LE MARÉCHAL DE LA FORCE A M. DE CASTELNAUT
Prise de Friras et du Marquis de Montbruo.
si mai. Mon fils , depuis notre paquet fermé et délivré à la poste, nous avons reçu des lettres de Hollande par trois diverses dépêches tout à la fois; je vous envoie celles qui s'adressent à vous, et vous dirai comme à ce soir la Reine-Mère a reçu nouvelles de la prise de Privas. M de Montbrun, qui y cornmandoit, n'a su bien assurer sa condition, tant y a qu'il est entre les mains du Roi, qui l'a envoyé prisonnier à Valence , et S. M. a fait pendre plusieurs de ceux qui étoient des habitants ou avec lui. Je crois qu'il y a eu de la confusion parmi eux; car la plupart se sont retirés dans un fort qui est sur une route à un coin de la ville, qui s'appelle le fort de Toulon : l'on dit qu'il est bien fort de son assiette, mais l'on croit qu'ils n'y ont pas de vivres. La perte qui s'est faite devant cette ville, est grande; on ne sait encore ce que fera S. M. Ce mot est à la hâte, et ne vous saurais mander autre chose. Dieu vous tienne en sa garde. Votre bo n père, Caumont. Ce dernier de mai. A Paris.
LE MARQUIS DE LA FORGE A LA MARQUISE DÉ LA FORGE. Capitulation de Bois-le- Duc.
Vous me mandez comme aviez appris la nouvelle de la i«t. prise deWesel; vous l'aurez bientôt sue aussi par mes lettres, u lesquelles vous eussiez aussitôt reçues si M. de Loudon eût parti au temps qu'il avoit dit. Vous apprendrez par celle-ci la prise de Bois-le-Duc ; au moins ils capitulent, comme je l'écris plus particulièrement à M. le Maréchal. Yous vous plaignez d'être bougée de Périgord, et cependant me mandez que la peste y est partout, hormis à Castelnaut, lequel, s'il s'en sauve, ce sera merveille. Et qu'y voudriez-vous faire environnée de tant de mal pour y voir tant de misère, puisque le peuple y meurt de faim? Je ne voudrois pour rien que vous y fussiez. Il me tardera bien que je n'apprenne l'arrivée de M. le Cardinal et la délivrance de MM. les Comtes de Rouçy et de la Suze; je ne sais si je dois attendre cela avant bouger d'ici ; je me résoudrai et me conduirai selon les choses que j'apprendrai par vos lettres et par celles de M. le Maréchal. Le Marquis de Duras partira d'ici au premier jour; il y a longtemps qu'il s'ennuie. Le chirurgien que me mandez m'envoyer, n'est point encore arrivé ; je le trouve étrange, car le vent est bon il y a longtemps; j'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque accident. Tous les blessés se portent assez bien ? hormis M. d'Avance, qui est jnortj aussi ayoiMlun coup fy canon qui lui emportoit toute la jambe. Il y a aussi un cousm de feu M. de Mauves, qui s'appelle M. d'Avaugour, qui a été presque tout crevé d'un coup de canon par la terre qui se trouva devant; on ne sait s'il en mourra. Le frère de M. delà Rivière n'est pas encore guéri et a la cuisse plus courte de trois doigts que l'autre ; il m'a emprunté de l'argent pour payer ses chirurgiens et pour s'en aller à la Haye; je lui en ai fait donner, je crois que ça a étécinquanteécus. Vous me dites d'avoir une montre pour notre aînée; il n'y en a point ici ; les bonnes sont à Harlem, qui sont fort chères, et les maîtres ne peuvent fournir à en faire tant on leur en demande, et n'en ont presque jamais de faites, et demandent six mois de temps. J'en voudrois bien avoir, car je
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n'en ai point; il y a longtemps que le trompette a perdu là mienne. Pour la fin, je vous dirai que nous nous portons tous bien, Dieu merci, lequel je supplie vous tenir en sa sainte garde. A. de Caumont. Au camp devant Bois-le-Duc, te mardi soir, 11* septembre.
Visite à Bois-le-Duc.
Je suis en peine de ce que me mandez que M. le Maréchal ,«e trouvoit mal et étoit tourmenté de mal de dents et de tète; le Seigneur le veuille soulager et remettre en santé, et y maintenir madame la Maréchale et vous, et toute la Maison. Xe Roi et la Reine de Bohême, M. et madame la Princesse 4'Orange ont été aujourd'hui dans Bois-le-Duc et sont revenus coucher dans ce quartier, et force autres dames ; tout le monde a été empressé de les accommoder. Pour moi, j'ai prêté à une belle-fille qui est à madame la Princesse, un de mes matelas et des linceuls, n'ayant pas voulu accepter la moitié de mon lit, ayant été si mal gracieux de ne lui vou- . loir pas donner tout entier; vous n'en serez pas jalouse. Faut avouer que Bois-le-Duc est une jolie ville et d'une merveil- : Ieuse assiette; j'ai fait partie avec M. d'Hauterive d'aller demain la voir encore plus particulièrement; on la rendra une -place imprenable à tous les Rois de la Chrétienté. M. le Mar- . quis de Duras s'en rêva et partira dans cinq ou six jours. Il passe par Sedan, mais n'y demeurera que deux jours. Je fais état d'envoyer dans sept ou huit jours demander un passe-port à Bruxelles; je crois qu'avant que je ne le puisse avoir, vous terrez mes cousins délivrés ou hors d'espérance de l'être sitôt, auquel cas je trouverais fort à propos ce. que me mandez de vous rendre à Sedan, car autrement je serai aussitôt à Paris que là. Voilà pourquoi je ne vous puis résoudre sur cela ; c'est à vous à me résoudre à moi et me mander ce que je dois faire, car il me tarde assez de vous voir. Dieu veuille que ce soit bientôt et en bonne santé. Au camp devant Boisle-Duc, ce mardi soir, 18 e septembre.
II annonce son retour.
Je partirai demain, s'il plaît à Dieu, et irai attendre mon
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CABMHAL DE RICHELIEU. 311
paœe-port A la Haye, qui, je crois, y sera dans cinq ou six jours, faisant état de m'en aller par terre, trouvant le plan- cher aux vaches plus assuré que la mer et les vents. M. de Ywdecarville, son frère et plusieurs autres gentilshommes, ont failli à s'y perdre, et enfin en ont été quittes pour payer le navire, car ils obligèrent le pilote à relâcher et à se venir échouer, et contribuèrent et se cotisèrent tous pour lui payer son vaisseau. Je serois bien aise d'acheter quelque tapisserie de Bruxelles ; mais cela ne se peut faire sans y séjourner, et me fâche de m'arrêter par les chemins, mêmement où l'Infante est. J'ai bien un cabinet approchant comme tous le demandez, mais je l'avois destiné pour notre aînée ; mais si je n'en porte d'autres, vous serez préférée. Je crois que suivant ce que me témoignez désirer, je mènerai avec moi M. de Cboisy. Je ne puis encore vous faire réponse pour ce fils de madame Garnaut. 11 ne faut point mentir qu'il me fâchera fort s'il faut que je vous quitte pour aller en cette guerre d'Italie ; ce sera toujours le plus tard que je pourrai, et vous proteste qu'à cette condition, cet emploi ne m'est pas agréable, car j'espérois astheure ne vous éloigner plus. Si mon cheval Lagarde est en état de pouvoir servir, je serai bien aise que mandiez qu'on l'amène à Paris, mais qu'on le mène en main et qu'on le commette à une personne qui en ait soin. Si je puis, je vous porterai avec l'original une copie; mais s'il me faut encore attendre, je ferai ce que me mandez, car ce maître est tellement occupé, qu'il n'a pas toujours le loisir ; il a fait un portrait du Marquis de Duras qui étoit parfaitement bien. Si je trouve quelque montre faite de ces bons maîtres, j'en achèterai une, car je n'en ai point et ne m'en puis passer; mais je crains de n'en trouver. C'est être trop long, puisque je vous verrai, s'ilplattà Dieu, presque aussitôt que vous celle-ci. Le Seigneur veuille que ce soit en bonne santé. À. de Caumont. Ce mardi soir, 9 e octobre, à l'armée
US MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Mission secréle du sieur Diodaty.
Monseigneur, je vous ai ces jours ici envoyé une lettre que * fe sieur Diodaty m'écrivoit; maintenant il vous va trouver
515 C0MLBSP0NDAHCB8.
MM» lui-même pour un autre sujet, dont il m'a' donné quelque 1 connoissance, et m'a requis de vous supplier très-humblement de lui donner le temps et le moyen de vous représenter l'importance des propositions qu'il a à vous faire pour le bien du service du Roi, auquel il proteste être attaché d'une fidélité et affection si entière, que nulle autre considération ne l'émeut auprès de celle-là; et si vous jugez, Monseigneur, qu'aux choses qu'il vous doit représenter, il p'y puisse trouver de l'avantage au service de S. M., il se promet de n'y être pas inutile, et tiendroit à grand honneur d'y recevoir vos commandements. J'avoue que ce sont matières qui doivent être considérées de plus loin et prendre leurs fondements sur la disposition générale des affaires, dont il faudrait avoir plus de connoissance que je n'en ai pour en parler; mais à ce qui parolt au public et que le sens commun nous peut suggérer, je dirai que la Maison d'Autriche se rend si puissante et sa grandeur si dommageable à tout le reste de la Chrétienté, que je crois qu'il n'y a aucun qui ne contribuât de tout son pouvoir pour la ravaler, mèmement s'il se croyoit aidé de la France. Encore dirai-je librement, Monseigneur, sur l'occurrence des affaires et la particulière nécessité où l'on tient que se trouve réduit M. de Mantoue, à la protection duquel la France est engagée, qu'il est difficile de le garantir de ruine que par une puissante diversion, étant impossible de secourir la ville de Mantoue en l'assiette où elle est, et j'estime qu'en la conjoncture ou se trouvent les affaires, que toutes choses favoriseront grandement cette entreprise, et dans son heureux progrès, je ne doute nullement que ne remissiez toujours la paix dans le temps et avec les avantages qu'il vous plairoit. Vous me ferez l'honneur, s'il vous plaît, de prendre en bonne part ma franchise qui n'a pour but que l'honneur du Roi et l'augmentation de sa gloire, et que je sois si heureux d'y porter ma vie, et particulièrement à l'exécution de vos commandements en qualité, Monseigneur, etc. A Bourg, ce 6 e décembre.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORGE. SIS LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE.
Voyage du sieur de Sainte-Colombe au camp du Maréchal de la Force. — Défense de laisser passer les troupes du Duc de Savoie par le territoire françois.
Mon Cousin, vôtre lettre du vingtième du présent mois est *•»• fondée sur le voyage que le sieur de Sainte-Colombe a fait *° <Moembw ' auprès de vous delà part du Prince Thomas, que je vois bien n'être à autre dessein que pour reconnottre toujours en quel état sont mes troupes, dont je vous ai baillé le commandement. Mais comme vous m'avez déjà ci-devant écrit en semblable occasion, je m'assure que vous donnez si bon ordre à toutes choses, qu'il n'y trouvera rien qui lui plaise. Quant à l'instance qu'il vous a faite de la part du Duc de Savoie, que tous ceux qu'il fera venir de la Franche-Comté, du Liège et des Wallons, puissent avoir libre passage par les terres de mon obéissance, dont vous demandez quelle sera ma volonté, je vous dirai que tant s'en faut que je trouve bon qu'il passe aucunes forces pour qui ce puisse être; que vous me ferez service très-agréable s'il y en a quelques-uns qui se présentent pour entreprendre de passer et entrer tant soit peu dans mon Royaume, de leur faire courir sus, et si vous en attrapez quelques-uns, de les mettre entre les mains de la justice pour les faire exécuter comme ennemis, qui ne peuvent prendre la hardiesse de mettre le pied sur mes terres, en armes, qu'avec l'intention d'y mal faire, ce que vous saurez bien empêcher selon la parfaite confiance que j'ai en vous, qui continuerez à être soigneux de me tenir averti de tout ce que vous apprendrez important au bien de mon service. Et je prierai Dieu, etc. Ecrit à Paris, le 30 e jour de décembre. Signé : Louis. Et plus bas : le Beau clerc.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Il lai demande le contrôle des troupes qui sont en Savoie. — Le Prince de Piémont négocie avec Mazarin.
Monsieur, je ne vous puis encore donner avis d'aucune 1680# chose certaine; les inégalités de M. de Savoie sont si grandes 4ftrrier.
SU CORM9POHDA5CBS.
mo qu'il est impossible de prendre ses mesures justes avec lui. ! «trier. f) ans quatre jours vous saurez de mes nouvelles. Cependant je vous prie de m'envoyer le contrôle des troupes qui sont en Savoie, et les lieux où elles sont logées; M. le Maréchal de Schomberg m'a assuré que vous en avez entière connoissance par l'exacte perquisition que vous en avez faite pendant le temps que vous avez demeuré à Bourg. M. le Prince de Piémont est allé à Turin avec le sieur Mazarini. Je dépêche le sieur d'Hemery vers les Princes pour arrêter, par l'ordre de M. le Maréchal de Créquy, toutes choses avec eux; je crois qu'ils donneront satisfaction à S. M. Cependant vous me ferez plaisir de me mander ce que vous pensez qu'il faudroit faire en Savoie, au cas qu'ils nous contraignent de venir à une rupture, ce à quoi sans doute ils ne viendront pas. Cette lettre demeurera, s'il vous plaît, entre vous et moi, comme aussi la réponse que vous m'y ferez. Je vous tiendrai averti de temps en temps de ce qui se passera et de ce qu'il faudra faire. Cependant je vous conjure de croire que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Grenoble, ce 4 e février.
Slférrier.
Passage du Hont-Cenis.
Depuis vous avoir écrit et être parti de Lyon , j'ai reçu deux de vos lettres, l'une du huitième et L'autre du douzième du courant. La première, je la reçus en Savoie, et la dernière aujourd'hui en ce lieu, où M. le Maréchal s'est rendu en bonne santé , Dieu merci. J'appréhendois fort pour lui le passage du Mont-Cenis; car il est impossible de croire qu'il soit tel qu'il est, qui ne l'a vu. Il a eu le temps beaucoup meilleur que nous, et ce qui trompe en ce passage, c'est que vous verrez le temps le plus beau et le plus clair qu'on sauront désirer, étant dans la vallée , et dès que vous montez cette montagne, vous y trouvez un froid et une tempête incroyable. Le premier jour que je voulus passer, il fut imposable de le pouvoir faire, et le temps en un moment se rendit si mauvais que si nous eussions entrepris de le passer, la
moitié se fussent perdus ; car de deux ou trois cents des w. premiers qui passèrent durant que le temps n'étoit pas si *****»• mauvais, il y en eut dix ou douze de morts et plus de cent cinquante qui eurent les pieds et les mains gelées. Le lendemain nous passâmes et n'eûmes pas du tout le temps si mauvais ; toutefois il y eut encore plusieurs qui eurent et les pieds et les mains gelées , et sept ou huit garçons qui moururent de froid ; les chiens mêmes en moururent, et des chapons et des poules qu'on portoit en vie sur du bagage, moururent. Tout mon équipage passa assez heureusement ; j'eus grand'peur pour le petit Villeneuve ; Dubois eut un doigt presque gelé et s'en sentira encore un mois. Pour moi, je me fourrai si bien que je ressentis fort peu d'incommodité : j'avois ma hongreline fourrée , un capuchon sous le chapeau, doublé de pane, des gants fourrés, et un manchon de loutre, et une peau d'agneau qui me fit grand bien, et trois bas de laine ; je n'eus incommodité qu'au visage, car le vent lève la neige en sorte qu'elle vous aveugle presque, et fe vent est si tranchant qu'il vous coupe le visage. Et pour ▼ous faire voir la violence de cet air, je vis un pauvre garçon qui étoit fort mal vêtu et à qui le froid avoit fait crever la peau du ventre et des cuisses , et saignoit de tous côtés , et fût mort dans un moment sans que Jacques Pomaréde lui donna un bonnet qu'il avoit dans la poche, parce qu'il étoit nu-tête ; le valet de mon frère de Tonneins le jeta sur son cheval et lui mit son manteau dessus, et le mena jusqu'au haut de la montagne, où il y a une maison où on le laissa ; je 4Broîs qu'il n'en sera pas mort, mais il en sera incommodé longtemps. Pour moi, mon cheval me tomba deux fois, mais «ans mal , Dieu merci ; je pouvois encore moins me tenir à pied qu'à cheval, car la montagne est si droite et si glissante que quand on pensoit avancer un pas, on en reculoit deux , «e qui vous met incontinent hors d'haleine, et si vous vous arrêtez , vous êtes incontinent gelé, et plusieurs ce jour-là eurent aussi les pieds et les mains gelées. J'en vis quelquesunes : eftes viennent blanches de même comme quand on t'est bien fort brûlé, et me firent souvenir de celui qui Hra 9 comme il est dit dang l'Écriture, sa main de dedans son blanche de lèpre. Chourre roula plus de cent pas, mais
se sauva. Je vous conte toutes nos fortunes. M. le Cardinal sitfrrier. ^ ^ Qulx, à quatre lieues d'ici; M. le Maréchal y envoie demain M. de Saint* Orse. Nous attendons ici dans deux ou trois jours mondit sieur le Cardinal. Je ne sais que vous dire de paix ou de guerre. Je n'ai vu que cejourd'hui M. le Maréchal depuis que je le laissai à Grenoble. Dieu soit loué de ce qu'êtes en bonne santé et nos petites. A. de Caumont. A Suze, ce dimanche 24 e février.
Capitulation de Plgoerol.
s mil. Je n'eus loisir dimanche dernier que de vous écrire trois lignes dans la lettre de M. le Maréchal, qu'il fit dans la bassecour de la citadelle de Pignerol, à cause que comme je vous ai, ce me semble, déjà mandé par un petit mot que je vous ai écrit depuis, j'étois ordonné pour la conduite du Comte Urbain, Gouverneur de ladite place. Nous sommes astheure ici occupés à munir et fortifier cette place , qui nous retiendra ici quelque temps. Une partie de l'armée est allée à Briqueras, à une lieue et demie d'ici, pour y camper, et retrancher, et fortifier de vieilles ruines qui y sont, et pour nous élargir davantage et avoir plus de moyen de faire vivre notre cavalerie, et aussi pour s'avancer du côté des ennemis qui sont à Carmagnolle, à cinq ou six lieues d'ici, mais au delà du Pô; au moins Colalto y est arrivé avec leur avant-garde ; cependant nous verrons ce qu'ils feront, et selon cela nous gouvernerons. Faut avouer que le Gouverneur de cette place nous a fort obligés de la rendre , car elle pouvoit tenir encore longtemps, et il a fait tant de pluies depuis que je ne sais si nous en fussions aisément venus à bout, et déjà nous étions dans nos tranchées jusqu'à mi-jambe dans l'eau. Il n'y avoit que deux attaques : celle de M. le Maréchal de Créquy et celle de M. le Maréchal (de la Force). On commença le siège durant la semaine du premier, et la place fut rendue en celle de l'autre ; la ville ne tint que deux jours, et le château neuf. On me mit en l'attaque de M. le Maréchal, parce que M. de Schomberg n'en avoit point. C'est la plus importante place que nous pouvions prendre en Italie, parce qu'elle nous en donne l'entrée libre et le derrière aussi pour
pouvoir faire venir de France, par le Dauphiné, nos vivres et tm. nos munitions, ce que ne faisoit pas Suze, qui est encore 5,TriU dans les montagnes et qui a au-devant Veillane , sans laquelle on ne peut passer ; celle-ci est du Marquisat de Saluées et au pied des montagnes, et au-devant, la plaine est fort large. Nous avons pris aussi dans la montagne la Pérouse, qui est un fort par où il faut que Ton passe pour aller en Dauphiné, lequel nous fortifions aussi. Ce qui nous a obligés d'attaquer le Duc de Savoie, c'est qu'on a vu qu'assurément il nous trompoit et nous vouloit perdre, ne cherchant qu'à nous engager avec l'Espagnol pour après nous fermer le derrière et ruiner à la longue notre armée par les nécessités que nous eussions eues ; mais je crois qu'à la fin il ne s'en trouvera pas bon marchand, et courra fortune de jouer au Duc dépouillé, aussi bien que le Gouverneur d'ici au col coupé , nonobstant sa belle capitulation , laquelle on n'avoit garde de lui refuser, car on lui eût bien même donné de l'argent, et en quantité, s'il en eût demandé. Elle porte qu'ils sortiront tambour battant, enseignes déployées, mèches allumées, balle en bouche, armes et bagages, avec deux canons au choix de M. le Cardinal, qui leur a donné deux petites pièces. Il avoit dedans la citadelle quinze canons et six cents hommes de guerre et toutes sortes de provisions, hormis de bois, de quoi ils manquoient; et pour bien défendre ladite citadelle, il falloit bien mille hommes. J'en écris la prise à M. le Prince d'Orange et lui en envoie le plan.
M. le Maréchal me vient de mander qu'il vient de parler à M. le Cardinal pour ses affaires, et qu'il lui a promis d'en écrire à M. d'Effiat, mais principalement pour les soixante et quatorze mille francs que M. Galant lui avoit écrit qu'il ne se falloit point attendre aux assignations qu'il en avoit , et que cela étoit diverti ailleurs. Il m'a mandé que M. le Cardinal envoyoit demain un courrier, tellement que je ne sais si nous lui donnons nos lettres. Mondit sieur m'a mandé aussi de vous écrire que vous fassiez tous vos efforts de pouvoir vendre. Je lui dirai ce que vous m'en mandez par le mémoire qu'a M. de Saint-Orse , et que vous y faites ce qui vous est possible. A. de Caumokt. Au camp de Pignerol, ce vendredi 5 e avril.
S18 CORllfiPWDAKCH.
LE CARDIMAL DE RSGHBUBU AU MABÉCHAL M LA FOftCB.
Mission du sieur Desodeille.
itfo. Monsieur, le sieur Desodeille s'en ta de delà pour vous lojoio. avert j r ^ u dessein que le Roi a de faire passer l'armée qu'il a ici, en Italie pour secourir Gâtai» Vous nous donnerez, s'il tous plaît, vos avis sur ce que vous jugerez nécessaire e* cette occasion pour le service de S. M; Cependant je vous conjure de (aire toujours état de mon affection, e* que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Moufors, os 10 e juin.
Reddition do la vtUe et du château 4e Yillefranebe, ~~ Vr'm de Pançalier parle Marquis de la Force. — Combat de Carignau. -r- Blessure de M. de la Trémouille. — Mort du Duc de Savoie. — La peste à l'armée.
Il y a déjà quelques jours que je ne vous ai écrit, ayant toujours été occupé, à la campagne, aussi u'ai-je point reçu de vos lettres depuis ma dernière, qui, je crois, étoit écrite de Revel, duquel lieu nous allâmes à Yillefranche, qui est une grande traite pour toute une armée; aussi l'artillerie et l'arrière-garde ne purent arriver ce jour-là et campèrent à la campagne. D'abord la ville se rendit avec peu de résistance; le château tint encore deux jours et se fit tirer quelques coups de, canon- Pour moi, dès que nous fûmes arrivés à Villefranche, qui fut un peu avant la nuit, pour me rafraîchir j'eus commandement de partir à la mi-nuit avec cinq régiments et dix cornettes de cavalerie pour aller attaquer Pan* calier, qui est sur le Pô. C'est un lieu que les ennemis a voient choisi comme le plus important pour empêcher nos desseins, et y faire leur tête, et l'avoient retranché puissamment tout autour, et leur retranchement flanqué de redoutes, demilunes et forts de quatre bastions. Cependant notre diligence fut si grande que leur armée, qui étoit à Savillan et es environs, qui est du côté de Saluées, et qu'ils avoient mise là pour nous empêcher d'aller plus avant et la mettre en lieu de sûreté, n'eut loisir de pouryoir assez promptement audit Pançalier, tellement que les surprenant, je m'en rendis maître fort aisément; le château aussi se rendit. Je trouvai le
pont qu'ils avoient sur le Pô, rompu; maïs la rivière ae passe astheure fort aisément à gué. Deux de dos Généraux, MM. de Montmorency et d'Effiat, s'y en vinrent dés que je leur en mandai la nouvelle. M. le Maréchal demeura pour prendre le château de Villefranche, ce qu'il a fait. Le lendemain on envoya M, de laTrimouille avec quelque cavalerie en ce lieu de Carignan, où il ne trouva que quelques carabins qui se retirèrent par le pont et tirèrent quelques coups de delà la ri* viére, de l'un desquels malheureusement M. de la Trimouille fut blessé au genou, mais fort peu; il se retira après, paroe qu'il ne le pouvoit garder avec la cavalerie, et laissa quelques carabins dans le château. Cependant l'armée de l'ennemi, qui marchoit en grande diligence, vint la nuit même se saisir dudit pont de ce lieu, et voyant qu'il n'y avoit personne dans cette ville, qui n'est point fermée, et qu'il n'y avoit que trente hommes dans le château, le Prince (de Piémont), qui est astheure Duc, fit passer sur le pont presque toute son armée et se saisit de ce logement, assiégea, ou en fit semblant; ceux du château, qui n'est pas fort, les somma de se rendre, mais ils n'en voulurent rien faire. Sur cela, ce jour-là même, je ftis commandé par MM. de Montmorency et d'Effiat, M. le Maréchal étant encore à Yillefrancbe, de prendre deux régi* ments et deux cornettes de cavalerie pour tâcher à me saisir de ce lieu; mais comme je vous ai déjà dit, les ennemis s'en étoient rendus maîtres; je les trouvai à une demi^ieue de la ville, qui étoient venus au devant de moi. le fus si heureux, que je les rechassai jusque dans la barrière de la place, et sachant par un qui se vint rendre, qu'ils étoient si forts, je m'arrêtai auprès d'un ruisseau sur lequel y avoit un pont» d'où ils ne pouvoient venir à moi sans désavantage; il est vrai que s'ils eussent su le peu de gens que j'avois et qu'ils eussent voulu aller passer ailleurs le ruisseau, ils me pouvoient venir attaquer par le Sanc et par derrière, et ne les eusse su empêcher, à cause du petit nombre que j'avoî*, de me défaire entièrement. Mais le bon Dieu les empêcha, et cependant je demeurai là sans qu'il me vint secours plus de quatre heures; que si je me fusse voulu retirer, comme plusieurs me conseilloient, assurément j'étois perdu, car cela leur eût donné cœur et m'eussent suivi, et eusse couru fortune
d'être défait; mais la bonne mine que nous finies là, leur fit croire que toute l'armée nous suivoit, bien que près dé la moitié étoit à Villefranche, qui est à quatre lieues, et l'autre partie à Pancalier, qui en est à deux. Enfin il m'arriva quelques compagnies de cavalerie et quelques régiments de secours, mais tout cela n'étoit point suffisant pour les en chasser, puisqu'ils y avoient pour le moins huit ou dix mille hommes de pied et trente cornettes de cavalerie. Néanmoins comme je désespérais de pouvoir rien faire, eux craignant que toute notre armée fût là, et d'être engagés à la bataille, se retirèrent et nous quittèrent la place, et étois déjà dedans avec mes troupes lorsque M. d'Effiat arriva, qui amenoit encore quelque secours, de quoi je fus fort aise, car s'ils ne se fussent retirés, il nous étoit impossible de les forcer, car le logement est fort avantageux pour une armée. D y a eu en ceci plus de bonheur que de sagesse. Dieu soit loué que tout est bien allé, et veuille continuer à nous départir ses assistances. Nourvoilà maîtres astheure de la montagne et de la plaine, depuis Turin jusqu'à Saluées, et source du Pô jusqu'à Suze, hors les châteaux de Cahors, de Revel et Veillane; l'armée des ennemis étant réduite delà le Pô, et n'oseroit plus passer de deçà que sur le pont de Turin. Je crois que nous serons ici quelques jours pour y faire magasins de bleds, de quoi il y a grande abondance dans la plaine, encore qu'ils aient emporté ce qu'ils ont pu. M. de Gondin qui étoit un de nos Mestres de camp de la Religion, est mort de maladie à Saluées. Je crois vous avoir mandé la mort du Duc de Savoie, car nous l'avions apprise dès Revel. Il arriva hier aux ennemis de renfort quatre régiments d'Allemands et huit ou neuf cents chevaux; je voudrois bien qu'il nous en fût venu autant. Ils en avoient bien besoin, car leur armée s'étoit bien affaiblie, et la peste y est bien fort; nous n'en sommes pas exempts dans la nôtre. Dieu nous en préserve. Je me porte fort bien, Dieu merci, je le supplie, etc. A. de Gaumont. Au camp de Carignan, ce 4 août»
Attaque du Pont de Carignan. — Défaite des ennemis. — Prise de Mantoae par Colalto. — Seeours envoyé d'Allemagne. — Licence de l'armée.
Je vous écrivis avant-hier, et vous mandois fort particulièrement tout ce qui s'étoit passé depuis le partement de Revel, en ces occasions de Yillefranche , Pancalier et Carignan , et ne vous avois pas mandé comme les ennemis s'étoient retranchés au bout du pont dudit Carignan , qui est loin de la ville une volée de canon , et s'y fortifioient tous les jours. Nous tînmes conseil, et jugeâmes que cela nous étoit honteux de les laisser fortifier deçà la rivière en notre présence; nous résolûmes donc hier de les attaquer et chasser à quel prix que ce fût. Ils avoient fait une grande demi-lune au bout du pont, et avoient aussi retranché deux tles qui étoient vis-à-vis du milieu du pont, et y avoient quinze cents ou deux mille honîmes. M. le Maréchal eut la main droite, car on les attaquoit par la droite et par la gauche; je conduisois devant lui les régiments des Gardes, de Champagne et de Piémont. M. de Montmorency donna par la gauche. Nous les attaquâmes si heureusement que nous les emportâmes , et la demi-lune et les îles, et les tenons encore contre toute leur année qui est delà la rivière. Nous y perdîmes fort peu de gens , et y tuâmes bien cinq ou six cents hommes des leurs, sans ceux qui se noyèrent. Nous les attaquâmes un peu avant la nuit, ne le voulant de plein jour, parce qu'ils nous eussent tué force gens, à cause qu'ils avoient neuf canons sur le bord de la rivière, laquelle n'étant pas fort large, leur mousqueterie qu'ils avoient logée à couvert derrière des parapets, nous eût fait force mal. Dieu merci , nous n'y avons perdu personne des nôtres, qu'un laquais de mon frère de Castelmoron, qui fut tué, et un de mes carabins blessé. Nous n'y avons perdu presque personne de considération; de blessés, il y aBouteville, Navailles, Argencourt, Carnet, sergent - major de Champagne, et fort peu d'autres de considération, et ceux-là assez légèrement blessés, n'ayant pas de blessures dangereuses. Le pauvre M. d'Eschans ne nous achètera nileRétail ni la Barre, car le pauvre homme est mort de peste, il a suivi son enseigne, le fils de M. de Bassac, j'en suis bien marri. Nous craignons bien plus ce mal que les
7 août.
ennemis, et en effet il nous a fait bien plus de mal ; Dieu nous TMftt* eu préservera, s'il lui plaH, entre les mains (taquet nom sommes tous. Le pauvre Suisse de M. le Maréchal en est mort. J'ai vu le Tritri, qui a grande envie de s'en retourner et vous portera de mes nouvelles, et crois que pour avoir congé et excuse, il fera semblant cTétre malade. Je croîs qu'il ne fera pas mat, car je crois que nous ne pouvons meshuy faire que ce que nous avons fait, car de secourir Casai, je te Cens presque impossible, car puisque le Coîalto a pris Mantoue, ÎT se joindra avec Espinola; et outre cela, nous sommes assurés qu'il leur vient encore secours d'Allemagne, et quTTs sont déjà dans la Yaltefine. Les gens que nous avons attaqués et défaits au bout de ce pont, étoient Espagnols naturels et quelques Napolitains. Pour ce que me mandez de ma pension, je m'assure que M. (TEffiat nous la fera bien payer, et celle de cette année, car il me témoigne fqrce bonne volonté. Je ne puis pas croire que SegalTas ait tant gagné que me mandez. Je ne doute pas qu'il n'ait brigandé et fait ses affaires, et que ses gardes n'aient fait des méchancetés, et que le capitaine n'ait aussi profité ; car jamais on n'a vu armée plus licencieuse, ni où il s'y fit plus de méchancetés, et où on ouït plus de blasphèmes, et cela me feroit désirer à moi d'en être hors. J'écris à M. d'Amboïse et lui demande ce qu'il me doit, ainsi que me mandez. Nous avons bien besoïn de toutes nos pièces , car j'ai bien dépendu ici et perdu mon argent au jeu contre M. de Montmorency et la Bergerie ; Dieu me le veuille pardonner,, et tous les blasphèmes quef y ai oui dire et que j'ai soufferts , ne les réprimant pas comme je devois , et nous veuille départir ses assistances , et noua augmenter les dons et les grâces de son Saint-Esprit, afin que nous Fhonorïons et le servions mieux à l'avenir, que nous n'avons fait par le passé, etc. A. DE Caumont. Au camp de Carignan, ce mercredi 7 e août.
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s mai. Sire, je loue Dieu qu'il nous donne moyen de pouvoir maintenir la réputation des armes de votre Majesté^ cette dernière
JLE C. DE RICHELIEU AUXEEECT; G&f. DE-tfAKMÊE DU ROI. S2&
occasion a été véritablement gaillarde et fort glorieuse, tes «»ennemi? s*étant campés avec toute feur armée au delà Sa 8 **• pont de Carîgnan, et retranchés â la tête de deçà d'un fort beau travair de huit ou neuf pieds de hauteur et bon fossé devant. Nous voyant aller à eux , ils se mirent en bataille et prirent leur ordte pour leur défense, et bien que notre résolution ne fût que de faire nos approches et prendre un logement commode pour l'artillerie, ite sortirent pour venir au-devant de nous. Les Gardes de votre Majesté, qui étoîent à la droite* Picardie à Ta main gauche , les uns et Tes autres soutenus d'autres régiments, dont il n'y avoit que deux cents hommes de chacun et de la cavalerie que nous y avions ordonnée, ils commencèrent d'aller à eux , et coururent si furieusement qu'ils ne les quittèrent jamais qu'ils ne fussent dans leurs retranchements, dans lesquels ils entrèrent pêle-mêle, et les poussèrent si vertement qu'ils les menèrent battant jusque delà la rivière, dont plusieurs se précipitèrent du pont en bas. Les nôtres se logèrent de delà et y demeurèrent plus de deux heures; ayant jeté toute leur armée en si grand désordre, que la déroute en eût été toute entière sans la difficulté du pont qui empêchait d'y aller en ordre. L'attaque se fit à soleil couché. Yoire Majesté verra la liste des morts et prisonniers que l'on a pu découvrir pour encore; la persuasion de les vaincre et la créance qp'en ont cançua tous ceux de l'armée de wtre Majesté, est telle,, qu'ils ne demandent à toutes occasions* que d'aller à eux » et les ennemis sont en teUe appréhension qu'ils ne nous attendent point s'ils ne sont fort à couvert Votre Majesté se peut assurer que nous ne perdrons point tes occasions d'en ïeti*er tous les avantages qa'elle en peut désirer pour te bien» de son, service. Keu nous fasse la grâce de lui en donner contentement, et veuille de plus en plus, Sire, etc. Au camp de Carignan, ce 8 e août.
LE CAHDÏTÏAL DE MCHEfclEU' AUX, MUXTBirATfrS GÉNÉRAUX
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• MM. de Montmorency, d'Effiat et de la Force.
S2& GOBBESPOITOANCBS.
du progrès que font ses armes sous votre conduite. Pour moi» j'en ai un contentement si particulier qu'il m'est impossible de l'exprimer. La prise de Carignan étoit en vérité de trèsgrande importance, le dessein en a été fort bon et l'exécution encore meilleure. J'espère que les armes du Roi étant en si bonne main, auront toujours pareil succès. Je contribuerai tout ce qu'il me sera possible pour vous aider à acquérir de plus en plus de la gloire à l'avantage du service de S. M. J'attends les troupes qu'elle a destinées pour l'Italie en grand nombre, afin de vous en secourir; je vous assure qu'on ne perd pas de temps aux diligences qui se peuvent faire, et que je n'épargnerai jamais aucune chose qui dépende de moi pour l'avancement du service du Roi et votre contentement particulier; vous assurant que je suis véritablement, Messieurs, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Saint-Jean de Maurienne, ce 9 août.
Même sujet que la précédente.
Messieurs, depuis ma lettre écrite, j'ai appris en gros ce qui s'est passé en l'attaque du pont de Carignan , sur quoi je vous dirai qu'il est impossible de pouvoir souhaiter les armes du Roi être plus glorieuses qu'elles sont, comme aussi de louer votre conduite autant qu'elle mérite. J'attendrai avec impatience de vos nouvelles sur le sujet d'un si heureux succès, que je me promets devoir être suivi d'autres. Cependant je n'ai pas pu m'empêcherde vous témoigner par avance la 'joie que j'en ai, tant pour la gloire des armes de S. M. que pour la vôtre propre, dont je souhaiterai toujours l'accroissement , comme étant véritablement , Messieurs , etc. Le Cardinal de Richelieu. A Saint-Jean de Maurienne, ce 10 août.
LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. Résultat de la prise de Carignan. — Conférences pour la* paix.
u août. Depuis ma dernière, il ne s'est rien passé de nouveau digne de vous être mandé. Par la défaite que nous fîmes l'autre jour, tout le Conseil d'Espagne, qui étoit ici, fut tout pris ou
IE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 325
tué. Entre les prisonniers il y a don Martin d'Aragon et un de la Maison Cardone, et plusieurs officiers. Il y eut de tué un autre Mestre de camp. Le fils du Marquis de Spinola faillit à y être embarrassé; mais il se retira de bonne heure de ce combat. Ils trouvent à dire quinze cents hommes ou tués, ou noyés, ou prisonniers, ou qui se sont dérobés. J'écrivois par ma dernière dépêche du septième de ce mois, fort particulièrement à mon frère d'Eymet de tout ce qui s'est passé; mandez lui que les retranchements que nous ayons forcés, étoient beaucoup meilleurs et plus grands que ceux que les ennemis avoient faits Tannée passée, après avoir passé l'Yssel, et que le Comte de Styrum ne put forcer, mais, au contraire, y fut battu. Je le sais par le rapport de M. d'Estiaux et de plusieurs autres qui ont vu celui de l'Yssel et celui-ci; et si toute l'armée des ennemis étoit derrière eux avec du canon, et qui les favorisoit fort de leur mousqueterie, n'en étant pas le plus loin à cinquante toises et le plus près à vingt-cinq. Le Mazarini traite encore, et le bruit est ici que tous les chefs ennemis sont ici auprès en conférence avec lui. Il a promis d'être de retour auprès du Roi jeudi prochain. Dieu nous veuille envoyer ce qu'il croit nous être nécessaire, et me fasse la grâce de vous revoir bientôt en bonne santé, il m'en tarde bien fort. Je le supplie, etc. A. de Gaumont. Au camp de Carignan, ce 11 e août.
le cardinal de Richelieu au maréchal de la force.
Éloge de la conduite du Maréchal.
Monsieur, il m'est impossible de vous témoigner la joie t«Mto. que j'ai des heureux succès des armes du Roi, et de la réputation que vous avez acquise en ces occasions dernières, y ayant fait tout ce qu'une personne de votre expérience pouvoit faire, et plus que votre âge sembloit ne permettre. Je me promets que Dieu continuera de plus en plus à épandre ses bénédictions sur les justes desseins de S. M., et par conséquent vous donnera lieu d'augmenter votre gloire à l'égal que souhaite, Monsieur, etc. Le Cardinal de Richelieu A Saint-Jean de Maurienne, ce 12 août.
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« UM0IA1I "MARÉCHAL US «L* Même sqjet que la précédente.
Mon Cousin, je toi» ai luit savoir par ma précédente le eonfanlemeift'qiie j'avois en succès de la prise de la ville «t «bateau de Carignan, ensuite de celle du Vigom, YiH cfma «ke et Pancalier. Maintenant je tous témoignerai la satisfaction encore plus grande que j'ai de l'avantage signalé que mes arases ont remporté sur les Espagnols en l'attaque fti a été faite des retranchements qu'ils a voient faits au bout du pont 4e Carignan, le sixième de ce mois, dont j'ai eu à fisair de voir les particularités par votre lettré du septième. Et tomme je reconnois que vous m'avez continué en cette aotion les preuves de votre valeur, expérience et bonne conduite accoutumée, j'ai voulu aussi vous assurer que de cellelà comme des autres, je conserverai un perpétuel ressentiment. Je désire que vous donniez la même assurance aux officiers et gentilshommes volontaires qui se sont signalés*» ce combat, afin que chacun d'eux soit tant plus excité àtrien faire dans la suite de mes desseins, que je veux me promettre heureuse par la justice de ma cause et bonne •conduite 4e Tous et des autres chefs démon armée, vous recommandatfttTy apporter, comme vous avez fait jusques ici, tout ce qwejewe promets de vous ; priant Dieu, mon Cousin, etc. Écrit à Lyon, le 18 e août. Signé: Louis. Et plus bas : Bouthillier.
XE BARÉCHAL DE XA TORCE A XA MARQUISE DE LA FOWCE. Dépari duHarqms de la ^orce.— Certitude de la paix.
Ma chère -fille, je vous fais ce mot à la hâte pour voœ dire comme votre mari partit :hier pour vous aller voir, en -fart .bonne santé et fort gaillard, Dieu merci. Je tâcherai de 4e suivre de près, car jetons assure qu'il me tarde hiea aussi que je puisse jouir de ce contentement de me voir avec toute la famille. Je tiens la paix pour laite; Mazarini a fait vers aious trois ou quatre voyages, et ne vois pas qu'il y aitnen $ul la puisse retarder. Je vous adresse celle-ci par la voie de fte poste, afin qu'ayez ce cnatentement d'espérer bientôt J'«rrivée de votre mari; -mais comme M va à ses journées, je
LE MARÉCHAL DE LATORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU. 321
cr«<que vous recevra eebVoi beaucoup pin* eût qu'il ne sera à vous. Dieu vous veuille accompagner à tous de se» saintes bénédictions «Au camp de la Volvère, ce 22 e août.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Trêve avec les Espagnols. — Demande de troupes pour secourir Casai. ~i* Maréchal se recommande à la bienveillance de Richelieu.
Monseigneur, je loue Dieu de ce qu'il vous plaît par toutes les vôtres témoigner avoir contentement de mes services. Si mon pouvoir égaloit ma volonté, vous en auriez davantage. Vous verrez, Monseigneur, les conditions de la trêve générale qui ont été envoyées par le Mazarini, que nous avons acceptées ; nous verrons par le retour de M. le Marquis de Brézé, qui va à Casai avec ledit Mazarini, si elles seront reçues par le Marquis d'Espinola. Si dans les six semaines, qui est le terme de ladite trêve, la paix ne se conclut, et que le Roi veuille que Casai soit secouru, je ne doute point, Monseigneur, que n'y fassiez apporter la diligence nécessaire. Aussi estimé-je qu'en ce cas il ne s'y doit rien épargner, car rftl s'entreprend, il en faut venir à bout. C'est un coup d'importance à la réputation du Roi et de ses armes, et je tiens absolument qu'il se peut y réussir avec de gaillardes forces; le préparatif en est nécessaire, même pour les obliger à la paix, et vous choisirez lors ce qui vous sera le plus avantageux. Monseigneur, j'ai bien des incommodités à cause de non âge et du mauvais état de mes petits affaires ; néanmoins, tant que vous jugerez que je puis être utile au service que je dois au Roi, je ne me lasserai jamais, et de sar tisfave à tout ce que vous me commanderez ; mais je vous «upplie très-humblement, Monseigneur, avoir quelque égard à moi, et me faire ressentir delà continuation de votre bien*- WtUaeoe, assuré que je n'aurai jamais volonté que les vote», heureux que me reconnoissiez pour votre créature, et four tant que je vive, Monseigneur, etc. A Nons, ce 5* septaabre.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Enroi da sfear de Cahaztc. — Le Roi se remet entièrement aux avis des Maréchaux pour le secours de Casai.
Monsieur, le sieur de Cahuzac vous fera savoir si particulièrement les intentions du Roi touchant le secours de Casai, que j'estimerois superflu de vous en dire aucune chose par cette lettre. Ce sera à vous autres, messieurs, à voir tous ensemble par la connoissance que vous avez de l'état où sont les ennemis maintenant, à juger ce qui s'y pourra faire et à exécuter promptement la résolution que vous aurez prise sur ce sujet, en quoi S. M. se remet entièrement à vous tous. J'ai beaucoup de déplaisir de la maladie de M. votre fils, et prie Dieu de tout mon cœur qu'il lui renvoie bientôt la santé, et vous conserve la vôtre aussi entière que vous sauriez désirer vous-même, comme étant, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Lyon, ce 6 septembre.
Les ennemis consentent au ravitaillement de Casai.
octobre. Sire, bien que plusieurs considérations m'eussent obligé de supplier très-humblement votre Majesté de me permettre d'aller un peu me rafraîchir et pourvoir à mes petits affaires, néanmoins je répute à tant de bonheur que votre Majesté m'estime digne de son service, que je ne manquerai jamais de rendre toute l'obéissance que je dois à l'honneur de ses commandements, suivant lesquels je demeurerai et tâcherai de satisfaire à tout ce qui sera de ses volontés avec une trèsparfaite fidélité.
Votre Majesté saura par cette dépèche le travail que les ennemis ont fait, et la disposition en quoi ils s'étoient mis pour empêcher le convoi du bled que nous avons mené pour jeter dans Casai; mais quand ils ont appris nos préparatifs et notre résolution, ils se sont mis à la raison et ont condescendu à satisfaire au traité que nous avions fait devant Casai. Le sieur Mazarini nous en a cejourd'hui porté la résolution de leur part, et le tout se doit exécuter le trentième, après quoi M. le Maréchal de Schomberg fait état de s'acheminer
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 329
votre Majesté. Nous sommes après à dresser l'état des *«*>• troupes qui doivent passer en France et de celles qui doivent 0ctobre ' demeurer de deçà, avec Tordre qu'il faudra tenir pour leur subsistance, attendant que je reçoive les commandements dont il plaira à votre Majesté de m'honorer, pour laquelle je fais incessamment prière à Dieu, etc.
H lui accorde son congé et le charge de remettre l'armée 'au Maréchal de Marillac.
Mon Cousin, encore que les bons services que vous m'avez u novembre, rendus en mon armée d'Italie, même en cette signalée et importante occasion de la délivrance de Casai, dont je conserverai toute ma vie le souvenir, me fissent désirer que vous eussiez continué votre demeure par delà pour le commandement de mon armée, néanmoins, ayant égard au long temps que vous m'y avez servi sans aucune intermission, je vous accorde le congé que vous m'avez demandé pour votre retour; mon intention étant que vous remettiez avant que partir tout le commandement et les troupes de l'armée es mains de mon cousin le Maréchal de Marillac, que j'ai ordonné pour y commander, et que vous vous en reveniez près de moi, avec assurance que vous y recevrez tout le bon accueil et traitement que peut mériter de son maitre un serviteur de votre qualité, qui l'a très-dignement servi; ce que vous connottrez par les effets en toutes les occasions qui se présenteront. Cependant je prie Dieu , mon Cousin , etc. Écrit à Paris, le 11 e jour de novembre. Signé : Louis. Et plus bas : Bouthillier.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Rétractation de la précédente.
Mon Cousin , par une lettre que je vous écrivis, y a trois a jours, je vousavois donné permission de revenir près de moi ; depuis ayant considéré qu'il reste encore par delà des affaires de grande conséquence et importance au bien de i
mon service et de cet État, dans lesquelles votre présence i
est Sa tout nécessaire , je vous fais ceSle-d pour tous îfire que vous ayez encore à vous arrêter en mon armée, 01 même y retourner si vous en étiez parti ; et comme je me promets gue vous me continuerez en ce sujet les preuves que je èém attendre de votre fidélité et affection à mon service, ans* devez-vous croire et vous assurer que je prendrai soin è» deçà de vos affaires et intérêts, et que vous recevrez tel traitement de moi que won» aurez leocanon d'ten demeurer content. Sur ce, je prie Dieu, etc. Écrit à Versailles, le ik e jour de novembre. Signé ; Loui6. Et plus bas : Bouthillieb.