‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 66 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gue et en quelque façon faite en angle rentrant, 1621« ayant été obligés de suivre la nature du lieu, où il y a quelques cavités, ) voilà que le canon commence à tirer, et comme on tenoit d'ordinaire une sentinelle sur le coin, pour découvrir de là ce qui se passoit dans les tranchées, le premier coup fut tiré si à propos que la sentinelle étant couchée sur le ventre, le coup l'emporta de telle façon qu'à peine se trouva-t-il quelque petite pièce de son corps, seulement une main avec une partie du bras. Ces dix canons tirèrent incessamment jusqu'à dix heures, renversèrent et éboulèrent entièrement toutes lesdi tes barriques avec (ou te la terre de toute cette courtine, si bien que de la tranchée on pouvoit voir ceux qui étoieut dans les cornes, depuis la tète jusqu'aux pieds, et j'oserai dire qu'ils avoient mis notre travail en tel état qu'il eût été facile à la cavalerie, même en escadron, de pouvoir entrer dedans; et nous y eûmes quelques gens de tués et blessés , entre autres un Béarnois expérimenté et brave soldat , pour avoir longuement porté les armes en Hollande et avec charge; si bien que de ce côté-là, nous ne voyions 2sePiembre. plus d'apparence de pouvoir tenir et subsister, et que nous serions contraints à abandonner le lieu et nous retirer derrière les bastions de Montmirat,

i62i. lorsque Dieu voulut délivrer les siens de ce péril imminent et inévitable, et ce, par un coup de miracle que le feu se mit à leurs poudres, outre l'étonnement et le mal que cela causa parmi eux par la perte de beaucoup de personnes, faisant voir que c'étoit une assistance qui venoit du ciel et non pas des hommes.

Et ce qui est de plus remarqnable encore, c'est qu'en même temps, il en arrive tout autant à Ville- Bourbon où messieurs de Montpezat ' et le fils aîné de monsieur de Ribérac en furent étouffés, aussi bien qu'en même temps ces deux batteries très-périlleuses, et surtout pour Montmirat, auquel quartier il ne se voyoit plus de ressources et où par force on étoit obligé d'abandonner tous les dehors. Ce secours si admirable et cette assistance extraordinaire de Dieu redonna entièrement la vie et remit les assiégés de l'extrême étonnement qui les avoit saisis, et les rassura en telle façon que dès l'heure même, ils commencent à travailler et à réparer ce que le canon avoit entièrement rasé. Là

1 Emmanuel Philibert Desprez de Montpezat, Marquis de Villars, que M. delà Force avait chassé du Bdarn en 1593. M. de Villars étoit frère utérin de M. de Mayenne, qui fut tellement affligé de ta mort, dit le Mercure François, que depuis ce moment il setnbloit dégoûté de la vie.

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