CHAPITRE III
SOMMAIRE
Justification de M. de la Force d'avoir quitté le Béarn et Bergerac. — Il entre dans Montauban avant qu'on ait pu délibérer si on le recevroit. — Les Consuls lui rendent visite et lui assignent un logement. — Mouvements populaires suscités contre lui. — On parle de le poignarder et de le jeter dans le Tarn. — Son entrevue avec les Pasteurs Béraud et Charnier. — Il dissipe les préventions accréditées parmi les habitants. — Les Marquis de la Force et de Montpouillan pénètrent dans la Rochelle à travers l'armée de d'Épernon. — Le Baron d'Eymet arrive à Montauban malgré les obstacles qui s'opposent à son passage. — Les Monialbanois assomment et noyent un Catholique qu'ils prennent pour un espion. — M. de la Force blâme cette cruauté, et sauve un bourgeois que la populace alloit égorger. — Arrivée du Comte d'Orval.
— Castelnaut va le chercher à Caussade. — Le Comte de Bourgfranc veut s'arroger l'autorité. — M. de la Force déjoue ses pernicieux desseins. — On lui donne le commandement des troupes en campagne. — Soumission des villes de la Basse-Guyenne. — M. de Rambures bâtit une citadelle à Bergerac. — Clairac déterminé à se défendre. — Le roi vient l'assiéger. — La place se rend au bout de quinze jours par la trahison des chefs. — Cruautés commises par l'armée royale. — Le Duc de Mayenne s'approche de Montauban.
— M. de Castelnaut donne une alerte à ses troupes. —Démarches faites pour gagner M. de la Force. — Le Roi passe l'Aveyron et met le siège devant Montauban. — On offre à M. de Castelnaut le quartier de Ville-Bourbon. — Il préfère celui de Monlmirat comme le plus foible. — Désertion du sieur de Veilles. — Escarmouches entre les assiégeants et les assiégés. — Inexpérience de ces derniers. — M. de la Force les dirige. — Le Roi croit avoir bon marché de la place. — Ses motifs. — Isolement de Montauban. — Défection de la plupart des gentilshommes de la Religion.
Que si nous nous sommes si fort étendus sur les au.
i62i. causes et particularités qui obligèrent monsieur de la Force à sortir de Bergerac pour aller ensuite chercher retraite à Montauban, c'est que nous l'avons cru nécessaire parce que plusieurs ne savent pas la vérité de ce qui s'est passé, et parce qu'on le lui a voulu reprocher dès ce temps-là, et faire un sujet de blâme de ce qu'il avoit fait. Aussi ai-je cru qu'avant de continuer ce récit, je devois justifier le sieur de la Force et faire connoitre son innocence, car sa conscience et son honneur lui étoient plus chers mille fois que la vie, comme il l'a assez souvent témoigné , et très-assurément jamais il n'eût abandonné ni ceux de Bergerac ni le Béarn, s'ils se fussent montrés tels qu'ils dévoient être, et avec cela , il y a beaucoup d'apparence qu'ils se fussent conservés et que la Guyenne et beaucoup d'autres provinces n'eussent pas reçu le désavantage qu'elles ont éprouvé, et par ce moyen auroient évité leur ruine et les pertes qu'elles ont faites. On peut juger en effet que si le sieur de la Force a quitté la Guyenne, comme aussi le Béarn, c'est qu'il y a été forcé par le peu de dispositions qu'il a trouvées aux uns et aux autres de se vouloir conserver, et la faiblesse qu'ils onl témoigné* en se laissant si facilement aller aux persuasions de ceux qui les ont trahis sous de belles promesses , n'ayant