‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 15 sur 114 · LIVRE ffl, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE ffl, CHAPITRE XVIII

jesté, qui lui fait connoitre avoir contentement de attises bons services et lui mande que sur les mauvais déportements du Duc de Lorraine et les avis qu'elle a de ses pernicieux desseins, faisant de nouveaux armements, il est nécessaire qu'il se saisisse de toutes ses meilleures places et y mette garnison, surtout à Lunéville, Chaté, Épinal et Remiremont, qui sont sur l'avenue de la Comté de Bourgogne, où se faisoit un gros d'armée, et que du côté de l'Alsace il se saisisse des places de Saint- Dié, Bitche et Vaudrevange.

Le Maréchal s'avance, et par une grande diligence va investir Lunéville, où se trouvoit alors le Cardinal de Lorraine avec la Duchesse * et la Princesse Claude 2 . Cette compagnie se trouva bien étonnée; on ne sut lors 3 par quelle considération ledit Cardinal fut porté avec une grande précipi-

1 Nicole de Lorraine Duchesse de Bar, fille de Henri II, surnommé le Bon, Duc de Lorraine; elle avait épousé son cousin germain Charles IV, Duc de Lorraine non pas du chef de sa femme, mais en vertu de l'abdication de son frère atné et de la loi salique.

2 Claude-Françoise de Lorraine, sœur de Nicole.

3 Ce qui fit prendre si soudainement cette résolution au Cardinal de Lorraine, c'est qu'il craignoit que le Maréchal de la Force n'enlevât cette Princesse pour l'envoyer en France, après quoi l'on auroit pu faire valoir les droits qu'on prétendoit qu'elle avoit sur le Duché de Lorraine, au préjudice des Princes de cette Maison. (Vie de Richelieu, par le Clerc, tome II, page 359.)

76 MÉMcm» ne me de &à nke.

*•«• tation à se marier avec la Princesse Claude, laquelle

16 férrier.

il épousa le même soir. Eu oc temps, mit Duc de 19 janvier. Lorraine a voit fait une déclaration 1 en faveur dit Cardinal , son frère, lai faîsoit eeasion de tons ses bien*, et dés lors prend le non du Duc Charles non* lemesDtt; ensuite de quoi le Cardinal Franco» de Lorraine fait la fonction de Soureram, tmile ataec sa Majesté de toutes choses; mais royant l'armée H proche de lui, il envoie le lendemain le sieur 4e Lenonconrt * vers le Maréchal de la Force pour loi dire qu'il avoit été fort efaahi dapprearfre que toutes ses troupes étaient autour de IuL Le Maréchal fait réponse qu'il avoit ordre de sa Majesté de mettre garnison dans Lunéville ain^t qu'il l'en arok informé dès le matin par le sieur Gobelin, Intendant de la justice dan6 l'armée du Rot. Ledit sieur de Lenoncourt «'en étant retourné, revint deux heures après lui porter assurance du Cardinal

1 * En France, on lui joua le to*r de ne vouloir pa* croire à soi abdication; le cardinal, aon frère, eut beau preedre possession 4* la couronne ducale -telle qu'il la trouvait, perier te titre de convertis dans une ville occupée par garuiaoii française, Caire part aiu rot de son avènement et lui promettre l'exécution fidèle du traité condu avee son prédécesseur, on s'en traitait pas Haoina de fei&te vistkle ***** lunette* la renonciation du duc 4e Lorraine, » {ffittoire «te fïmee sous Louis Xlll, par Bazin, tome Ui, page 507.)

2 Le Comte de Lenoncourt ; il Au plus tard «cvojé à 4a BaUttte pour avoir trop bien défendu Saint-MinieJL

UVISE Œ, CHAOTRE XVH. #1

qu'il était prêt à lui remettre la place. Le Maréchal «m. a-'y achemine; ledit rieur Cardinal s'en vient an-* devant de lui, es «entrait dans la ville ensemble, et'OOflHBefe Cardinal voulut dés le soir aller coucher h âaiufc-iNicolas, ie Maréchal raccompagne un çaai* de Meue.

Monsieur de Bras&ac, Gouverneur de Nancy, qui est imforroé de tout ceci et qui avoii «i quelque coonoissanoe de la part de Ja Duchesse qu'elle eut désiré être raiâe en la protection de sa Majesté, se trouve audit Saint-Nicolas, accompagné des troupes que lui avoit envoyées le sieur Maréchal de la Force , offre à ces dames l'assistance qu'elles lui aboient autrefois demandée ; il les trouve fort interdites et irrésolues ; le lendemain, il les ' prie «de s'en venir à Nancy, où tous vont ensemble, témoi- 21 renier. gnant un grand étonnement; étant là, les -ans et les autres dépêchent incontinent vers «a Majesté.

* Husïeurs historien» ont dit t}tie le Maréchal de la Force arrît fiât arrêter les deux mariés dans leur logis, sans plus de procédure; netts n'avons trotrvé dans les nombreuses minutes des lettres du Maréchal, m dans les lettres et instructions du Roi, aucune trace 4e ce fait. Cependant il est possible qu'il ait reçu quelques communïcafttms Terbales du Roi ou de Rfcheiieu ; toujours est-41 que ce récit, qui est entièrement écrit de sa main, représente les choses arec plu» dé formalités «t îéhe procédés que les historiens qui ont traité ces nwtières.

Mit Le sieur Cardinal de Lorraine, envoyant vers le Roi, désire lui témoigner comme il veut dépendre de ses volontés et lui offre toutes ses places et même la forteresse de la Mothe. Sa Majesté témoigne en être bien aise, dépêche un courrier audit Maréchal et lui mande d'y mettre garnison; le Cardinal fit semblant d'être bien étonné de cela, et dit qu'il n'a point donné cette charge à celui qu'il a envoyé vers le Roi, d'autant que celui qui est dans la place * ne l'est venu reconnoître; qu'il a prêté le serment à son frère et ne vouloit dépendre qiie de lui ; que néanmoins il ne laisser oit pas d'y envoyer et de lui écrire bien expressément d'obéir.

Ledit Maréchal avoit ordre que, sans perdre temps, il allât toujours investir la ville de la Mothe, ce qu'il fit dès le lendemain, et pour cet effet il avoit commis le Marquis de la Force et le Vicomte d'Arpajon, Maréchaux de camp, avec qua-

1 Antoine de Choiseul Marquis d'Iche, Bailli de Bassigny, Gouverneur de la Mothe. Le 5 mars il reçut une lettre du Cardinal François ainsi conçue : « Monsieur d'Iche, le Roi m'ayant demandé ma Yilie » de la Mothe, je vous ai envoyé le sieur de Villars, exempt de mes » gardes, pour vous faire commandement de ma part d'en sortir au » premier ordre que je vous enverrai. M' assurant que vous y satisfe- » rez, je prie le Créateur, etc., etc. Signé : François. Et plus bat : » Fournier. »

Le sieur d'Iche refusa d'obéir et fut tué d'un coup de canon le 21 juin 1634, en défendant la Mothe, assiégée par le Maréchal delà Forée.

Smrt.

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torze ou quinze cornettes de cavalerie, lesquels * tt4 allèrent loger lesdites troupes à tous les lieux les plus près de ladite place, et pour la bien connoître, allèrent faire le tour. Il leur fut tiré force coups de canon , mais sans effet. Sa Majesté mande audit sieur Maréchal qu'il fît faire des forts, ainsi qu'il jugeroit le plus à propos pour la bloquer, ne voulant qu'elle fût attaquée de vive force, et qu'après cela lesdits forts étant garnis, son armée pût être libre pour marcher là où l'occasion se présenteroit. Ledit sieur Maréchal s'y en va lui-même et mène encore quelques régiments et quelques cornettes de cavalerie, fait le tour de la place. avec le Marquis son fils, qui lui montre les lieux qu'il avoit choisis pour faire les forts, et le premier qu'il avoit entrepris fort avancé, ce qu'il approuva entièrement.

Le Vicomte d'Arpajon, l'un des Maréchaux de camp, étoit allé à Paris sur le commandement qu'il avoit eu d'y escorter la Duchesse de Lorraine avec quelques cornettes de cavalerie; il pensoit que le Cardinal de Lorraine seroit aussi de la partie et feroit le voyage, ensemble la Princesse Claude qu'il avoit épousée clandestinement depuis quelques jours; mais l'un et l'autre ayant pris une autre résolution, sortirent de Nancy dé- i« v*&

1k MÉMOHŒS M tTOC DE tA VtmCE.

giitsés S et trouvant assez prés de là un carrosse qu'ils y a voient fait mener, se firent conduire diligemment à k Franche-Comté^ de sorte qu'ë n'y eut que la Duchesse qui allât en France. ËHe lut honorablement reçue et accueillie de leurs Maj estes «

Le Maréchal de la Force ayant résolu l'ordre qu'il falioit tenir pour le travail des forts, laisse le oolonel Hebron 2 , aussi Maréchal de camp, audit la Mothe pour la conduite de tont et pour commander les troupes qui étaient là, et s'en va avec le Marqois de la Force et \e reste de l'armée pour attaquer Bâtche, qui étoit la seule autre place forte de ht Lorraine qui résistait, y mène* six canons, deux mortiers et un capitaine de mine avec ses ouvriers.

Il y avoit plus d'un mois qu'il avoit fait jeter un régiment dans la ville qui est au pied de la place, et encore un autre dans un village aussi fort près.

1 Ils se déguisèrent en pages pour sortir du palais, et franchirent les portes d« la vïMe taave&tis en vignerons.

2 Jean Hepburne, écossais ; on avait francisé son nom en en faisant Hebron ; mais un grand nombre de lettres qu'il écrivit au Maréchal 4e la Force sont signées Hep-burne. Il était entré «« service de France en 1633, avec un régiment qu'il avait levé ; on le <6t pem après Maréchal de camp : c'était un brave officier, tl fut tué au siège de Saverne, le 6 juillet 1636, d'une mousquetade dans k ctl.

UVK III, CHARTHE Xfltt. 16

D'abord qu'il arrive, il résout k» lieux ou il vmh lott placer k» canons qu'il départit en trois endroits, de même des mortiers, et dès la deuxième

nuit, &§t travailler aux tranchées, gpg&e le pied du rocher, y fait attacher tes mioeors, déporte qae

Fun ne cessant pas pour l'autre, de tous côtés la diligence fut si bonne, qu'en sept ou huit jours tout fut presque en état de faire son effet. La place est sur une haute montagne qui est en précipice de tous côtés, une couronne de rochers tout à l'entour, de vingt pieds de haut au moindre endroit, de sorte qu'il n'y avoit point moyen de faire tirer le canon en batterie pour faire brèche, et ne fut tiré qu'en ruine dans la place et aux défenses des montagnes voisines, bien que fort éloignées, qui lit néanmoins tel effet ce jour-là, qu'avec l'appréhension des mines et des mortiers i qui n'avoient encore tiré que deux coups, dès le lendemain au ma-

1 Le Président Hénault dit que ce fat au siège de la Mothe qu'on se servit pour la première fois en France de bombes, quoiqu'elles eussent été inventées dès l'an 1588 ; il ne s'est pas trompé de beaucoup, car le siège de Bitche précéda presque immédiatement cehiidela Motbe. Louis XIII fit venir de Hollande M al tu s, ingénieur anglais, pour jeter des bombes, ce qu'il fît avec succès à divers sièges, jusqu'à ce qu'il fût tué à celui de Gravelines, en 1658. Il est à remarquer qu'au chapitre suivant, M. de la Force, en parlant de bombes, ne les appelle pas encore de ce nom, mais de celui de grenades pour ht mortiers»

itft tin, ils demandèrent à capituler, à quoi ils furent reçus, et le tout arrêté et signé trois heures après; ils donnèrent des otages jusqu'au lendemain qu'ils

h mi. remirent la place, laquelle étoit bien capable d'amuser encore cette armée deux mois.

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