M. BOUTHUXIER AU MARÉCHAL DE LA FORGE
M. le Comte (de Soissons) fit dès avant-hier les approches tttt. de Saint-Mihiel , et reconnut que la place n'est pas fortifiée »«*•*■»*»«• comme Ton disoit. Le Roi faisoit état d'aller ce soir prendre son quartier à Cœurs, à demi-lieue de Saint-Mihiel ; mais M. le Comte en étant parti avec quinze cents chevaux et douze cents mousquetaires, pour aller combattre Leymont, qui attendoit le canon de Verdun au passage, S. M. a différé de partir jusques à son retour.
Les troupes qu'a Leymont vont environ à deuxf mille chevaux tant bons que mauvais ; celles qui sont dans Saint-Mihiel sous la charge de Lenoncourt, consistent en ... . hommes de guerre : l'on ne sauroit croire qu'ils attendent l'effet du canon qui doit être ce soir devant la place.
M. le Cardinal de la Vallette nous a mandé que revenant lui et Weimar en deçà, ils ont été attaqués par quatre mille chevaux ennemis, qui vouloient s'opposer à leur passage; ils les ont défaits, et de plus leur ont pris treize pièces de canon. Le Roi a été extrêmement aise d'apprendre cette nouvelle; et pour donner moyen à mondit sieur le Cardinal de la Vallette de mieux faire, lui envoie demain, sous la conduite de M. de Vaubecourt, deux mille chevaux et deux régiments de renfort; ce secours, avec celui que M. de Bellefonds lui a déjà mené de Metz des troupes qu'il a pu ramasser dans le pays, fortifiera beaucoup les desseins de mondit sieur le Cardinal de la Vallette. Après cela, l'armée du Roi aura encore quinze mille hommes de pied et près de quatre mille chevaux pour s'employer à nettoyer ce pays-ci d'ennemis, et ensuite penser à de plus grandes choses.
Nous avons appris que Gallas côtoie l'armée de M. le Cardinal delà Vallette; mais aussi espérons-nous que la nécessité, qui est grande dans son armée, et l'exemple de ses gens qui ont été battus , le retiendront de rien entreprendre sur les nôtres. Il sera touj'ours bien à propos que vous envoyiez aux nouvelles pour en apprendre de la marche de Gallas, et les faire savoir au Roi.
S. M. ayant été avertie que plusieurs de sa Noblesse quittent l'armée pour se retirer, m'a commandé de vous écrire qu'elle n'entend point que vous donniez aucun passe-port sur ce sujet; mais que vous les exhortiez à prendre patience, et
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•**• à demeurer dans le service : ceux qui refuseront de le faire, ' S. M. désire que vous les fassiez arrêter, si ce n'est que l'indisposition de quelques-uns fût telle que vous jugeassiez leur être nécessaire de changer d'air pour recouvrer leur santé.
Nous venons d'avoir nouvelles que M. le Corhte (de Soissons) est de retour, et qu'il n'a point rencontré vos ennemis. M. le Comte de Brulon arriva hier, qui nous rendit votre dépêche avec le duplicata du mémoire que le Yicomte de Roussille avoit apporté. Ayant qu'elle fut déchiffrée, ledit sieur Comte de Brulon dit au Roi qu'elle lui apprendroit que le Duc Charles avoit détaché trois mille chevaux de son armée pour agir contre les troupes de S. M., en quelque endroit que vous ne pouviez pas bien juger ; mais depuis, ayant vu votre déchiffrement, nous avons appris que c'étoit tout le contraire, et que ledit Duc avoit reçu trois mille chevaux de renfort: Nous avons eu avis que cette cavalerie avoit été conduite par Clînchamp ; mais il n'y a pas deux mille chevaux, tant bons que mauvais. Ledit sieur Comte de Brulon est au désespoir de s'être mépris de la sorte.
Monsieur, je vous remercie très-humblement de la joie que vous me témoignez avoir de ce que je suis auprès du Roi, et de l'honneur que vous me faites, etc. Bouthilukr. A. Bar, ce 29* septembre.
LE CARDINAL DE LA VALLETTE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. Détails sur le combat de Vaudrevange.
so septembre. Monsieur, étant arrivé en ce lieu avec l'armée du Roi et celle de M. le Duc de Weimar, j'ai cru ne devoir pas demeurer davantage sans vous en donner avis. Les ennemis nous ont toujours suivis depuis Mayence jusqu'à la rivière de la Nide, et j'apprends que Gallas est encore vers ces quartierslà. Il voulut une fois s'opposer à notre passage avec, quatre mille chevaux, partie de cavalerie armée et partie de dragons ; et à l'une de nos dernières* journées, il fit attaquer notre arrière-garde par toute son avant-garde. Dieu nous a fait la grâce que nous l'avons battu à ces deux rencontres, et lui avons pris treize pièces de petit canon et neuf cornettes de cavalerie. Je fais rafraîchir l'armée pour quel-
ques jours ici autour, en attendant des nouvelles du Roi, à i«5. qui j'ai dépêché. Vous m'obligerez extrêmement s'il vous septembre, plaît me faire savoir des vôtres, et si vous me donnez moyen de vous témoigner par quelque service que je suis, etc. Le Cardinal de la Yallette. Au camp de Magny, prés de Metz, ce 30 e septembre.
P. S. Nos troupes ont été fort fatiguées, et je crois que celles des ennemis en sont de même. Leur armée est forte, et je crains qu'ils n'envoient quelque secours au Duc Charles; c'est pourquoi je vous en donne avis, afin que vous soyiez sur vos gardes et me fassiez savoir en quoi je vous pourrois assister. Nous pensons nous reposer quelques jours pour délasser nos chevaux, et soulager nos soldats, et refaire nos équipages. MM. de Mouy, de Cahusac et de Londigny, officiers des compagnies de M. le Cardinal, furent tués à notre dernier combat; ils y firent des merveilles.
11 la prie de lui continuer ses bons avis. — Détresse de l'armée ennemie.
Ma chère fille, vous nous avez donné des avis bien importants, et est bien nécessaire de savoir si Gallas avec son armée s'est tant approché que ce que me mandez, et à quoi se disposent MM. le Cardinal de la Yallette et le Duc Bernard ; je crois que s'ils sont là où vous me mandez, qu'ils nous feront savoir de leurs nouvelles. Mais surtout, je vous prie, ne vous reposez sur personne, et avec votre soin accoutumé que puissiez éclaircir, sur les avis qui en viennent, ce qui aura le plus d'apparence de vérité, et aussi de l'état des armées de mondit sieur le Cardinal de la Vallette et de celle du Duc Bernard, et ce qu'ils font état de devenir, afin que sur tout cela nous puissions prendre nos mesures. J'envoie aussi pour cet effet à Bouquenom et à Bitche. Nous arrivâmes hier en ce lieu de Baccarat, d'où nous pouvons fort incommoder les ennemis , car leurs vivres et fourrages, ils les retiroient tous de ces côtés de deçà. Les soldats qui se retirent de Rambervillers nous assurent qu'ils pâtissent fort. C'est ce que je vous dirai pour tf&theure. Ce dimanche 30 e septembre, au camp de Baccarat.
Même sujet. — Conférence des Généraux.
ira. Ma chère fille, votre soin et bonne vigilance par l'envoi de s octobre, m # je la Nadallye nous a donné plus de connoissance et des éclaircissements du retour de M. le Cardinal de la Valletteet du passage de l'armée de Gallas que tout ce que nous en avons appris d'ailleurs. Avant notre partement de Baccarat, nous vous écrivîmes par un messager qu'aviez envoyé. Nous sommes venus en ce lieu pour recevoir les commandements de S. M. Vous ne pouvez manquer d'avoir souvent des nouvelles du côté de la Cour et de même de nous ; je m'assure aussi que vous ne manquerez pas de nous départir des vôtres à toutes occasions, et de nous faire savoir tout ce qu'apprendrez que jugerez le mériter, comme je vous en prie fort. Dieu veuille en parfaite santé, etc. Ce mercredi matin 3 e octobre, au camp de Lunéville.
LE DUC D'ANGOULÊJtfE ET LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU ROI.
Compte rendu de leurs opérations. — Les ennemis refusent la bataille. —Incommodités causées par le manque de moyens de transport.
21 octobre. Sire, lorsque M. le Premier et M. le Grand-Maître de l'artillerie sont arrivés en cette armée avec les belles et gaillardes forces qu'ils ont menées, l'on a cru qu'il étoit à propos d'avancer vers les ennemis, même sur l'avis qui nous fut donné que le Duc Charles étoit parti de RamberYillers avec toute soif armée pour aller joindre Gallas , croyant que nous aurions moyen de le combattre a^vant qu'il l'eût pu joindre ; mais comme nous avons appris depuis par les troupes que le Duc Bernard de Weimar avoit à Vie, et les parties que nous avions envoyées de ce côté-là, que le Gallas s'étoit avancé de son côté, et passé à Dieuze la rivière de Seille, de sorte que leurs deux armées étant jointes ensemble, nous a fait changer notre dessein et arrêter en ce lieu de Champigneulle. Ce matin des batteurs d'estrade du ]Duc de Weimar ont rencontré un de ses officiers qui venoit du côté des ennemis, qui a assuré que toute leur armée marchoit, cavalerie, infanterie et artillerie, qui n'étoit qu'à une lieue de nous , de sorte que soudaine-