CHAPITRE IV
comme celui seul qui les pouvoit mieux connoitre mm. que tout autre et pour en avoir ses avis, car monsieur de la Force n'avoit presque que des Béarnois avec lui. Parmi ces arrivants se trouvoit un nommé Sauvage qui avoit été lieutenant de la compagnie de monsieur de Castelnaut, et qui lui étant amené, 20 mû». ne manqua pas de tâcher à persuader à tout le monde que la seule affection qu'il avoit d'employer sa vie pour la gloire de Dieu et défendre la cause de la Religion, F avoit conduit là.
Monsieur de Castelnaut fut très-aise de l'y voir, le jugeant capable de rendre service, étant homme du métier, mais ignorant d'ailleurs aussi bien que ceux de Montauban, qu'il étoit un de ceux qui avoient principalement contribué à trahir les habitants de Clairac, tellement que le sieur de Castelnaut le conjura de s'attacher auprès de lui pour l'assister; et ce quil'obligeoit principalement à cela, c'étoit le soin que prenoit le Comte de Bourgfranc d'attirer auprès de lui tous ces étrangers qui se jetoient dans Montauban; se doutant donc qu'il en voudroit faire de même de celui-ci, il vouloit le prévenir.
Pour ne rompre pas le fil de ce discours, nous dirons tout de suite et le sujet qui amenoit le sieur Sauvage à Montauban et les pratiques qu'il avoit
1621. ordre d'y faire; ee qui s'en ensuivit se dira ciaprès .
Premièrement il avoit ordre de voir monsieur de la Force et de travailler aux moyens de le pouvoir ébranler et l'obliger à sortir de Montauban, s'imaginant qu'après cela, il n'y auroit pas grande difficulté à venir à bout du reste. Ainsi donc avec toutes les assurances et belles promesses que vous vous pourriez imaginer, et sans découvrir son dessein, le sieur Sauvage commença à représenter à monsieur de la Force le grand nombre des troupes et la puissance du Roi , et qu'il étoit impossible que Montauban pût résister longuement et qu'il put s'échapper de venir es mains du Roi ; que pour quelque temps il pouvoit bien se défendre, mais qu'enfin il succomberoit , témoignant avec cela de beaucoup plaindre la fortune et le mauvais état auquel monsieur de la Force se rencontroit avec toute sa famille, et le désir qu'il avoit lui de le pouvoir servir.
Dans tous ces commencements le sieur de la Force ne soupçonne rien de lui; attribuant tout à son affection, il l'en remercie lui faisant voir d'ailleurs que ce qu'il en faisoit, étoit par une tu '■< i isité forcée, n'ayant jamais eu rien tant à cœur, •près l;i ;loire de Dieu , que le service du Roi et