique le bruit étoit qu'il y avoit cinq cent mille livres à prêter, et pour cela il offrit engage sa vaisselle et sa pierrerie, si bien que lorsqu'il partit, lui et monsieur le Marquis de la Force n'avoient que soixante pistoles qu'ils partagèrent entre eux à leur séparation; mais par hasard quelques jours auparavant le sieur de Gastelnaut avoit emprunté douze cents écus pour faire travailler aux fortifications de Bergerac, il lui en resloit quatre cents qui firent bien besoin à monsieur de la Force.
Environ à deux lieues de Bergerac, il fut question que le sieur de la Force abandonnât les femmes pour prendre sa route du côté deMonîlanquin; de dire combien cette séparation fut rude et pleine d'affliction, nous le laisserons à l'imagination de ceux qui se sont trouvés en pareilles occasions : car à ce coup d'une Maison très-splendide et puissante, elle se voit réduite à une très-grande extrémité, ne sachant qu'est-ce qu'ils deviendront, et si une fois ils sont séparés, comme l'occasion et leur malheureux état les y obligent, s'ils dévoient jamais plus espérer de se voir réunis?
Cette séparation étoit donc pitoyable et douloureuse, et principalement aux femmes qui voient
s'éloigner leurs maris et leurs enfants; néanmoins monsieur de la Force d'une constance admirable, supporte un si rude choc de la fortune, et prend sa route à Monflanquîn où il est reçu du Gouverneur et des habitants, non en intention qu'il s'y arrêtât et de le protéger, car ils étaient de ceux qui avoient envoyé vers le Roi, mais seulement de lui faciliter son passage.
Là encore il fallut faire une nouvelle séparation, le sieur de la Force renvoie son jeune fils de Castelmoi on retrouver sa mère pour être encore trop foible à pouvoir supporter la fatigue de la guerre. Il se s lumit avec un très-grand déplaisir à l'obéissance et volonté de son père, lequel aussi jugea à propos que le Marquis de la Force avec la plupart des gens de cheval qu'il avoit avec lui, s'en retournât à Clairac où il avoil été reçu des habitants pour Gouverneur, pour voir s'ils seroient en volonté de se défendre, comme aussi ceux de ïonneins où le Baron d'Eymet étoit.
Le sieur de la Force avec les Marquis de Castelnaut et de Tonneins, ses autres enfants, et son petit-fils le Baron de Boissc, prit une heure avant jour le chemin de Tournon, où après avoir diné de bon matin chez le sieur de Vivans, Gouverneur, il monta à cheval pouvant être en tout, bors ses do-