‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 45 sur 233 · CHAPITRE El · texte numérisé non relu

CHAPITRE El

de leurs amis d'aller à la Rochelle, laquelle mon- 1621. sieur d'Espernon tenoit en quelque façon bloquée, leur causant tout le dommage qu'il lui étoit possible, venant souvent avec ses troupes jusqu'à leurs portes. Ces deux messieurs voyant le péril qu'il y a voit à courre pour y entrer, se précautionnèrent si bien que nonobstant les soins particuliers que principalement monsieur d'Espernon faisoit prendre, pour empêcher que personne no pût se jeter dedans, que nonobstant cela ils passèrent entre les corps de garde, s'y conduisirent fort heureusement et y furent très-bien reçus. En plusieurs rencontres ou sorties, ils ne donnèrent pas seulement des preuves de courage, mais aussi de leur capacité pour le fait de la guerre, et y acquirent beaucoup d'estime et de réputation.

Monsieur d'Eymet eut plus de peine à se conduire à Montauban. La première fois qu'il se mit en chemin, il fut contraint de rebrousser et s'en retourner à Castelnaut pour avoir fait rencontre de beaucoup de gens de guerre qui s'opposoient à son passage. Quelques jours après il en repartit et prit sa route; ce ne fut pas sans alarmes ni difficultés, sans même quelque espèce de combat et être contraint de traverser plusieurs rivières à de mauvais gués et à la nage, et d'être obligé en faisant bonne

i62i. mine de passer à la merci et au milieu des ennemis, en feignant d'être des leurs; enfin ils se conduisirent environ une vingtaine à Monlauban.

Avant l'arrivée du Comte d'Orval, il se passa deux particularités qu'il n'y aura pas de mal de représenter : la première, c'est qu'un qui n'étoit pas de la ville y étant venu, ses discours donnèrent connnoissance qu'il n'étoit pas de la Religion ; ce fut assez paur le faire soupçonner du peuple et que ce devoit être un espion ou quelqu'un qui venoit pour les trahir; si bien qu'incontinent ils s'émurent contre lui, et des paroles ils en vinrent aux coups. La populace se jetant sur lui après l'avoir frappé à plusieurs reprises même avec l'épée, ils le traînèrent jusque sur le pont et le jetèrent dans la rivière; puis voyant qu'à la nage il se mettoit en di voir de se sauver, il y en eut qui prirent des bateaux et le suivant, l'assommèrent à coups d'aviron et le firent noyer, cruauté qui n'est pas imaginable entre chrétiens; et tout cela fut fait en si peu detemps qu'il fut impossible à ceux qui avoient de l'autorité ou qui éi oient considérés du peuple, d'y pouvoir apporter du remède. Monsieur de la Forée ne se put empêcher de blâmer cette cruauté et de nouvel- l'action U r--in;iu\aise; il représenta aux

principaux du lieu que ces façons de faire étoieut

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