CHAPITRE m
d'une très-dangereuse conséquence, et qu'il étoit mt. tout à fait important pour leur bien et conservation de ne souffrir pas de telles émotions; que si cela venoit à continuer qu'enfin il n'y auroit de sûreté pour personne; qu'il seroit même à craindre que cela ne les portât à ne vouloir plus rendre d'obéissance ni à leurs magistrats ni à ceux qui doivent avoir le commandement sur eux.
La deuxième particularité fut aussi que ce peuple vint à soupçonner un honnête bourgeois de Montauban, lequel pour ce sujet avoit été mis en prison ; mais non content de cela, le peuple le vouloit avoir, et s'étant furieusement ému, étoit venu en très-grand nombre pour rompre les portes des prisons bien qu'elles fussent de fer. La clameur et le grand bruit qu'ils faisoient, étoient capables de donner de l'étonnement et de la frayeur à ceux qui n'en savoient pas le sujet; et comme le sieur de la Force se mettoit en devoir de s'enquérir de ce que c'étoit, voici le premier Consul, nommé Dupuy ',
1 Dupuy, lieutenant particulier au Sénéchal, et alors premier Consul: sa conduite pendant le siège lui a acquis quelque célébrité. C'était un homme d'un grand sens , habile et ferme; il aida puissamment à la défense de .Montauban, en pourvoyant à tous les besoins des assiégés et en maintenant dans la place un ordre admirable. En 622, le Duc'de Rohan , prévoyant que Montpellier allait être assiégé, fit entrer Dupuy dans cette ville pour y rendre les mêmes services que ceux qu'il avait rendus à Montauban.
i62i. avec quelques autres qui entrent dans son logis, et comme il eut appris d'eux la cause de ce tumulte, il leur dit :
Eh ! bien , Messieurs , et pourquoi n'étes-vous pas là avec vos chaperons , tant pour apaiser le peuple que pour le faire retirer ?
Ils lui répondirent :
Nos chaperons , Monsieur, vraiment nous nous en garderons bien, car si nous avions paru avec iceux et que nous voulussions user d'autorité, ils nous mettroient en mille pièces.
Eh ! bien, Messieurs, s'écria le sieur de la Force : moi j'y veux aller !
Vous, Monsieur ! dirent-ils : gardez-vous-en bien, ne le faites pas, il n'y a pas de sûreté parmi ce peuple mutiné ; en cet état ils ne respectent ni ne connoissent personne.
C'est tout un, répondit-il; je sais comme il faut ménager un peuple.
Et voulant ensuite sortir, ils s'y opposèrent, lui disant encore comme quoi ils ne l'oseroient suivre ; mais nonobstant les empêchements qu'ils y apportèrent et les appréhensions qu'ils lui voulurent donner, le sieur de la Force ne laissa pas de s'acheminer là où la rumeur étoit, et il y avoit si grande quantité de peuple qu'il étoit presque impossible