‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 17 sur 114 · LIVRE in, CHAPITRE XDt · texte numérisé non relu

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contrescarpe et de s'y loger, et avec des galeries «a*, passer le fossé.

Le dessein étoit de se pouvoir loger au pied des bastions pour miner, à cause que c'était roc partout. Ceux qui avoieiït charge des mines jugeant le péril qu'il y auroit pour les mineurs dans le fossé, et la longueur du temps à s'y placer, aimèrent mieux commencer à percer dans la contrescarpe, chacun à sa commodité, les uns plus bas, les autres plus haut. Voilà trois mines que l'on entreprend de pousser fort avant dans la ville, les faire passer au-dessous des fossés, et au-dessous même des bastions, et par delà leurs retranchements. Travail incroyable, les uns avancent plus que les autres, selon la nature du rocher qu'ils trouvoient; outre cela, le fossé étant gagné, l'on s'attache au pied des bastions, et vient-on à la sape pour faire des fourneaux sous les fondements des bastions , pour les faire sauter et y donner entrée.

L'artillerie qu'il avoit envoyé chercher, arrive cependant, laquelle on mène aux batteries qu'il avoit fait dresser, ayant résolu une quatrième attaque du côté de la porte où il prétendoit faire brèche ; le rocher n'étant si haut de ce côté-là , il y mettoit quatorze ou quinze gros canons , et à

chacune des autres attaques il y en avoit quatre m. 6

iim. ou cinq pour les favoriser et tirer aux défenses, de sorte qu'il y avoit environ trente canons qui tiraient jour et nuit. L'attaque du Marquis de la Force qui étoit un peu plus avancée que les autees, et sa grande mine et son fourneau sous un des bastions étant prêts à jouer, il fut résolu que Ton verrait um effet „ et sans perdre temps, ou y mettrait le

1% juillet. jfe u , Son frère de Tonneins ! étoit de garde oe jour-là avec son régiment, lequel fait ses préparatifs pour se loger sur la hréche, établit son ordre comme il falloit, et encore que le fourneau ayant joué lui gâtât fort ses galeries et que la ruine l'embarrassât fort, il ne laissa d'exécuter ce qui lui avoit été ordonné; il vint à sa garde, où étoit le Marquis de la Force qui y commandoit, plus de cinquante gentilshommes et Seigneurs de qualité volontaires ; il fait son logement sur la brèche, n'y perdant que douze ou quinze hommes et autant de blessés; ce fut la nuit, ce qui apporta tel épouvantement à ceux de

se juillet, dedans, que le lendemain au matin ils font la chamade et demandent à parler, à quoi ils furent reçus. Ils envoient trois députés 2 vers le Maréchal de

1 Jean Jacob Nempar de Caumont Marquis de Tonneins , Mesure de camp d'un régiment d'infanterie, septième fils du Maréchal de la Force et de Charlotte de Gontaut-Biron.

3 Les sieurs Louis de Stainville, de S*ûtt-Oi*en et Priasay. Après

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h Forée, des principaux qui fassent dans la place, *«m et firent de grandes demandes; mais leur ayant fait ecjiaoitre qu'ils n'étaient pas en état de pouvoir plus tenir , et corm&e ils étaient proches de leur mine, ik acquiescèrent à tout ce qu'on voulut et se contentèrent des conditions ordinaires , qui est la vie et bagues sauves, et la sûreté aux habitants. Le même jour la capitulation fut signée de toutes parts, il leur fut donné un jour pour se préparer à sortir ; l'autre d'après, ils remirent ta ville entre ^ i« ilIet les mains dudit sieur Maréchal. Le Marquis de là Force «ut ce bonheur que cette entreprise fut commencée et finie par lui, car c'étoit son jour, et par le moyen de son attaque»

Ce fut une expédition fort promptement faite ', la place ayant été prise cinquante-deux jours après l'ouverture des tranchées; il s'y perdit environ trois cents hommes et y ai eut autant de blessés; il n'y eut de qualité que monsieur de Navailles 2 ,

la mort du Marquis d'kne, la place avait été commandée par le sieur de Germainvillters , son lieutenant, et défendue par Henri de Cboiseul , capucin, frère du Goureroeur, que Ton appelait le père Eustache. Se faisant scrupule de tuer les assiégeants, il les assommait à coups de pierre ; lorsqu'il remplissait ce pieux office , il fut blessé d'une mousquetade.

1 Voir poar le» détails du siège les lettres de Richelieu et de M. de la Force {Corretfondanceê, 24/utw et 2 août 1634).

3 Bernard de Bénac-Montault ; c'était un des cinq fils de M. de

i<m. Mestre de camp d'un régiment français, qui fut tué à la contrescarpe; le Chevalier de Senec-

lo mti. terre *, capitaine des chevau-légers, faisant sa garde à cheval; le sieur de Faleche, sergent-major au régiment de Tonneins; un capitaine au régiment écossois; autres, deux capitaines françois, quatre ou cinq lieutenants et une vingtaine de sergents. De blessés, le sieur de Gastelmoron *, commandant un régiment françois, fils dudit sieur Maréchal, et faisant travailler à la contrescarpe, eut un coup de mousquet au haut de la hanche qui lui perça la cuisse et rompit l'os; Bellefonds, lieutenant-colonel au régiment de Normandie, et quelques capitaines y furent blessés. La réputation de cette place étoit si grande partout , que la prise 3 apporta un

Bénac, qui, en 1614, devaient se battre contre M. de la Force et ses enfants ; ils périrent tous à l'armée, à l'exception de leur frère atné qui fut Duc de Navailles et créé Pair de France en 1650.

1 Gabriel, dit le Chevalier de Saint-Nectaire, fils de Henri de Saint- Nectaire Marquis de la Ferté-Nabert, Chevalier des ordres et favori du Comte de Soissons ; il avait été aussi attaché à la Maison de ce Prince; mais ayant partagé avec lui les bonnes grâces de madame de Montbazon,le Comte de Soissons l'avait chassé.

2 François Nompar de Caumont Marquis de Castelmoron, huitième fils du Maréchal de la Force et de Charlotte de Gontaut- Biron.

3 La prise de la Mothe acheva la conquête de toute la Lorraine ; cette place passait pour imprenable; mais, disaient les beaux esprits du temps, « tout ne devoit-il pas céder à la Force?»

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