ET DE BRÉZÉ
Il leur donne aria de tes mouvements pour faciliter leur jonction. — Bruit de la mort de M. de Lorraine.
Messieurs, ayant appris qu'il étoit passé deux mille che- 20 ma». vaux dans l'Evêché de Basle et vers le Montbéliard , je me suis résolu d'aller droit à eux pour les empêcher de s'y fortifier. M. Marquis delà Force part présentement avec vingtsix cornettes de cavalerie pour tâcher aies surprendre,'et je le cuis avec le reste de l'armée. J'espère par ce moyen de les empêcher de vivre en un pays qui n'est point ruiné, de leur ôter la communication avec la Bourgogne, et de me maintenir jusques à ce que tous ensemble puissions faire un plus grand effort.
tas- J'espère, Messieurs, que vous aurez bientôt pris Spire , et ***** qu'après cela vous songerez à notre conjonction, que le Roi témoigne désirer, afin de nous opposer à toutes les forces ennemies qui voudroient tenter de passer en Lorraine. Mon avis donc seroit que laissant M. le Duc Bernard avec des forces bastantesi pour maintenir le quartier où vous êtes, vous veniez rafraîchir votre armée vers Ribauviller, d'où vous pourriez garder les principaux passages de la Lorraine, en tirer facilement des vivres pour la subsistance de votre infanterie, faire vivre votre cavalerie derrière vous dans la Lorraine, et me donner moyen de me joindre avec vous lorsque l'occasion le requerroit. Je soumets néanmoins mon avis au vôtre, et vous supplierai bien humblement de me mander au plus tôt vos intentions là-dessus. Je dépèche au Roi présentement et lui mande la même chose , afin de recevoir ses commandements sur ce que dessus.
Pour nouvelles , Ton nous fait le Duc Charles malade à l'extrémité à Fribourg en Brisgau, encore y en a-t-il qui assurent sa mort. Je vous baise bien humblement les mains. Henry de Rohan. Du camp de Colmar, ce 20 e mars.
M. SERYIEN AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Effet produit par l'attaque de Spire. — Reddition du château de Sirck.
28 man. Monsieur, nous avons appris ici par diverses relations la belle action qui s'est passée en l'attaque des dehors de Spire : elle est véritablement fort glorieuse et fort avantageuse au service du Roi, et elle a rabattu un peu de l'insolence où les Allemands selaissoient déjà emporter pour avoir surpris une ■ place. Vous verrez assez les intentions de S. M. dans l'instruction qu'elle vous fait, conjointement à vous et à M. le Maréchal de Brézé : c'est pourquoi vous trouverez bon que je m'y remette. Vous aurez déjà su comme le château de Sirck s'est rendu; nous attendons ici le sieur des Chapelles pour en savoir les particularités et en rendre compte à S. M. Je ne manquerai pas de servir en tout ce qui me sera possible M. le Baron de Civrac, comme de vous rendre tous les
1 Suffisantes.
services dont vous me jugerez capable, aux occasions qui se *•*• pourront présenter ici; ceux que j'ai essayé de vous rendre ***** ne méritent pas les remercîments qu'il vous plaît me faire, puisqu'il y a si longtemps que je fais profession d'être , etc. Seryien. A la Morlaye, le 28 e mars.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Satisfaction de sa conduite.
Mon Cousin, ce porteur vous témoignera la satisfaction que 13 B j'ai de votre bonne conduite, et vous rendra compte des choses dont je l'ai chargé; vous ajouterez entière croyance à tout ce qu'il vous dira de ma part. Et la présente n'étant pour autre sujet, je prie Dieu, etc. Ecrit à Château-Thierry, le 13 e jour de mai. Signé : Louis. Et plus bas : Servien.
Retraite des Lorrains. — Combat de Melisey. — Blessure de M. des Coutures.
Je suis bien en peine de demeurer si longtemps sans 251 savoir de vos nouvelles, de madame la Maréchale et de mon frère de Tonneins ; le Seigneur m'en veuille donner de bonnes, s'il lui plaît. Je ne doute point que ne soyez en peine de savoir des nôtres, nous sachant proche de l'armée des ennemis. La dernière lettre que je vous ai écrite étoit d'Héricourt, par laquelle je vous mandois que nous avions poussé les ennemis jusques auprès de Béfort; nous demeurâmes là quelques jours audit Héricourt, et nous étions résolus d'aller droit aux ennemis pour les attaquer, lorsque nous apprîmes qu'ils étoient délogés pour aller prendre un campement plus avantageux. Nous partîmes le jour même. Le lendemain que j'avois r avant-garde , je rencontrai douze ou quinze cents chevaux des ennemis, je les poussai avec cinq ou six cents que j'avois, près d'une lieue , et en tuâmes et prîmes quelques-uns, et m'arrêtai voyant toute leur armée qui se mettoit en bataille en un lieu que je jugeai avantageux pour nous, attendant le reste de la nôtre, qui arriva au bout d'une heure et demie. Les ennemis firent grand semblant de venir
*•«• à nous, et y avoit grande apparence de bataille; mais ils ne bougèrent de leur avantage, qui est la plus grande plaine qui soit en ce pays ici, au milieu de laquelle il y avoit une hauteur qui la traversoit et commandoit toute. Le lieu où je m'étois arrêté étoit aussi fort avantageux pour nous , où la plaine étoit resserrée par un ruisseau, et un village d'un côté et un bois de l'autre. Dans chacun de ces lieux je mis quatre ou cinq cents mousquetaires, qui flanquoient toute notre armée. M. le Maréchal approuva l'assiette que j'avois ehoisie et Tordre que j'avois pris. Toute la journée se passa à escarmoucher ; et la nuit venant, nous nous campâmes au même ordre où j'avois mis l'armée en bataille, et commençâmes à nous retrancher. Nous avons demeuré comme cela deux autres jours en présence en escarmouches et coupa de canon, chacun ne voulant bouger de son avantage. Le grand nombre qu'ils avoient de cavalerie par-dessus nous , nous obligeoit à le faire, et que nous voyions qu'ils y étoient encore plus incommodés que nous, n'ayant point de pain, et nous en avions quelque peu, nos munitionnaires ayant fort mal fait leur devoir et nous ayant fait perdre de belles occasions, manque de pain. Enfin, les ennemis délogèrent l'autre nuit avant la passée, sans trompette; à la pointe du jour, nous eûmes connoissance de leur partement. Je vous assurerai de notre bonne santé; Dieu veuille que j'en apprenne autant de vous et de tous vos proches. A. de Caumont. Du camp de la Neuvelle, ce vendredi soir, 25 e mai.
P. S. En la journée de hier en mon attaque, le pauvre la Roquette, major de Navarre, y fut tué, et cinq ou six soldats, et le lieutenant de Ménillet blessé ; du côté de M. Hebron 3 y a eu un gentilhomme de M. le Cardinal de la Valette de tué, et quelques chevau-légers. Le pauvre M. des Coutures fort blessé; Nogues pourtant n'en a pas mauvaise espérance. Mondoucet est aussi blessé , et un autre gentilhomme de mondit sieur le Cardinal et quelques chevau-légers; mais leurs blessures ne sont pas dangereuses. M. dès Coutures a un coup de pistolet dans le bras, un coup d'épée sur la tête et un dans le côté.
LOUIS XIII AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 423
Même sujet.
Je vous ai écrit il y a deux ou trois jours , par un garde que M. le Maréchal envoya avec M. le Marquis de Gesvre, ee qui s'est passé en ces dernières occasions. On a envoyé pour voir le nombre des morts des ennemis qui étoient dans cette montagne de bois que je fis attaquer; il s'y en est trouvé cinq cent soixànte-et-douze, sans ceux qui ont été tués dans les bois et les montagnes aux environs. Nous avons pris des ennemis depuis , qui disent avoir perdu deux mille hommes. Leur armée est astheure auprès de Porentruy, et nous avoua été retenus manque de pain de munition, qui nous a fait perdre de belles occasions : ces munitionnairès mériteroieot loua d'être pendus, car ils ont fait de grands préjudices au service du Roi. Je ne crois pas que nous soyons pour retourner sitôt de delà, tellement que je n'espère pas de vous voir encore de quelque temps, dont je suis bien marri ; ce sera quand il plaira à Dieu. Je le supplie, etc. A. de CavmOnt. Du camp de Liofians, ce lundi 28* mai.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Déclaration de guerre à l'Espagne» — Bataille d'Avin.
Mon Cousin, vous avez été informé par les dernières de- lima. pèches que l'on vous a faites, que j'ai été enfin obligé, pour plusieurs justes raisons, de rompre avec les Espagnols et de leur faire déclarer la guerre. Mon armée a marché ensuite dans le Luxembourg , sous la conduite de mes cousins les Maréchaux de Châtillon et de Brézé, lesquels s'étant avancés dans ledit pays, ont rencontré sur les confins d'icelui et du Comté deNamur, lesdits Espagnols qui se vouloient opposer à leur passage, de sorte que mesdits cousins leur ont donné bataille le vingtième de ce mois, dont le succès a été, grâces à Dieu, tel que je le pouvois souhaiter. Il a plu à la divine bonté favoriser la justice de mes armes en cette occasion si importante, et me continuer les grâces et bénédictions dont elle a eu agréable de combler mon règne si abondamment, que j'ai sujet de lui en donner d'éternelles louanges, et de publier de tous côtés que j'attribue cette dernière victoire à l'auteur
31 mai.
ft2ft CORRESPONDANCES.
1635. <j e toutes les autres prospérités que j'ai eues ci-devant ; die est d'autant plus remarquable que le nombre des ennemis n'étoit pas moindre que de six-vingts enseignes d'infanterie et de quarante-cinq cornettes de cavalerie, le tout choisi des vieilles bandes des Pays-Bas, sous le commandement du Prince Thomas, avec seize canons. Six mille hommes des leurs sont demeurés morts sur le champ de bataille; et dans la fuite , quinze cents blessés, sept à huit cents prisonniers, entre lesquels se sont trouvés le Comte de Feira , Gouverneur de la citadelle d'Anvers, faisant la charge de Lieutenant-Général de l'armée ennemie sous ledit Prince Thomas ; Dom Alonse Ladron, colonel du premier régiment espagnol; Sfondrate, Colonel italien ; le 'Comte de Vuiliernat , lieutenant-colonel du régiment de cavalerie du Comte de Buquoy, et plusieurs autres officiers ; lesdits seize canons, leur attirail et le bagage ont été pris par mes gens. Pour un tel exploit et une victoire si avantageuse , le nombre des morts et des blessés de mon armée ne s'est pas trouvé grand : cent soldats seulement ont été blessés ou tués ; un capitaine d'infanterie du régiment de la Meilleraye et un lieutenant de celui de Champagne , sont les seuls officiers qui se soient trouvés morts. J'ai voulu vous donner avis de ce que dessus, dont vous donnerez part à tous mes bons serviteurs dans mon armée que vous commandez ; Dieu, s'il lui plaît, lui donnera de semblables succès sous votre bonne conduite, au moins suis-je bien certain que vous contribuerez à cet effet tout ce qui dépendra de votre soin, valeur et prudence , et de l'affection que vous avez au bien de mon service. Je prie Dieu , etc. Ecrit à Château- Thierry, le dernier jour de mai. Signé : Louis. Et plus bas :