LIVRE m, CHAPITRE XXI
audit lieu; mais ces gens-là font si bonne garde et "**• sont si diligents, que soudain qu'ils ont l'alarme par leurs sentinelles, tout cela fut à cheval; néanmoins on ne laissa d'en attraper quelque cinquantaine qui furent pris ou tués, et quelques officiers; mais tout le bagage qui étoit là, y demeura; il y avoit bien environ une trentaine de chariots et douze ou quinze carrosses avec plusieurs femmes, et force argent. Le duc de Weimar, qui commandoit les coureurs, étoit à la tête, de sorte que les siens se prévalurent de tout, comme bien entendus à cela, et s'amusèrent dans le village pendant que les François poursuivoient les ennemis à la campagne. L'on avoit tous les jours avis que les armées des ennemis pâtissoient grandement dans leurs retranchements, et qu'ils dévoient déloger bientôt ; néanmoins cela traîna encore sept ou huit jours. L'armée cependant que commandoient le Duc d'Angoulême et le Maréchal de la Force, pàtissoit fort manque de pain , car ils n'en pouvoient tirer que de Nancy et avoient fort peu de chariots, et leur cavalerie fort fatiguée à cause de ses continuelles escortes, et le temps et les chemins fort mauvais. Il n'étoit pas de même de celle du Cardinal de la Valette , car comme Gouverneur du pays Messin ,
il avoit tous les moulins, même de Vie, Moyenvic m. 11
1635. et Marsal , Salonne et autres lieux dont jouisgoif; aussi celle du Duc de Weimar.
La Noblesse de l'arrière-ban, qui faisoit bien quinze cents chevaux, étoit à la fin du terme qu'ils avoient promis de servir, et lesquels à la vérité étoient fort incommodés , soit par les maladies , pertes de leurs chevaux et valetsj ils pressent pour leur retraite. L'on craignoit que ce départ préju* diciât aux affaires et que les ennemis en reprissent courage, l'on fait toute sorte d'efforts pour les retenir j le Maréchal de la Force auquel ils avoient déjà déféré beaucoup, sur l'assurance qu'il leur donna qu'il demeureroit avec eux en leur- même quartier, ils accordèrent encore quatre jours, mais il falloit les approcher encore de Nancy et leur donner un meilleur logement; il les mena à Nomeny, où il les retint ce temps-là ? au bout duquel le Duc d'Angouleme et lui se rendirent avec le reste de l'armée à une lieue de Nancy.
Ce même jour arriva un courrier de sa Majesté vers ledit Duc, qui lui portoit lettres comme elle désiroit qu'il l'allât trouver pour certaines affaires qu'elle lui feroit entendre, et au Maréchal de la Force qu'il demeurât en ladite armée et continuât à la commander, attendant son retour l . Le lende-, * Correspondances, 12 novembre 1635.