‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 68 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bonne, néanmoins la brèche que le canon y fai- mu soit, ëtoit fort grande, car ils tiroient incessamment.

C'est ici encore où les hommes et les femmes font des diligences extraordinaires; il ne peut se dire la grande quantité de sacs pleins de terre qu'ils y apportent, mais surtout de grands fagots de sarments qu'on jetoit, et les sacs de terre dessus, outre celles qu'on prenoit là autour, car on en avoit fait deux ou trois banquettes pour pouvoir se la jeter de l'un à l'autre ; avec cela nos gens qui ne lais— soient toutes les nuits de faire quelques sorties par l'entre-deux des campements, et qui enlevoient toujours quelques petits logements, et en amenoient toujours quelques prisonniers desquels ou se servit pour ce travail au lieu le plus dangereux, bien qu'on avoit soin de les avertir quand on voyoit arriver les embrasures ; et se jetant à la banquette plus basse, ils se mettoient le ventre à terre. Cette batterie continua huit jours sans cesser, dans lequel temps il n'est pas croyable combien ce terrain fut renforcé et haussé, si bien que le canon n'y faisoit plus rien, et ainsi ils désistèrent d'y tirer; cependant commeon n'avoit pas cru pouvoir longuement empêcher qu'ils ne vinssent à être maitres des cornes, soit à cause de leurs batteries, soit à cause

220 MÉMOIRES ut MARQUIS DE CASTELNAUT.

i62i. des mines, étant déjà joints en plusieurs endroits au terrain d'icelles, on commença à travailler par le dedans à divers retranchements vis-à-vis des bastions ' des cornes, et oùétoit leur batterie, on y fit une demi-lune ; et du coté de la rivière où avoit été la première attaque, un petit fort à deux demibastions bien terrassé et fait de terre battue qu'ils appellent tapie, valant beaucoup mieux que si c'eût été une muraille, avec parapet, avec un fossé creux et de douze pieds de large ; et il n'est pas possible de se persuader comment ces choses s'étoient pu faire en si peu de temps, vu tant d'autres occupations qu'on avoit; et de presque tout ce travail, il en falloit donner louange à monsieur de la Force et à l'extrême soin que monsieur de Castelnaul v apportoit. Il étoit aussi très-bien assisté de plusieurs gentilshommes qui étoient au sieur de la Force, comme des sieurs de Fraische, Lendresse et Jasses qui savoient fort bien les mathématiques sans pourtant avoir jamais vu de guerre. Il y avoit aussi le sieur de Saint-Orse, mais il avoit été mis dans les cornes de Ville-Nouvelle, monsieur de Cas-

1 Les cornes de Montmirat se prolongeaient en avant de plusieurs des bastions, qui formaient l'enceinte de la ville de ce côte": les travaux furent donc faits ainsi que la demi-lune entre les cornes et les bastions. Par le lieu où ctoil leur batterie, il faut entendre l'endroit où portaient les boulets de la batterie des assiégeants.

Page 1