CHAPITRE III
dessus, on fait les approches des trois lieux sus- mi-
août.
nommés l.
Du côté de Montmirat on ne faisoit que commencer seulement à travailler aux cornes qu'on avoit dessein d'y faire, lesquelles même n'étoient pas encore parachevées de tracer lorsque les gens du Roi commencèrent à paroitre, et que plusieurs sortirent de Montauban pour s'escarmoucher avec eux et les empêcher d'avancer. Ce fut environ sur les deux heures après midi que commença l'attaque, et elle dura jusqu'à la nuit : il y eut plusieurs de blessés et de tués tant d'un côté que d'autre , et d'entre ceux de Montauban le capitaine Lentillac reçut un coup de mousquet à la jambe dont il ne guérit de tout le siège.
Il est encore à remarquer qu'il y avoit fort peu ou point du tout de personnes de Montauban qui eussent d'expérience ou qui eussent jamais eu de commandement ou vu de guerre ; aussi étoit-il plus difficile de les assujettir à leur devoir et de les contraindre à faire les choses nécessaires pour leur conservation et défense ; car outre que c'est un peuple qui présume beaucoup de soi et qui ne souffre pas volontiers d'être dominé, avec cela il se flattoit
1 Montmirat, le Moustier et Ville-Bourbon.
JJJJj aisément de pouvoir venir à bout de tout ce qu'il désiroit ou vouloit. Ainsi dans le commencement du siège, ils donnèrent bien de la peine à ceux qui leur ordonnoient les choses nécessaires à leur conservation, parce qu'ils n'en comprenoient pas l'importance, ce qui les obligeoit souvent à mépriser le commandement ou à ne l'exécuter pas; mais dans la suite jugeant facilement de la nécessité et reconnoissant qu'on ne leur ordonnoit rien qui ne leur fut utile pour empêcber que ceux qui les attaquoient ne vinssent si facilement à bout de leurs desseins, ils ne résistèrent plus ; mais je dirai davantage c'est qu'ils prirent une telle créance en monsieur de la Force et jugèrent que tous les conseils et tous les ordres qu'il donnoit, étoient si à propos, si utiles et conduits avec tant d'expérience et de prudence qu'après avoir dit : // faut faire une telle chose, il n'y avoit plus de conseil à prendre, mais à se mettre en devoir de l'exécuter, ce qui se vérifiera clairement par la suite de ce qui se passa dans ce siège.
Montauban n'est pas sitôt attaqué qu'on le croit perdu, et généralement tout le monde est dans cette créance qu'il ne fera pas grande résistance, et qu'au pis aller il ne sauroit subsister quinze jours. Plusieurs raisons pouvoient fortifier cette