CHAPITRE II
En même temps le Roi s'achemina à Sainte-Foi i«u. et Bergerac; et ceux de Nérac se voyant hors d'espérance d'être secourus , et du reste la place assez foible par elle-même ne s'étant maintenue jusqu'à cette heure que par la valeur de ceux qui étoient dedans, après avoir reçu des nouvelles de monsieur de la Force qui leur donnoit avis de ce qui se passoit et de tacher à faire la plus honorable capitulation qu'ils pourroient, s'étoient rendus à mon- 9 juillet. sieur de Mayenne sous de fort bonnes conditions ; et monsieur de Montpouillan étant venu retrouver ses frères, s'en alla à Castelnaut avec eux.
Monsieur de la Force ayant passé toute la nuit et demeuré plus de vingt-quatre heures à cheval, arrive à Caussade, lieu qui appartenoit à monsieur 14 juillet, de Sully et qu'on avoit commencé à très-bien fortifier, il n'y trouva pas comme il le croyoit, le Comte d'Orval, son gendre, qui étoit allé vers Castres avec monsieur de Rohan. Son arrivée fut sue incontinent par tous ces quartiers-là, entre autres à Saint- Antonin, où étoit un Béarnois nommé Mazéres, ou autrement le Comte de Bourgfranc, que monsieur de Rohan y avoit mis pour Gouverneur pour la bonne opinion qu'il avoit de lui , lequel aussitôt qu'il sut que monsieur de la Force étoit à Caussade,
ne manqua pas d'y aller ; et y arrivant environ la miiv. 11
nuit, le va trouver au lit malade des grandes douleurs que sou érvsipéle lui causoit, s'enquiert de ce qui s'est passé en Guyenne, et ayant demeuré un couple d'heures avec lui, part promptement et sans donner au sieur de la Force le temps de pouvoir s'enquérir de l'élal des affaires de ce pays-là, bien qu'il l'en priât et de vouloir s'arrêter un peu; même qu il le fit suivre par son valet de chambre pour l'en prier encore , c'est ce que ledit Bourgfranc ne voulut pas faire, et prit son chemin droit à Montauban sans en donner connoissance à monsieurde la Force. Et ne faut pas douter qu'il ne s'y en allât en diligence et avec de mauvais desseins; et s'imaginant que monsieur de la Force pourroit s'y acheminer le lendemain , il le voulut prévenir pour préoccuper les esprits de ceux de Montauban, et faire en sorte qu'ils ne le voulussent point recevoir, leur persuadant, car il étoit un peu charlatan, que comme il a voit perdu le Béarn et la Guyenne, qu'il venoit pour en faire autant de Montauban, s'il pouvoit ; jugeant bien que si monsieur de la Force y étoit reçu, qu'à cause de sa capacité et bonne conduite, que cela nuiroit beaucoup à iefl desteinp etrempècheroit de pouvoir si facilement
réussir.
\ oi<i que !<• lendemain matin, ceux de Monlau-