CHAPITRE IV
que s'il étoit à présent obligé de s'opposer à ses mi. volontés, c'est parce qu'on l'y avoit contraint et qu'on l'avoit poussé à bout , et qu'il voyoit bien qu'on en vouloit à la Religion pour la conservation de laquelle il étoit de son devoir d'employer sa vie et tout ce que Dieu lui avoit donné.
Leurs premiers discours se passèrent ainsi. Néanmoins Sauvage , nonobstant la ferme résistance qu'il trouvoit en monsieur de la Force, ne se désiste pas de son dessein, mais continue à lui représenter le péril dans lequel il étoit engagé, et toute sa famille, l'assurant qu'il ne tiendroit qu'à lui de le pouvoir éviter.
La continuation de ce discours et l'empressement que monsieur de la Force connut en Sauvage pour tâcher de l'obliger à se vouloir servir des remèdes qu'il pourroit avoir pour se garantir des malheurs qu'il lui avoit représentés à diverses fois, firent juger à monsieur de la Force que Sauvage ne lui tenoit pas ce discours sans quelque mauvais dessein; si bien que cela l'obligea à lui dire que jusque-là, il avoit cru que ce qu'il lui avoit représenté , ne procédoit que de son affection, mais que la. sollicitation pressante qu'il lui en faisoit, lui donnoit sujet de penser qu'il pouvoit
avoir d'autres desseins, qu'ainsi il le prioit de iv. \k
«ai. s'en arrêter là, s'il vouloit qu'il n'eut pas cette créance.
Vous avez à savoir aussi qu'un gentilhomme béarnois nommé Lendresse, venant pour se jeter clans Montauban, avoit été pris prisonnier par les gens du Roi, et pour avoir sa liberté, on lui proposa de vouloir continuer son dessein, mais à cette condition, que ce seroit pour tâcher de servir le Roi et surtout pour tâcher d'obliger monsieur de la Force à vouloir abandonner ceux de Montauban, avec mille promesses, et toujours de le remettre dans toutes ses charges et Gouvernements. Le sienr de Lendresse, homme d'esprit, jugeant bien que c'étoit le seul moyen de recouvrer sa libellé et d'exécuter ce qu'il avoit entrepris , leur promet absolument d'y rapporter tout ce qui dépendra de lui, mais aux conditions aussi qu'en cas qu'il n'y pût disposer monsieur de la Force, qu'il seroit libre de faire ce qu'il lui plairoit; et ils l'engagèrent à leur rendre réponse. C'est ce que peu de personnes ont su , ni les moyens qui se tinrent afin qu'il se put acquitter de sa promesse, ce que nous dirons aussi par la suite.
Comme l'armée du Roi tâche par ses tranchées, ;i s'avancer de tous côtés pour joindre nos retranchemeots et autres fortifications, aussi chacun de