‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 38 sur 233 · chapitre n · texte numérisé non relu

chapitre n

mestiques, une vingtaine d'hommes de défense à mu cheval, une partie même étant de ses gardes ; et ayant choisi de bons guides, il prit la route de Caussade, étant impossible de pouvoir passer ailleurs; et fallut que caché dans des bois, il attendit la nuit pour favoriser son passage qui lui eût été très-difficile autrement. Encore avec cela se conduisit-il avec beaucoup de peine et parmi mille alarmes et quantité de mousquetades de divers lieux où la nécessité le contraignoit de passer. De même il lui falloit traverser un ruisseau non guéable sur un pont bien barricadé, où les voisins du lieu faisoient garde ordinairement; que s'il se fût trouvé qu'ils y eussent été cette nuit-là, il auroit été exposé à un grand danger et bien empêché de pouvoir passer ailleurs, mais le guide très-expert et sachant bien les chemins, faisant arrêter monsieur de la Force, prit une autre route avec lui, et tous deux à pied pour ne point faire de bruit et pour n'être pas découverts, furent reconnoitre le pont et n'y trouvèrent personne.

Le Marquis de la Force fut à Chirac, leur offrant d'employer sa vie et celle de ses amis pour leur conservation ; bien que quelque partie des habitants fût en volonté de se défendre, néanmoins, il n'en put avoir d'autre résolution sinon qu'ils vouloient

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attendre quelle réponse leur rapporteroient les députés qu'ils avoienl envoyés vers le Roi. Sur quoi il leur déclara que dans cette incertitude, il ne pouvait demeurer avec eux, vu que venant à se soumettre en l'obéissance, il n'y avoit plus de sûreté pour lui, ni moyen de pouvoir se retirer ailleurs. Ik le prièrent en tout cas de leur laisser quelqu'un pour les commander s'ils en avoient besoin; il leur laissa Peyrebrune de Saint-Orse, homme capable de servir s'il ne se fût laissé gagner au bon vin de Clairac, comme il fil par la suite.

Delà, le Marquis de la Force futà Tonneins-dessus où éloit son frère d'Eymet. 11 trouva tous ceux de ce lieu qui sont particulièrement ses sujets, fort disposés à ce qu'il eût voulu, mais sans ceux de Tonneins-dessous il n'y avoit pas d'apparence de s'engager en ce lieu-là; il fit bien tout ce qu'il put pour engager ceux de Tonneins-dessous à se détendre, mais de longue main le Gouverneur ' n'en valoit rien, et avoit encore été sollicité et corrompu par monsieur de Pardaillan, tellement qu'il fut impossible de les y disposer; et par ainsi le Marquis de la Force et monsieur d'Eymet se résolurent à prendre leur route vers Castelnaut.

1 Jacquet de rtruet, sieur de la Garde, dont il a été j>arli; dans les Mémoires de la force.

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