‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 67 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

non-seulement il se voit la diligence que générale- «mment tout le monde y apporte, mais principalement les femmes, quelque péril qu'il y eût, jour et nuit et sans cesser, dans l'espace de quarante-huit heures elles remuèrent tant de terres et épaissirent tellement cette courtine, qu'elles la mirent presque à l'épreuve du canon.

A Ville-Bourbon, il n'enétoitpas de même, parce que c'étoit ou contre la demi-lune ou contre des bastions, et quoique le canon y fit beaucoup de dommage, il y avoit encore beaucoup à faire avant que cela donnât le moyen aux assiégeants de pouvoir rien entreprendre.

Pour le Moustier, l'attaque n'en étoit pas encore bien grande ni fort pressante, quoiqu'il y eût beaucoup d'artillerie; cela n'empêcha point que d'un côté et d'autre, il ne s'y tuât force gens, les uns ne perdant pas de temps à avancer leur travail; les autres, à les en empêcher et à se défendre.

Après cela on vit qu'il étoit nécessaire de faire un corps de garde couvert à Montmirat, tant pour pouvoir mettre les soldats à l'abri de l'injure du temps que pour les armes, et ensuite on en fit d'autres. Cependant on ne laissoit pas de tirer toujours quelques coups de canon, et il arriva que l'un d'eux donna dans le terrain où il y avoit un soldat cou-

issu ché et qui rcposoit, ce coup ne perça pas le terrain, mais il ne laissa pas de jeter le soldat sur le corps de garde qui étoit à dix ou douze pas de là, sans lui faire d'ailleurs aucun autre mal.

Les gens du Roi s'étoient déjà fort approchés à la faveur de deux petits vallons qui alloient aboutir à la rivière, quoiqu'on eût mis dans 1 un un petit corps de ga rde qui en filoit ce lieu-là, mais comme on ne les pouvoit mettre que la nuit, et les en retirer de même, parce qu'ils n'y pouvoient aller qu'à découvert, cela ne put être continué longtemps.

Enfin les assiégeants s'avancent et tachent à vouer

loir gagner la tète des cornes de Montmirat, ce lieu étant plus commode que là où ilsavoient commencé leur première batterie. On leur i-ctarda quelque temps leur dessein, avant fait une tranchée au bout et en dehors des cornes, si bien qu'ils ne pouvoient éviter qu'on ne les enfilât et qu'on ne les vit d'un côté ou d'autre; mais enfin cela ne put empêcher qu'ils ne se logeassent et qu'ils n'y fissent une batterie de quatre canons qui n'étoient qu à trente pas des cornes, où les demi-bastions étaient très-petits, et se mirent à battre la courtine entre deux, qui n'étant pas de l'épaisseur requise pour réMeéef au canon, tous les coups la percoieni, et quoique cette terre soit extrêmement

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