‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 42 sur 233 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

d'autre but que d'avancer leur fortune et rendre mu leur condition meilleure, et faisant voir le peu de zèle et d'affection qu'ils avoient pour la gloire de Dieu et la conservation de ses Églises; mais Dieu n'a pas permis qu'ils aient profité de leur déloyauté, les ayant punis et ceux qui s'étoient trop lâchement prêtés à leurs séductions.

Voici que néanmoins le troisième jour après être 17 juillet. arrivé à Caussade, monsieur de la Force se dispose d'aller à Montauban, sans qu'il en eût rien fait savoir. Il envoie un valet de chambre du Comte d'Orval qui étoit connu de ceux delà ville, pour en avertir les Consuls et ceux qui gardoient les portes. Il avoit différé à dessein de leur annoncer sa venue pour ne pas leur donner le temps de conférer s'ils le dévoient recevoir, appréhendant que s'ils en eussent été avertis plus tôt, que le Comte de Bourgfranc ne les dissuadât de le recevoir, tellement qu'il fut à leur porte avant qu'ils pussent avoir rien résolu, se promettant qu'on ne lui refuseroit pas l'entrée, et que s'il étoit une fois dedans la ville, il saurait faire en sorte qu'on ne l'en chasserait point. Ainsi comme il l'avoit projetée, la chose arriva, ceux qui gardoient la porte le laissèrent entrer sans difficulté. Mais il ne fut pas sitôt à l'hôtellerie que les Consuls le venant voir, la

chambre fut toute pleine de gens. Les discours des Consuls ne lui témoignèrent pas qu'ils eussent ni contentement ni déplaisir de sa venue. Le Comte de Bourgfranc vint après , et lors on commença à s'enquérir de lui des nouvelles et du sujet qui l'avoit mené là, et en quel état il avoit laissé les affaires de la Basse-Guyenne, sur quoi il leur rendit raison de tout, même du sujet qui l'avoit obligé à quitter le Béarn, et que sur la bonne opinion qu'il avoit d'eux comme ne devant pas se laisser persuader aux sollicitations et promesses trompeuses de la Cour, qu'il étoit venu à dessein de les servir et employer sa vie ainsi que celle de ses enfants et de ses amis pour leur conservation.

Cependant les discours du peuple et des particuliers étoient tout pleins de menaces, ne parlant à ses gens que de poignarder, de jeter clans la rivière et par-dessus les murailles et qu'il ne falloit pas se fier a lui , qu'il avoit trahi le Béarn et la Guyenne, et qu'on devoit le chasser. Les principaux pourtant ne laissent pas que de lui rendre de lhonneur, et même les Consuls ' lui assignèrent dans la ville un logis bourgeois sans néanmoins lui

' lis dlaient au nombre de cinq, savoir : Jacques Dupuy, premier Consul ; Corneille Natalis, avocat; Pierre Lavergne, marchand; LÏlie Geneste, notaire, et Mariet Viguery, grossier.

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