CHAPITRE IV
qui étoient auprès de lui, il choisit le moment où «si. il alloit conduire les gens qu'on mettoit au corps de garde du dehors , se doutant bien qu'ils ne manqueroient pas selon leur coutume de prendre l'alarme et de se retirer, et que pendant ce temps il se jetteroit dans la tranchée. Ce qu'ayant ainsi fait, il dit aux gens du Roi comme il avoit employé tous ses efforts et apporté toute son industrie pour obliger monsieur de la Force de satisfaire aux désirs de sa Majesté, qu'il n'y avoit rien pu gagner, et que selon la parole qui lui en avoit été donnée, il demandoit aussi à retourner dans Montauban ; à quoi il réussit au moyen d'un deuxième corps de garde qu'on renvoya au même lieu que les autres avoient quitté. Nous ajouterons ceci de plus, c'est que la chose fut si adroitement exécutée que personne ne soupçonna rien, jusqu'à ce que par une autre conférence qu'on eut , ceux qui étoient en icelle de la part du Roi , donnèrent connoissance de tout ce qui s'étoit passé, et on le reprocha particulièrement à monsieur de Castelnaut qui ne manqua de leur demander s'ils ne reconnoissoient pas qu'on se servît de toutes sortes de moyens pour donner de la méfiance à ceux de Montauban de tous ceux qui les assistaient, et principalement de
monsieur de la Force et des siens ; mais quoique iv. 15
162J* la chose fût, il leur persuada que c'étoit un artifice qu'ils employoient pour donner de l'ombrage contre ceux qu'ils croyoient leur être les plus utiles et nécessaires.
Il y a encore ceci à dire, que monsieur de Castelnaut ayant demeuré quelques jours sans voir le capitaine Sauvage (qui s'occupoit à faire réussir ses mauvais desseins), il le lui reprocha, ne sachant rien des discours qui s'étoient passés entre lui et monsieur de la Force. Sauvage s'en excusa du mieux qu'il put, et promit de mieux s'en acquitter à l'avenir. Cependant il n'avoit pas perdu son temps, car n'ayant pu trouver de dispositions en monsieur de la Force pour ce qu'il désirait, il avoit ordre aussi de parler au Comte de Bourgfranc , auquel, comme il étoit déjà gagné, il ne trouva pas grande difficulté.
Mais voici que Sauvage ne se contentant pas de cela, crut de lui-même être assez puissant de venir à bout de ce qu'on désiroit du Comte de Bourgfranc, qui étoit de donner les moyens au Roi de se rendre maître de Montauban. Pour cet effet il pratique un sien parent qui par hasard se rencontra être lieutenant d'une compagnie qu'on laissait en garde entre Le Moustier et Ville-Nouvelle, quartier qui u'étoil pas attaqué. 11 tache aussi à corrompre un