CHAPITRE V
clocher d'où on avoit sonné les cloches et allumé i«». des feux, mais voyant qu'ils n'y faisoient pas grand mal, ils s'en, désistèrent.
Cependant ils ne demeuroient pas oisifs et sans entreprendre quelque chose; un jour que monsieur de Castelnaut avoit été au Moustier où le sieur de la Rivière venoit d'être blessé à la tête d'une mousquetade et n'y pouvant plus servir, comme on jugeoit que ce lieu étoit le plus important et le plus pressé, monsieur de Castelnaut fut prié d'en vouloir prendre le commandement ; ce qu'il refusa, disant ne vouloir pas abandonner ses cornes, mais promettant d'aller tous les jours visiter ce quartier, car autrement il ne bougeoit jamais du sien. Pendant son absence, il arriva une fois que dans une ouverture que nous avions faite sous notre terrain, les gens du Roi s'en étant aperçus , se résolurent d'y venir loger et y planter quelques barriques. Un des principaux de Montauban étant de garde de ce côté-là, ne s'en émut pas beaucoup et ne se mit pas en devoir de les chasser ni repousser, ce que monsieur de Castelnaut ayant appris à son retour, le voulut obliger à aller déloger ces gens-là. Mais il n'en tint pas grand compte, méprisant en quelque façon le commandement que lui faisoit monsieur de Castelnaut, qui après lui avoir représenté son
162'- devoir et ce qu'il étoit obligé de faire, lui dit que ne le faisant pas, il alloit donner cette commission à un autre et qu'il en recevroit la honte; mais voyant que cela ne l'émouvoit pas davantage, il y commit du Rouzier avec quelques autres, qui s'en acquitta dignement, renversa les barriques que les assiégeants y avoient portées, et les en délogea.
Ledit commandant qui étoit déjà vieux et qu'on ne nomme pas par discrétion, piqué de ce qui lui étoit arrivé et de ce que monsieur de Castelnaut lui avoit dit, s'en alla plaindre à monsieur de la Force qui après avoir ouï les raisons de l'un et de l'autre, le blâma et lui dit que monsieur de Castelnaut n'avoit fait que ce qu'il devoit et que quoiqu'il fut plus jeune que lui, que puisqu'on lui avoit donné le commandement, il lui devoit obéir.
Il est à propos de représenter encore combien ce secours étoit nécessaire et fut utile à ceux de Montauban qui sans icelui sans doute se fussent trouvés en peine par le manque d'hommes, à cause de ceux qui avoient été tués et blessés, ou étoient malades, dont le nombre ne se trouvoit pas petit et plus fort que le secours qui étoit entré. Autrement ils eussent été obligés à souffrir une grande fatigue, car les gens de guerre qui étoient dans les quartiers non attaqués se trouvoient en trop petit nom-