LIVRE ni, CHAPITRE XXI
jeté dans la ville de Kaiserslauter douze ou quinze ***• cents hommes de son infanterie que le Galas vint assiéger; ils se défendirent fort bien un mois ou cinq semaines, pendant lequel temps le Duc Bernard pressa fort l'assistance qu'il attendoit de la France.
Sa Majesté faisoit lever une armée qu'elle envoya en diligence sur la frontière, et en donna le commandement au Cardinal de la Vallette qui étoit Gouverneur du pays Messin, lequel s'avança pour joindre ledit Duc Bernard à Sarbruck; mais déjà Kaiserslauter avoit été emporté, et ceux qui étoient dedans taillés en pièces; et de là les ennemis étoient venus attaquer la ville et le château de Deux- Ponts.
L'armée dudit Cardinal «de la Valette étant jointe avec celle du Duc Bernard , elles passent la Sarre et vont à celle de Galas qui se retire et laisse quelques canons qu'il avoit placés à Deux-Ponts, et qui furent pris; ils poussent plus avant, donnent jusqu'à Mayence, contraignent Galas de démordre, rafraîchissent la garnison, jettent quantité de vivres et de munitions dans la place , et tâchent d'entreprendre sur Galas; mais il avoit tout le pays à sa dévotion et se tenoit si bien dans ses avantages, qu'ils n'en eurent guère de moyen.
Ift MÉMOflffiS M «OC DE IA «ORGE.
tm. Lfet occasions tes obligèrent de paaser delà ie Rhin; mais comme le pays étoct fort raine et4pK le pain de munition leur venoit de loin, la nécessité les «obligea de songer à k retraite et se rapprocher du eôtéde Metx; Galas, qui prévoyait cela, dispose ses affaires pour empêcher leur retraite* et fait avancer sur quelques passages douce cm quinze •oewts chevaux, lesquels ne s'en trouvera* pas bien. On tes -chargea si rudement que tout œbfiat ttfe on déroute* et pris douce ou treôe pièces qn'*k uaenofeat. Galas continuant «on dessein, déttebe uprèsçux emq <m six «niiie chevaux qui les iuu>- «eètent moessamaaent, leur éteBt«t de jour etdcauit toujours en troupe ; il s'y fit plusieurs «omhaftsoù sans la bonne conduite des chefs et leur bon oïdtao, aaéaie du Duc Bernard qui se trotfra toqfows à la ttelraite comme Prince fort généreux , ils oouroietft •grande fartane d'<étoe défaits. Us y reçurent du déaavaintage , «car 3s y pferdbent la plupart du bagage de l'artillerie et plusieurs soldats malades; et aux derniers jours de leur retraite, il y «ut m combat 1 fort Tude auquel tes François firent merveille^
1 Ce combat eu lieu le 27 de septembre, en Lorraine, dans un défilé 'entre Vauftreyange'et Bdulay, où Galas avec neuf mftto'theysm était venu Presser «ne embuscade au Cardinal 4e U Valette «et -au Duc Bernard ; le Vicomte de Turenne et le comte de Guébriant s'y dis* tioguèmrt ; tt&faWtâelriactôe *"J 'couvrit de gloire*
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battirent tes emenasy emportèrent cpratre oit cinq cornettes,; mai» par malhet» il y fut toé troni François de mérite r le sieur de Mouiy^. lieutenant ck ïacoir^^iedegfindarmfts^mGn^igneur te Carderai de ftiefoeliei*, le sieur de Queysae 1 , Heu— «naixë de ses ehevau4égers, et Loadigny, ; cor-
Cette retraite 2 dura plusieurs jours, ear les en- Hernie la poursuivirent jusque auprès de Mete , ce? cpri? à k vérké apporta? de F effroi; catf l'on tenait que Galas suivoit avec toute son armée, que Vom faiseit de quarante mille hômmes> et qu'il donne- N neie jueque dans la< France*
Cette affaire survint au même temps que Te Dut* «L'Angouième et le Maréchal* de la- Force* étaient àt Baccarat^ arec. formée quuls* commandbient^ife s'étoient disposés à bien accommoder celle du
* Oh trouve dans quelques historiens le sieur* de CaHttsfte. QtilW dans le Mercure François : « Le 10 octobre, le sieur de BiScaïïaS, » Mestre de camp d'un régiment d'infanterie, frère dirtëu sieur dcr * Càhusac, étant allé saluer le Cardinal-Duc à 1 Riiei; pour tënroi- » gner l'affection qu'il portait à son frère, il lui dontfa la ctrafge qu'il 1 » avoit de lieutenant dé sa compagnie de chevau-lègerS. » (MeftttfB François, année 1635, tome XXI, page 37.)
2 Voir ( correspondances, 30 septembre 163ÎT) tfnôïèttrô dà*Cér= dïhaldé la Valette au Maréchal sur sa retraite et sur le succêr qùll* obtint contre Gallas.
» Voir {correspondances; 31 sëpt9m1m 163B) 'jM lettre difltfàlff*chal à la Marquise de la Forcé;
ms Duc de Lorraine, lequel étoit encore dans ses retranchements à Rambervillers, et ne faisoient point de difficulté qu'ils ne la fissent périr, car outre l'armée que le Roi faisoit marcher vers Remiremont, sa Majesté s'étoit avancée elle-même jusqu'à Bar , et elle avoit encore une gaillarde armée que commandent le Comte de Soissons , qui eut ordre d'aller attaquer Saint-Mihiel 1 , où Laymon avoit mis huit ou neuf cents soldats; ils furent si vivement pressés que dans peu de jours ils se rendirent.
s octobre Lesdits Duc d'Angoulême et Maréchal de la Force, qui virent bien que ce changement survenu aux affaires par la retraite du Cardinal de la Valette et du Duc Bernard, ôteroit le moyen à sa Majesté de faire avancer vers Remiremont les
1 Le Mercure François, tome XXI, page 24, dit que le Roi commanda au Maréchal de la Force d'aller assiéger cette place; Bury, dans son Histoire de Louis XIII, tome III, page 200, dit que le Maréchal de Force conduisit à ce siège les troupes qu'il commandoit; Ray de Saint-Geniés, dans l'Histoire militaire de Louis XIII, tome II, page 28, affirme que la Force y fit faux grandes brèches qui obligèrent Lenoncourt à se rendre. Voilà comme on écrit l'histoire et comme les erreurs se propagent en se grossissant t II est certain que le Maréchal de la Force, pendant que le Comte de Soissong assiégeait Saint-Mihiel, demeura à observer le Duc Charles dans son camp retranché de Rambervillers. Voir (correspondances, 22 et 29 septembre 1635) deui lettres de Bouthillier dans lesquelles il donne à M. de la Force des nouvelles du siège.
LWBES iH, CHAPITRE XXI. 15?
troupes qu'elle leur avoit mandées; d'ailleurs que mu sa Majesté étant elle-même si avancée vers la Moselle, il étoit raisonnable de s'approcher d'elle pour appuyer ce qui seroit de ses desseins et recevoir ses commandements; en cette occurrence, ils s'en vinrent reprendre leur campement à Lunéville, où étant, sa Majesté qui avoit mandé le Cardinal de la Valette , lequel s'étoit retiré à Metz, le renvoya avec un renfort de deux mille hommes de pied, François, de cinq mille Suisses et deux mille chevaux. Et auxdits Duc d'Angoulême et Maréchal de la Force elle leur envoya trois mille chevaux, dont il y en avoit de la Noblesse de l'arriére-ban , bien douze cents conduits par monsieur de la Meilleraye *, grand Maître de l'artillerie; monsieur le Duc de Saint-Simon 2 y vint aussi j outre ce, deux mille chevaux de compagnies réglées, quatre mille hom-
* Charles de la Porte sieur de la Meilleraye, petit-fils d'un apothicaire de Parthenay, brave officier, habile surtout aux sièges. Il fut nommé Maréchal de France sur la brèche d'Hesdin : la faveur de Richelieu , dont il était cousin germain , le fit nommer Duc et Pair.
« Claude le Borgne de Rouvroy Duc de Saint-Simon, succéda & Barradas dans la foreur de Louis XIII ; c'est le père de l'auteur des Mémoires. On retrouve dans plusieurs des lettres qu'il écrivit au Maréchal de la Force l'esprit piquant de son fils. Éloigné de la Cour, il se retira dans son Gouvernement de Blaye, où il employa utilement son temps à dessécher et à fertiliser les vastes marais qui portent encore aujourd'hui son nom.
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ma* de pied, dont il y en avoit doive «ente des Gardes de sa Majesté. Ce fut un grand renfort à ces deux armées; les chefs prirent résolution de conférer ensemble , et pour cet effet se rendirent tous à Nancy, où fut là délibéré de joindre les deux armées; aussi a voient-ils avis que celle du Que de Lorraine mareboit vers celle de Galas pour se joindre.
Chacun retourne à son quartier pour préparer toutes choses et pourvoir à leur subsistance afin de marcher vers les ennemis, ce qui se fit deux jours après. L'armée du Duc d'Angouléme et du Maréchal de là Force s'avança d'une journée plus tôt. A leur second logement , ils eurent avis que les deux armées ennemies étoient jointes et venoient droit à eux, n'en étant pas éloignés d'une lieue; ils avertirent tous leurs quartiers qui étoient proches; le Duc Bernard s'étoit aussi avancé avec sa cavalerie; ils prennent tous leur champ de bataille, se mettent en bon ordre, placent l'artillerie comme il falloit. L'armée demeura bien deux ou trois heures en cet état, qu'il faisoit très-bon voir; les partis qu'ils a voient envoyés à la guerre pour prendre langue des ennemis, leur font rapport que ce n'étoit que quelques partis de douze ou quinze cents chevaux que les ennemis avoient fait avancer, ce
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qui fut attesté par quelques prisonnier* qu'il* me- louèrent 1 ,
Lesdits Généraux attendoient le lendemain la jonction de l'armée de monsieur le Cardinal de la Valette pour marcher près les uns des autres; la seconde journée ils ont avis que Tannée de Galas et du Duc Charles s'étoient jointes et campées entre le grand étang de Lindre^ et celui de la Garde eu un lieu émineat fort avantageux , où ils avoient fait de grands retranchements, ayant leur quartier derrière au bourg de Maizière, fort proche de là.
Tous ces messieurs conférant à toute heure ensemble avec plusieurs bons Maréchaux de camp de leurs armées, jugèrent bien qu'il n'y avoit pas d'apparence d'attaquer les ennemis étant placés si avantageusement et ayant grand nombre d'artillerie; ils se contentèrent donc de se présenter à la vue de leurs retranchements pour leur offrir la bataille et poussèrent plusieurs fois tout ce que les ennemis avoient fait avancer de cavalerie, qu'ils contraignirent de quitter un de leurs logements nommé Boisemont, qui est un château sur un haut près de leursdits retranchements, qu'ils allèrent saisir et le gardèrent à leur barbe trois jours que
* Voir (correspondances , 21 octobre 1635) la dépêche do Due d'Angouléme et du Maréchal de la Force au Roi fur cette journée.
tas. leurs armées campèrent à leur vue, et se retirant y mirent le feu. Ce fut fort braver ces grandes armées des ennemis de demeurer trois jours en présence sans qu'ils n'osassent jamais sortir de leurs retranchements, ni même sur la retraite, et c'est toujours grande réputation aux armes de sa Majesté.
Il est certain qtie «es armée&y pâtirent fort, car outre le campement en saison bien froide, le pain de munition étoit failli, et y avoit aussi fort peu de fourrage; ce qui obligea tous ces messieurs à se rapprocher des lieux où ils pouvoient tirer plus de subsistance , et allèrent passer à Vie et Moyenvie la rivière de Seille, où étant, ils trouvèrent plus de commodités et envoyoient souvent des partis du côté des ennemis, même pour les priver des moulins et fourrages tant qu'ils pouvoient; ils prirent trois ou quatre châteaux où les ennemis s'étoient placés, ce qui leur fournit encore force bleds. Ils eurent avis qu'ils pouvoient enlever un quartier des Cravates qui n'étoit qu'à trois lieues de là, en un lieu nommé Vergaville; ils font une bonne partie de quatre à cinq mille chevaux, composée de tous les corps et de quelque infanterie av^p deux pièces de campagne, et partent avant jour couché, marchent toute la nuit et arrivent au point du jour