III
tfi52.
9 JUIQ.
qui puisse éviter la furie de la mort, ni garantir son âme de la main du sépulcre, et qu'ainsi Dieu l'ayant appelé à un âge si avancé et comblé ses années de tant de bénédiction, qu'il étoit temps de changer la terre pour le ciel , puisqu'il avoit atteint le dernier degré de gloire, et le plus haut point d'honneur et de réputation qui puisse être attribué à la créature. Aussi, comme ses actions ont été toujours très-hautes et généreuses, et sa vie un exemple de piété , je vous puis assurer, Madame, que sa mort a été un vrai sujet d'admiration ; et sans m'arrèter à toutes les paroles qu'il a prononcées pendant sa maladie, qui toutes ont été des vraies instructions pour moi, je vous rapporterai les dernières : c'est que commençant à perdre ses forces, et quelque demi-heure avant sa mort, lui parlant de l'origine de son âme et delà nécessité qu'il y avoit qu'elle retournât en son premier lieu pour conserver son immortalité, il me dit : Je ne puis plus répondre à vos saintes consolations , mais tout mon désir est d'aller jouir présentement de la couronne de gloire. Ajoutant les paroles du Prophète : Mon âme en Dieu tant seulement trouve tout son contentement.
Voilà la fin glorieuse de celui qui, par ses actions régénérées, a changé sa mort en vie, et qui mourant nous a laissé en Mgr le Duc une vive image de sa piété, un abrégé de toutes ses vertus, et un tableau de tout ce qu'on a jamais pu remarquer de grand, de majestueux et d'auguste en cette illustre personne. C'est aussi , Madame, toute la consolation qui nous reste; car appuyés d'une personne à qui Dieu a concédé toutes ses grâces, notre condition ne peut être que très-heureuse. Le Seigneur donc, par sa miséricorde, veuille guérir tout à fait cette plaie, et que comme par sa bonté il vous a rendus très-considérables sur la terre, qu'aussi il vous donne un jour toutes les richesses de sa gloire dans le ciel ! C'est le souhait très-ardent que fait celui qui veut être toute sa vie votre très -humble et très-obéissant serviteur. De Barthe. De la Force, ce 9 juin 1652.