‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 93 sur 114 · LE MARÉCHAL DE LA FORCE A B. DE CASTELNAUT · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE LA FORCE A B. DE CASTELNAUT

Siège de Spire. — Prise du faubourg par le Duc de Weimar. — Mort de V. Daety.

Mon fils , je ne doute point que Mgr le Cardinal n'ait pu recevoir quelque déplaisir de me voir en ces termes ; mais j'ai ce contentement qu'ayant son Eminence assez de connoissance comment j'ai toujours vécu jusques ici, et tous ces messieurs , qu'ils croiront bien que je n'en suis point venu jusque-là sans beaucoup de sujet , et certes il est cent fois plus grand que je ne l'ose dire.

Je n'ai passion au monde que de voir le Roi bien servi, et é pour mon particulier, d'y vouer le reste de mes jours , fort résolu de faire entièrement tout ce qu'il plaira au Roi de me commander et à son Eminence , vous protestant que quelle condition qui me doive arriver, soit en continuant d'agir ou à me permettre d'aller prendre quelque repos , pourvu que ce soit avec leur agréation , je me disposerai à le recevoir avec une entière satisfaction ; car je vous assure que je suis dépouillé de toute ambition et de toute vanité, aussi n'est-il plus temps en mon âge d'y songer.

Nous arrivâmes ici le onzième de ce mois pour le siège de Spire, où toutes choses nous ont, Dieu merci, jusques ici fort heureusement réussi. Toute notre infanterie fit ses approches, et se placèrent sans perdre un seul homme. Un de nos principaux desseins étort d'empêcher le pont qu'ils faisoient sur le Rhin, qui étoit déjà fait de quatre parties lés trois. A même que le corps d'infanterie et cavalerie, que nous fîmes avancer du côté du Rhin pour faire un logement entre la ville et la rivière , commencèrent d'approcher, la crainte qu'ils eurent de leurs bateaux leur firent rompre ledit pont en diligence. Nous avions ordonné à Miche avec ses six compagnies de carabins, et le Vicomte de Corval avec la sienne et six-vingts mousquetaires , que je mandai à votre frère de Tonneins de leur bailler , d'aller toute la nuit delà le Rhin pour attaquer le fort que les ennemis avoient fait à la tète de leur pont; mais ils le quittèrent de bonne heure. Les nôtres

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