CHAPITRE V
are pour se pouvoir rafraîchir et relever les uns mi. les autres, car même déjà dans les cornes de Montmirat, on étoit contraint de faire rentrer les corps de garde de l'un à l'autre, attendu qu'il y en avoit et de beaucoup plus fatigués et en lieu plus dangereux et qui étoient presque toujours obligés de demeurer sous les armes, ainsi ils n'eussent pu longuement supporter cette fatigue; et de deux jours en deux jours on les changeoit, et par ainsi ils avoicnt quatre ou cinq jours de repos. On continua encore de même quand le secours fut entré et qu'ils se furent rafraîchis et eurent réglé leurs compagnies; ensuite ils furent dispersés par tous les quartiers selon le besoin, et à leur considération même on les faisoit rouler1 afin qu'ils n'eussent sujet de se plaindre, attendu que dans ces rencontres les uns et les autres étoient traités également, ayant leur part de la fatigue, du péril et de l'honneur qu'il y avoit à acquérir aux occasions.
Cependant, comme je vous ai dit, à son quartier du Moustier, le Prince de Joinville avoit fait dans le penchant du terrain, une tranchée qui alloit droit au bastion de Paillas, et avoit mis une batterie au delà du Tescou, qui avoit ruiné en quelque
1 Alterner,
i62i. façon ledit bastion. Les gens du Roi dressèrent ensuite une autre batterie contre la muraille de la ville entre ledit bastion et le Mousticr. Au commencement il y avoit vingt-deux pièces de canon qui enfin furent réduites à dix-huit, lesquelles ayant tiré durant quelques jours, abattirent presque la muraille de ce côté-là qui n'étoit que de briques , où le canon faisoit grande brèche , et en comblèrent entièrement tout le fossé qui n'étoit ni large ni creux dans cet endroit, tellement que par là il n'y avoit nulle difliculté à pouvoir entrer dans la ville, dont les maisons éloient joignant la muraille, et par conséquent impossible d'y faire des retranchements, si bien qu'ils n'avoient plus rien à faire que de chercher les moyens d'y pouvoir venir en état nécessaire pour se rendre absolument les maitrès de la ville. Ils avoient taché à reconnoitre la brèche du bastion qui fut jugée raisonnable, comme en effet elle l'étoit, et point de moyen d'y pouvoir remédier, ni s'y opposer qu'en les repoussant à force d'hommes, car le bastion étoit trop petit pour s'y retrancher et s'y pouvoir mettre à couvert, n octobre. Us se résolurent donc d"y donner un jour de dimanche, et monsieur Charnier1, Pasteur du lieu,
1 Daniel Charnier, né en Dauphiné en 1575, professeur de théologie à Montauban ; il était considéré comme un abîme de science, étant