XE ROI AUX MARÉCHAUX DE LA PORCK , DE SCHOMBERG
ET DE MARILLAG.
Approbation de leur conduite à Casai. — Mission de Servien prés du Prince de Piémont. — Ordre de mettre les troupes en garnison. — S. M. donne aux 'Maréchaux toute liberté d'agir dans ses intérêts.
tfnowmbre. Mes Cousins,, par les dépêches qui vous ont été faites de l'onzième de ce mois, vous aurez pu connoître que je faisols le même jugement que vous de la perte de Casai s'il n'y demeuroît que des Montferrins ; c'est pourquoi j'ai été fort aisé de voir par la vôtre du sixième, qui fut hier reçue, que vous ayez fait entrer dans ladite place trois régiments françois, vil même que les Espagnols vous en ont non-seulement donné prétexte, mais légitime sujet, en n'exécutant pas le traité du vingt-sixième octobre, par lequel ils dévoient sortir de toutes les places du Montferrat. Yous ne pouviez donc prendre une meilleure résolution sur ce sujet, que j'approuve d'autant jflus que je vois par vos lettres que vous avez soigneusement pourvu au ravitaillement de ladite place.
J'ai bien considéré ce que vous me représentez de Tavan*tage qu'il y a d'avoir le Prince de Piémont de son côté ; j'en fais le même jugement que vous, et désire que vous fassiez tout ce qui vous sera possible pour l'acquérir, l'assurant qu'encore qu'il y ait beaucoup de choses à dire au traité de Ratisbonne, mon intention est toutefois de tirer ledit Prince, autant avantageusement que la raison et mon honneur le pourront permettre , de tous ses intérêts ; et -pour «cet effet, J'-en donnerai dharge expresse au sieur Servien, queje tend Twrtir dans trois joins pour -aller p«r fltSà.
LOUIS X1H *£X ttU^HtfXDE FRANCK 3H
En s'accommodant avec ledit Prince, comme je désire que Ton fasse atttant qu'il se pourra pour l'obliger à nous Tour- 16 mvAas vivres, je juge qu'il n'y a Tien à faire à présent avec wes armes qu'à bien conserver Casai, comme vous y avez donné ordre, en y laissant des troupes françoises et pour- -myaift aux vivres , et qu'il convient mettre les troupes qui «kâvefrt demeurer en Italie, en garnison, en sorte que Yefllase, £uae, Pignerol, Briqueras, Saluées .et les vallées, demeurent bien assurées.
Si ledit Prince de Piémont vouloit consentir qu'on achevât fcs fortifications de Pignerol , je trouverons bon qu'il y fût travaillé ; mais s'il faut perdre la commodité de tirer des vi- *res<pour mes armées , ou manquer à fortifier, j'estime qu'il mieux laisser la fortification comme elle est, et s'assu- 1es vivres qu'autrement il seroit difficile , pour ne pas $ impossible, de faire venir de France.
Je vois le respect que vous apportez aux choses qui vous -mmt écrites de ma part, et le soin et prudence que vous apportez pour les exécuter de point en point, dont je vous sais très-tocn gré. Je vous dirai néanmoins que mon intention n'etft point de vous prescrire des ordres déterminés, en sorte >que vous ne puissiez taire ce que vous reconnoîtrez clairement ^être de mieux pour mon service, car vous savez qu'il «Bt impossible de juger si bien de loin des choses, comme peuvent faire ceux qui sorit sur les lieux et qui les voient de près.
C'est la réponse que je ferai à votre dépêche, ajoutant encore que mon intention est toujours de faire la paix en Italie <«n réparant les défauts du traité de Ratisboime, en ce en quoi ils ne sont pas supportables. Pour le regard dudit firinoede Piémont, je vous dirai encore une fois que pourvu qu'il se mette de mon côté , il recevra toute sorte de bon traitement en ses intérêts, et -que «je ne ferai point diffi- «uulté «de lui accorder jusqu'à vingt 'mille ^cus de rertte, feurvu qu'il ne dispute pas hors de droit et sans raison, de £a «qualité du revenu. Sur ce, je prie 'Dieu, mes Cousins, ete; ïcrit à Versailles, le 16* jour de novembre. €igné:lA>\m. Et f lus bas : Bouthillier.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Ressentiment des Impériaux de la délirranee de Casai. — Motifs qui en firent ©ter le commandement i M. de Mayenne. — Nécessité de secourir cette place.
lato. Monseigneur, après l'heureux succès des armes du Roi xoTcmbre, p 0ur j a délivrance de Casai» nous ayons remarqué les Allemands et les Espagnols en recevoir une si grande rage et avoir une si forte pensée à pouvoir se relever de la perte qu'ils ont faite et de l'espérance qu'ils s'étoient donnée de cette place, que nous avons jugé n'en pouvoir remettre le soin à M. de Mayenne 1 et à ce qui peut dépendre* de lui, que ce ne fût l'exposer à une évidente perte ; ainsi nous avons été contraints d'y apporter de plus puissants remèdes. Comme vous verrez par la dépêche de ce porteur, la place est en bon état pour le présent; mais je vous supplie très-humblement me permettre de vous dire avec liberté qu'il y faut pourvoir pour l'avenir : la place est de telle importance qu'elle le mérite bien, et le faisant puissamment, c'est le vrai moyen de leur en faire perdre du tout l'espérance et de rendre les armes du Roi redoutables pour toute l'Italie. Je sais, Monseigneur, que vous jugez mieux de ces choses que personne du monde; excusez, s'il vous plaît, l'excès de mon affection, et vous supplie très -humblement me faire l'honneur que je reçoive vos volontés et commandements. Ce ... novembre.
LE ROI AU MARECHAL DE LA FORCE
Attente de Mazarin. — Prolongation de la iréye avec les Espagnols. — Pouvoir au Maréchal de traiter de la paix.
30 décembre. Mon Cousin, nous attendions par deçà le Mazarini, suivant les avis qui m'avoient été donnés de Piémont qu'il y devoit venir pour traiter de beaucoup de choses qui ne se peuvent ajuster qu'avec lui ou avec mon frère le Duc de Savoie. Le Comte de Drouin, Ambassadeur dudit Duc, n'a pas été moins étonné de voir qu'il ne soit point arrivé ; et parce qu'il a estimé que le temps de la dernière trêve faite en Piémont étoit
1 Ferdinand de Goniague, second fils du Duc de Mantoue et de Catherine de Lorraine, héritière de Mayenne.
LOUIS XDŒ AU MARÉCHAL DE LA FORCE. Hl
trop court pour attendre son arrivée, il a fait entendre qu'il l6M seroit à propos de la prolonger pour un mois ; de quoi je ne * <Woembr *' sois pas éloigné, pour le désir que j'ai de voir rétablir une bonne paix en Italie, et particulièrement avec mon frère le Duc de Savoie, auquel ledit Comte de Drouln donnant part de la proposition qui s'est faite de la prolongation de ladite trêve, j'ai estimé aussi bien à propos de vous en donner avis, et vous dire que j'aurai à plaisir que vous fassiez savoir audit Duc que vous avez Pouvoir de traiter du sujet dont son Ambassadeur lui écrit, lequel Pouvoir, outre celui que vous avez de traiter de la paix et des choses qui en dépendent, je vous donne encore particulièrement par cette lettre. Il est du tout nécessaire que vous choisissiez quelque personnage bien avisé, capable de négociations, pour envoyer vers ledit Duc, lequel, comme j'estime, saura bien agir avec les Espagnols comme il faudra, pour les porter à cette trêve qui leur est beaucoup plus nécessaire qu'à nous. Je vous dirai de plus qu'encore que je ne désire la prolongation de la trêve que pour un mois , si néanmoins les Espagnols et ledit Duc de Savoie la désiroient pour deux, je trouve bon que vous y consentiez; mais surtout il importe de ne point faire paroître que nous la désirons, et de conduire cet affaire en sorte qu'il paroisse, comme il est vrai, que nous en soyons recherchés. Si le sieur d'Étampes est encore près de vous, vous ne sauriez commettre cette négociation à personne plus propre, et vous pourrez prendre en lui confiance toute entière. Que si par son absence vous la commettez à un autre, vous ne lui donnerez charge de traiter que pour un mois, réservant, si l'on lui propose un plus long temps, à vous en donner avis pour y prendre la résolution nécessaire. C'est le sujet de cette dépêche, que je finis en priant Dieu , etc. Écrit à Paris , le 30 e jour de décembre. Signé : Louis. Et plus bai : Boc-
THILL1ER.
23 porter.
ANNÉE mt.
LE MABÙCBU.. AH hM EOIICK âM Etf.
Négociation» et grieflrde- W. de Savoie. — Mission du sieur de Tîgnofes. — Let Eapagools pgoeat. te 9m. — Demande d'argent, pou* 1* «ihwtant» de l'année.
Sire, j'ai été- contraint de retarder fe dépêche de îfiizîn, attendant I» réponse de M. de Savoie. II m'a font conuoltre avoir do mécontentement : il avoit demandé que fentretas nement que votre Majesté: trouverait bon qu'il fût baillé par jour à ceux de Montmeillan, que sur ce- même pied 1 la fourniture leur soit faite, à compter depuis le traité' quf a été fift avec lui par M. le Maréchal de Sehomberg et moi, db vingtdeuxième novembre, et de même que l'argent qui aura- été levé en Savoie depuis ce temps-là, lutsoit restitué. J'ai répondk à ces deux chefcque je ne pothrois y toucher sans Tordre <fe votre Majesté , ce qu'il a désiré que je lui lisse savoir, et pour tous ces affaires m'avoit dépêché le sieur Gabafeon, sans me donner même conuoissance- que lé- sieur de-Droufir, son Ambassadeur, lui ait fait de- proposition sur la protongathnrdfr la trêve, ni m» foire aucune réponse sur ce que je* tai en avois écrit. J'en dis quelque chose audit sieur GabaTeoni, qui m'a dit qu'il n'en avoit point ouï parler; mais que si je voûtais, qu'il en parlerait à S. À. de Savoie». Lors je- fis le troif, lui faisant connoftre que cela m'étoît indiffèrent, et qu'y ayant le principal intérêt, it en userait ainsi que bon Rri semblerait; et d'autant que* surîtes affaires de Casai fàvofs â loi faire ptosieur» plaintes , j'y dépêchai le lendemain te sieur de Yignole*, et eroyois- qu'à- lui en donnerait quelque connoissanee, comme il fit ; mais ce ferf en disant que cette proposition n'était point venue du sieur dfe-Drouftr, et que cela étoit inutile, car l'on demeurait dans le traité du vingtsixième octobre, qui fut fait devant Casai. Pour le regard des plaintes que je lui faisois de ce que Ton empêchoit le commerce audit Casai , il a promis qu'il y pourvoirait. Mais le plus important est qu'il nous dénie à présent la continuation de la fourniture des bleds pour l'entretien de l'année de votre Majesté , disant qu'il y en reste si peu dans le pays
qu'il ne sauroit en retirer cette quantité de bleds sans y mettre lttl la famine ; mais qve. ai Von vtufc ea fake porter à Niée ou à ^ mJitT ' Montmeillan, que tout autant que l'on en délivrera là, il ea délivrera de deçà. En effet, ledit sieur de Yîgnoles m'a rapporté qp'il a trouvé ses volontés toutes aliénées, comme d'un esprit qui témoigne n'être pas content; et lorsqu'il a voulu tirer une résolution de lui pour ce qui regarde Montmeillan» il a répondu, avec des paroles aigres, que l'on fasse ce que Ton voudra, que l'on en laisse entrer trois cents, deux cents, cinquante si l'on ireut.
Je ne dois taire à votre Majesté que par les connoissancea que ledit sieur de Yîgnoles a de longue main en sa Maison» il a appris qu'il étoit grandement recherché de l'Espagnol» que même l'on lui a fait toucher ces jours ici trois cent mille écus » avec de belles promesses de grands avantages. Us lui ont voulu faire entendre aussi là dedans que les Espagnols qui s'étoient retirés, avoient rebroussé et faisaient semblant de vouloir rapprocher vers CàsaL Votre Majesté aura pu. savoir de M. le Maréchal de Schomberg le fonds qui nous restoit > et ce qui est nécessaire pour f entretenement de l'armée; je supplie très-humblement votre Majesté de recommander que l'argent nous soit envoyé Te plus tôt qu'il se pouna. La difficulté de vivre de deçà, à cause de la ruine du pays, est telle que Farmée de votre Majesté ne sauroit subsister sans cela. L'infanterie se maintient très-bien jusqu'ici ; dans la cavalerie, il y en a quelques-ups qui s'en sont allés sans congé, que je fais poursuivre par justice. J'attendrai sur Te tout les commandements do votre Majesté, pour laquelle je fais incessamment prière à Dieu , Sire , etc. À Rivolle , le 23 e janvier,
. P. S. J'écris à M. du ffallier qu'encore que M. de Savoie ne témoigne être satisfait de fa fourniture ordonnée par votre Majesté à ceux de Montmeillan , que néanmoins» attendant que nous ayons plus expressément ses volontés , j'estime qu'il est à propos qu'il laisse fournir Tes trois cents rations.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Retraite de Monsieur à Orléans. — Approbation de la conduite du Maréchal. — Desseins des Espagnols sur Casai.
i63i. Mon Cousin, je crois qu'il n'y a personne qui ne connoisse i«* «nier. j e jj 0n e j f a y 0ra i)!e traitement que j'ai toujours fait à mon frère le Duc d'Orléans, et comme l'année dernière, avant son départ de Nancy , dont je désirai le retirer autant pour son honneur et réputation que pour aucune autre cause, je trouvai bon de lui accorder le Duché de Valois avec cent mille livres de rente par augmentation d'apanage, le Gouvernement du Duché d'Orléans, Comté de Blois et pays Chartrain, que tenoit mon cousin le Comte de Saint-Paul , et le Gouvernement particulier du château d'Amboise, avec d'autres notables avantages d'argent pour le sortir des dépenses excessives qu'il avoit faites pendant son éloignement. Depuis, mondit frère étant revenu en mon Royaume, et l'ayant vu à Troyes , où il me vint trouver, je le conviai de faire avec moi le voyage que j'allois entreprendre, et de prendre sous moi le commandement de mon armée ; ce que n'ayant pas désiré, je ne voulus pas le presser davantage. Mais étant arrivé en ma ville de Lyon, et prenant résolution de passer en Savoie, ayant entière confiance en mondit frère, je lui envoyai des Pouvoirs pour commander en cette ville de Paris et aux provinces circonvoisines , ensemble pour avoir le commandement en l'armée que j'avois lors fait assembler sur la frontière de ma province de Champagne, qui étoient les plus importants, les plus jaloux et les plus grands emplois qui s'offroient en mon Royaume, dont mondit frère me témoigna par ses lettres être très -content. Au retour de mon voyage, il n'y a sortes de preuves d'affection et de confiance que je n'aie rendu à la personne de mon dit frère, ayant à sa prière et recommandation, ajouté des gratifications et avantages si extraordinaires pour les siens , qu'ils avoient grande occasion d'en être très-contents, et d'attendre avec patience et retenue le reste qu'ils désiroient de plus ; aussi mondit frère m'a-t-il assuré plusieurs fois qu'il m'en étoit extrêmement obligé, me protestant qu'il demeureroit toujours lié et uni à mes volontés et intentions, et qu'il chériroit et aime-
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 337
roit ceux dont je me servois en mes affaires , et particuliè- %mL rement mon cousin le Cardinal de Richelieu, à qui il en fit intenter. toutes les protestations qui se pouvoient désirer, en sorte que je croyois mondit frère dans une satisfaction parfaite comme à la vérité, il en avoit tout sujet. Néanmoins, il arriva hier que, prenant l'occasion d'un petit voyage que j'étois allé faire à Versailles , il s'en alla en la maison de mon dit cousin le Cardinal de Richelieu, et lui dit qu'il venoit retirer la parole qu'il m' avoit donnée et à lui, de vouloir être à l'avenir de ses amis , et qu'il avoit résolu de monter tout à l'heure à cheval pour s'en aller à Orléans, ainsi qu'il a fait. Ce que j'ai d'autant plus trouvé étrange, que je ;sais que mondit frère n'a aucun sujet de se plaindre de mondit cousin le Cardinal de Richelieu, et que je suis moi-même témoin qu'il n'y a sorte de devoir et de respect qu'il pût attendre de lui, qu'il ne lui ait rendu; et je puis dire, mieux que personne, qu'il a embrassé près de moi, avec tout le soin et affection qu'il est possible, ses intérêts et toutes les autres choses qu'il a désirées. Ces considérations, jointes à la connoissance que j'ai du bon naturel de mondit frère , me font bien juger qu'il n'a pas pris cette résolution de son mouvement, et qu'il y a été poussé par de mauvais conseils qui l'ont porté à se retirer d'auprès de moi , lorsque j'estimois qu'il fut plus étroitement lié et attaché à tout ce que je me pouvois promettre de lui. Je veux croire néanmoins que cette retraite de mon frère à Orléans ne l'éloignera point de l'obéissance qu'il me doit, et n'aura aucune suite préjudiciable au bien et repos de cet Etat, auquel il est trop obligé, par son propre intérêt, pour y vouloir apporter aucun trouble ni altération. Au surplus, je vous envoie les réponses sur chacun des articles du mémoire que vous et le sieur d'Etampes m'avez envoyés, par lesquelles vous verrez ce qui est de mes intentions sur toutes les affaires de delà ; j'ajouterai seulement, en réponse de votre lettre du vingt-troisième du mois passé , que vous vous êtes conduit suivant mon intention en ce que vous avez dit au sieur Gabaleon , touchant la surséance d'armes à laquelle je trouve bon de consentir quand les Espagnols et le Duc de Savoie y montreront la même disposition de leur côté, pour parvenir à une bonne paix. Cependant pourvoyez, aum. 22
mu tant qu'il vous sera possible, à la sûreté de Casai* soit y ïai- *tffff$er. gant en i ret . (jgg Montferrins comme on a commencé, soit par autres voies que verrez plus convenables; et prenez garde et avertissez ceux qui y commandent, de se bien garder des surprises; car j'ai avis de divers endroits que les Espagnols y ont dessein. L'exemple de Mantoue doit rendre vigilant mon cousin le Duc du Mayne et ceux qui sont dans ladite place, va même que de la conservation d'icelle dépend le salut des affaires de mon cousin le Duc de Mantoue et son rétablissement en ses États. Yous avez déjà su sans doute que le sieur Servien est parti de cette ville, il y a huit jours et plus, pour s'acheminer en Piémont. Mon cousin le Maréchal de Toiras tfcst sur le point de partir pour faire le même voyage; vous aurez à attendre par delà leur arrivée, et à continuer * comme je m'assure que vous ferez , à tenir toutes choses en ordre pour mon service, ainsi que vous avez fait par le passé, dont j'ai grande satisfaction. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Paris , le 1«' jour de février. Signé : Louis* Et plus bas ;
ïk>tJTHILLlER.
2ttfTÎ6r»
LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARÉCHALE DE hk FORCE.
Motifs du départ de Monsieur. — Maladie de ta Mflrécftale de Cbàtffido.
Madame, j'ai reçu ici des lettres de M. le Maréchal, que je tous envoie. Elles soût fort fraîches; c'est par M. des Marets» réservant votre laquais pour vous rapporter la réponse de M. Galant. Je ne sais si Voua aurez su ce qui est arrivé ici, je l'appris dès hier au soir par M. de Charny : c'est le parteflient de Monsieur, frère du Roi. Il s'en alla vendredi à Orléans, lui trentième, durant que le Roi.étoit à la chaspe, sanâ prendre congé de S. M., et vit seulement M. le Cardinal. Lé bruit des discours qu'il lui tint, sont différents; mais on en fevient toujours à Cela, qu'il lui parla fort brusquement, et lai dit : qu'il lui avait promis de t 'amitié , mais qu'il ntiroit ta parole, et lui protestoit à* être son ennemi et de lui nuirs en tout ce qu'il pourroit, puisqu'il Vavoit trompé. Qiielqqesttns disent qu'il se plaint que M. le Cardinal ne tenoit pas te qu'il avôit promis pour la Reine-Mére et pour M. de t-orraine; tnaid on croit bien aussi que c'est parce qu'on n'a,pas
louis xni au liA^teim, m la forge. 3|9
terni à M. de Puylaurens et au Président le Goigaeux ce qu'on leur avoit promis. Depuis, soa parlement, 00 a tenu de grands Censeik. Encore cejourd'bui le Roi a vu MM. du Parlement; cela met un peu la Cour en trouble. Ma femme est allée voir madame la Maréchale de Châytilton et en est révenue; elle a été fort mal et Test bien encore, mais il y a espérance qu'elle en réchappera. Le pourpre lui est sorti, et a eu aujourd'hui une grande crise «fane sueur, qui fait croire sa guérison ; Dieu le veuille par sa grâce et la conserve, s'il lui plait 1 ce seroit une grande perte, mais principalement pour sa famille. Elle a eu un grand contentement de voir ma femme. Voilà tout ce que je vous puis mander pour astheure, priant Dieu, etc. Votre très-humble et très-obéissant fils À. de Caumont. à Paris, ce dimanche soir 2 e février.
*«tri*.
LE ROI AU MARECHAL DE LA FORCE
SttlongMtaa dû la Hâve. — Départ de Mazarâ et de Servies pour traiter de la
paix.
Mo» Cousin, j'ai vu par votre lettre du premier de ce mois ts «trier. eemme le Doc de Savoie» qui s'étoit ci-devant montré si froid etéloigné sur la proposition de prolonger la trêve, voup. en avoit par après envoyé rechercher par te Président Bonfils, qui vous avoit laissé l'écrit que vous m'avez envoyé, portant promesse dédit Duc de la continuation de ladite trêve pour tout le mois où nous sommes. Vons me faites aussi savoir comme vous aviez envoyé le sieur d'Etampes vers ledit Due pour retirer par écrit une assurance de ladite prolongation. Ce que vous avez fait en ce sujet étant conforme aux ordres que je vous ai donnés par mes dépêches précédentes, je ne puis que je ne l'approuve, et serai bien aise que non-seulement ladite trêve soit continuée pour le présent mots, mais encore an delà, et jusqu'à ce que la paix pût être entièreotent établie. Quant an sienr Mazarim, qui semble être attend» pour les antres choses qui restent à faire de delà, il partit hier de Faris, de sorte que j'estime qu'il arrivera vers vous auparavant eeUe?ei. Le steur Serrienv qui doit être à présent bien avancé, s'y rendra sans doute peu de jours après. Tellement que l'an pourra travailler à bon escient à l'exécution de la
ifisi. paix, à laquelle j'entends toujours qu'il soit procédé de ma ««▼fier. p ar j avec toute franchise et sincérité, n'ayant rien plus à cœur que de contribuer ce qui dépendra de moi pour le repos public. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Paris, le 13 e jour de février. Signé : Louis. Et plus bas : Bouthillier.
Départ de Monsieur. — Négociations arec le Duc de Savoie.
Sire, il est malaisé que les bons serviteurs de votre Majesté ne reçoivent très-grand déplaisir de ce que Monsieur, son frère, se laisse emporter aux mauvais conseils qui lui sont donnés, et qu'il se prive lui-même du plus grand honneur qu'il pourroit souhaiter que d'être près de votre Majesté, et des avantages qu'il recevoit tous les jours de sa bienveillance. La bonté et la prudence de votre Majesté saura dignement prendre les moyens de le ramener à soi; et comme elle a ressenti jusqu'ici en toutes occurrences si abondamment l'amour singulier de notre Dieu et ses plus particulières bénédictions , je ne doute point qu'il n'appuie toujours sa justice et son équité; c'est de quoi je ferai incessamment prière au Tout-Puissant et qu'il fasse prospérer de plus en plus le règne de votre Majesté.
Le même jour que ce courrier est arrivé, j'avois dépêché le sieur de Belsunce pour donner avis à votre Majesté de tout ce que j'estimois le mériter; particulièrement de ce que je voyois de deçà une grande impatience et méfiance de ce que M. Servien ne venoit point. Je n'ai manqué soudain que j'ai reçu la lettre de votre Majesté, d'écrire à M. le Nonce Pausirollo et au grand Chancelier de Casai, Guiscardi, comme ledit sieur de Servien devoit arriver ici au premier jour, et que ce courrier l'avoit laissé à Lyon. J'ai mandé la même chose à M. de Savoie; cela, à mon avis, rassurera un peu les esprits. Hier arriva en ce lieu le Président Bonfils de la part de mondit sieur de Savoie» pour s'informer de M. de Servien et du temps qu'il devoit venir, que le sieur Gallàs lui faisoit une grande presse pour entrer en l'exécution des choses ar» rêtées à Ratisbonne, et que ledit sieur Gallas lui mandoit que
mi.
si ledit sieur de Servien n'étoit arrivé, qu'il ne laisseroit
d'exécuter. i$ «nier.
J'avois envoyé un peu auparavant le sieur de Yignoles devers M. de Savoie, qui me rapporte de sa part qu'il voudroit qu'en attendant la venue dudit sieur de Ser vieil, je donnasse, s'il étoit possible, pouvoir à quelque autre pour commencer; qui est la même chose que m'avoit proposé le Président Bonfils, auquel j'ai fait réponse que ledit sieur de Servien étant envoyé de la part de votre Majesté, instruit de ses volontés avec tout pou voir,, et son Ambassadeur extraordinaire, qu'étant sur le point d'arriver, je ne croyois pas que Ton voulût rien entreprendre sans lui, comme je n'estime pas qu'ils fassent, quoiqu'ils disent. Il m'a envoyé la copie d'une lettre de son Ambassadeur qui est à Paris, par laquellevotreMajesté verra que ledit sieur Gallas devoit arriver le seize ou le dix-sept de ce mois à Queyrasque. Us se promettent que le grand Chancelier de Casai, Guiscardi, s'y trouvera, mais je ne le cuide pas, car il m'a prié de lui donner avis lorsque ledit sieur de Servien seroit arrivé, ne désirant partir plus t$t. . J'avois chargé le sieur de Vignoles de représenter à M. de Savoie que voyant expirer bientôt le temps de la trêve, je me sentois obligé de pourvoir à la sûreté de Casai, . et pour cet effet, de jeter dedans mille ou douze cents hommes, et ainsi que je supplioisS. A. de me donner le moyen, par eau ou par terre» de les y conduire sûrement, comme il me l'avoit toujours promis; mais il a fort éludé cela, disant qu'il n'en étoit pas besoin puisque l'on devoit bientôt en traiter, et outre ce, qu'il me donnoit assurance que de dix ni de douze jours au delà de la trêve, il nes'entreprendroitrien, et que cependant l'on p*endroit les moyens d'une prolongation. Je renverrai encore devers lui pour presser ou le moyen de mettre des hommes dans Casai, ou d'avoir une prolongation, et aussi pour représenter à M. Gallas que je n'attends que l'heure de l'arrivée dudit sieur de Servien, afin qu'ils ne prennent aucun prétexte de passer outre sans lui. S'il survient aucune chose qui mérite d'en informer votre Majesté, je n'y manquerai pas, et de rapporter, attendant la venue de M. le Maréchal deToiras, tout ce que je dois au bien de son service, et de demeurer toute ma vie en la résolution, Sire, etc. De Rivolle, ce 13 e février.
SS2 coRitESPontaitcsB.