‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 16 sur 114 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SOMMAIRE

Siège de la Mothe, place réputée imprenable à cause de son assiette.

— Le Maréchal de la Force ordonne trois attaques. — Il gagne lé haut de la contrescarpe. — Grande mine que fait jouer le Marquis de la Force. — Le Marquis de Tonneins, son frère, se loge sur la brèche. — Les assiégés battent la chamade après cinquante-deux jours de tranchée ouverte. — Le Marquis de Castelmoron, fils du Maréchal de la Force, a la cuisse rompue d'une mousquetade. — Le Marquis de la Force porte au Roi la capitulation. — Dévouement de la Maréchale et de la Marquise de la Force, qui soignent les blessés pendant le siège. — Le Maréchal se porte sur le Rhin.

— Le Marquis de la Force détaché vers la Meuse. — Les Impériaux défont à Nordlingue le Duc de Weymar et le Maréchal Horn. — La République de Strasbourg et le Duc de Wurtemberg appellent le Maréchal de la Force à leur secours. — Il met garnison dans Philippsbourg. — Jette un pont de bateau sur le Rhin et fortifie Mannheim. — Le Maréchal de Brézé partage le commandement avec la Force. — Tous deux vont au secours du château d'Heidelberg. — Le sieur de Feuquières les en dissuade. — Le bruit de leur approche fait lever le siège aux Impériaux. — Ils recommencent leur attaque. — Les Maréchaux marchent à eux et prennent leur artillerie. -—La ville de Heidelberg se rend par capitulation.— Les ennemis s'emparent de Philippsbourg et de Spire. — Les Maréchaux de la Force et de Brézé repassent le Rhin. — Malgré la rigueur de la saison, ils se décident à assiéger Spire.

Le Maréchal de la Force après avoir pourvu a la ***• sûreté de Bilche, va passer à Metz et reprend soh

iw4. chemin vers lia Mothe 1 avec ce qu'il avoit de l'armée pour faire continuer le travail des forts,

A même qu'il approche et qu'il désignoit uii fort arrive le sietir d'Espercan 2 , sergent de bataille de ladite armée, qu'il avoit envoyé vers le Roi; il lui porte commandement de sa Majesté d'attaquer la place de vive forée, et qne pour cet effet, elle lui donne pouvoir de tirer toute Fartillerie et munition dont il aurait besoin. Il est certain que quelques mois auparavant sa Majesté lui avoit maitdé qu elle vouloit faire attaquer cette place et en voirldit son avis; à quoi il répondît : qu'étant très-forte el très-bien pourvue de toutes choses, qu'il n*estimoît pas qu'on dût y engager Vannée du Roi , ru même qu'étant enclavée dans un pays qui étoît en son obéissance , on Faurôit toujours avec le temps, et que dans la conjoncture des affaires où Ton éfoit, il se pouvoit présenter des

1 Cette ville» placée sur un monticule isolé, a tiré son nom de, cette assiette ; fortifiée avec soin par le Duc Chacles III, sa situation aui confins de la Lorraine et de la Champagne lui donnait une grande importance. Rendue au Duc de Lorraine eut 1641„ elle fiut reprise en 1645 par M. 4e Villeroy ; au mépris delà capitulation, un ordre de la Cour en fit raser non seulement les fortifications, mais même les maisons et les églises, de telle sorte qu'il ne resta plus aucun vestige de la ville de la Mothe.

2 Roger de Bossost Comte d'Espena* avait servi Longtemps dans les Gardes françaises; il fut nommé Maréchal de camp en 1637, et mourut en>l£4t, fourmeus cte PfciMppsfrowjg.

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choses plus importantes; que le Roi serait marri w. d'y avoir engagé sou armçe; que toutefois cela devoit dépendre de la disposition générale des affaires ; que &i sa Majesté ne. voy oit de sujet ailleurs, qu'il valoit mieux donner de l'occupation à ladite armée que de la laisser inutile, et qu'étant pourvu des choses ^nécessaires, it croyait la forcer dans trois mois.

Le. commandement donc étant venu de l'attaquer de forée », ledit sieur Maréchal fait ses diligences pour amasser les canons et munitions qu'il pouvoil retirer de Nancy , Metz , Verdun, Châlôns, Chanmont et Langres; envoie par toutes les forges pour faire faire quantité de boulets à canon et grenades pour les mortiers * j voit que c'est une ville sur une haute montagne, assise sur le rocher * qu'il est impossible de faire brèche avec le canon, qu'il faut de nécessité, pour en venir à bout, y faire jouer des mines; il dépêche de tous cotés pour avoir des mineurs; le Roi lui envoie le sieur de Serres, fort entendu à cela.

Cependant, sans perdre temps, il se résout de faire ouvrir les tranchées pour approcher la place, faire trois diverses attaques qu'il départ sur l'heure,

1 Le Maréchal trouva plusieurs mortiers dans l'arsenal de Nancy qtà faû ambrent à beubarier la Motke.

m*, en baille Tune au Marquis de la Force, son fils, au Vicomte d'Arpajon l'autre, et au sieur Hebron la troisième, tous trois Maréchaux de camp, et leur donne à chacun quatre régiments; ils mettent tous la main à l'œuvre avec tant d'affection, d'adresse et de vigilance , que l'on est étonné de les voir en fort peu de temps tous trois au pied de la contrescarpe, sans avoir eu moyen d'être en leurs approches que fort peu favorisés du canon. Ceux de dedans, qui étoient fort bien munis, n'épargnoient les canonnades et les coups de mousquet pour s'y opposer, et d'effet ils en tuoient toujours quelques-uns, comme il est impossible que cela n'arrive en ce métier.

juin. Cette contrescarpe, tenaillée partout et d'une excessive hauteur, est le lieu où se font les plus grands efforts , car il n'y a plus moyen de subsister qu'on ne soit à couvert; les pierres, les grenades et les artifices à feu leur tomboient incessamment dessus ; il faut grimper dans cette contrescarpe avec de grands travaux, et ce, par des galeries couvertes qu'il falloit faire avec grande peine et à l'épreuve du feu et des gros quartiers de pierre qui pleuvoient continuellement sur eux ; la diligence est si grande de tous les côtés et Tordre si bon, qu'on ne laisse dans peu de jours de monter jusqu'au haut de la

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