CHAPITRE IV
il se fit porter une cuve dans laquelle il se retiroit 1621et se reposoit quand l'occasion lui permettait; et durant tout le siège, il en usa de même, et comme ces cornes étaient assez grandes, il faisoit transporter sa cuve d'un lieu à un autre , selon qu'il y croyoit sa présence nécessaire.
Cela est aussi remarquable que ceux de Montauban étaient d'abord peu aguerris et que l'alarme ne se donnoit pas à un quartier, quoique très-éloigné, que soudain elle ne se mit dans tous les autres, et que généralement tout ce qu'il y avoit d'armes à feu ne fussent tirées; ce qui obligeoit monsieur de Castelnaut à leur représenter souvent combien ils avoient tort de prendre ainsi l'épouvante sans voir personne, et que, si sur ce temps-là, ils étaient attaqués et qu'on voulût faire un effort contre eux, qu'ils ne se trouveroient pas en état de s'y opposer. Dans le commencement et avant que les tranchées fussent en état, comme il y avoit toujours des mousquetaires au guet, il se mouchoit toujours quelque manteau rouge ou porteur de plumes, car ils ne s'amusoient guères qu'à tirer à ceux-là ; entre autres il y avoit un Ecossois qui était si bien ajusté avec un fauconneau ou arquebuse, qu'il ne le tiroit presque jamais sans faire coup. Monsieur de Castelnaut, quand il en avoit la commodité, ne
»62i. laissoit pas de s'y exercer et à donner des marques de son adresse à tirer.
Et il se faisoit si beau feu dans les cornes que d'ordinaire au commencement, outre les grenades, cercles à feu et fagots goudronnés qu'on jetoit pour découvrir le travail des ennemis, on tiroit bien jusqu'à quatre quintaux de poudre par jour.
11 se passa tant de particularités d'un côté et d'autre, qu'il seroit bien malaisé de les pouvoir toutes rapporter, ni précisément dire le temps où elles se sont passées. Il me souvient et lorsque j'en avois la mémoire encore fraîche, que je remarquai que de ceux mêmes qui avoient voulu prendre le soin de décrire le siège, qu'ils se sont mécomptes en divers endroits, mettant souvent, comme on dit, la charrette avant les bœufs, et je ne dis pas que je n'en puisse faire de même, mettant devant celles qui se sont passées après, mais néanmoins qui sont arrivées en temps ou autre. ier «ptemb. 11 arriva au bout de quelques jours du siège, que l'armée du Roi ayant avancé ses tranchées et fait ses embrasures pour leur artillerie, le matin comme le soleil se levoit, ayant mis dix pièces en batterie depuis le bord de la rivière du Tarn jusqu'au coin de la corne de Montmirat ( dont la courtine de ce côté-là est sans presque aucune défense, trés-lon-