‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 101 sur 106 · III · texte numérisé non relu

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qui puisse éviter la furie de la mort, ni garantir son âme de la main du sépulcre, et qu'ainsi Dieu l'ayant appelé à un âge si avancé et comblé ses années de tant de bénédiction, qu'il étoit temps de changer la terre pour le ciel , puisqu'il avoit atteint le dernier degré de gloire, et le plus haut point d'honneur et de réputation qui puisse être attribué à la créature. Aussi, comme ses actions ont été toujours très-hautes et généreuses, et sa vie un exemple de piété , je vous puis assurer, Madame, que sa mort a été un vrai sujet d'admiration ; et sans m'arrèter à toutes les paroles qu'il a prononcées pendant sa maladie, qui toutes ont été des vraies instructions pour moi, je vous rapporterai les dernières : c'est que commençant à perdre ses forces, et quelque demi-heure avant sa mort, lui parlant de l'origine de son âme et delà nécessité qu'il y avoit qu'elle retournât en son premier lieu pour conserver son immortalité, il me dit : Je ne puis plus répondre à vos saintes consolations , mais tout mon désir est d'aller jouir présentement de la couronne de gloire. Ajoutant les paroles du Prophète : Mon âme en Dieu tant seulement trouve tout son contentement.

Voilà la fin glorieuse de celui qui, par ses actions régénérées, a changé sa mort en vie, et qui mourant nous a laissé en Mgr le Duc une vive image de sa piété, un abrégé de toutes ses vertus, et un tableau de tout ce qu'on a jamais pu remarquer de grand, de majestueux et d'auguste en cette illustre personne. C'est aussi , Madame, toute la consolation qui nous reste; car appuyés d'une personne à qui Dieu a concédé toutes ses grâces, notre condition ne peut être que très-heureuse. Le Seigneur donc, par sa miséricorde, veuille guérir tout à fait cette plaie, et que comme par sa bonté il vous a rendus très-considérables sur la terre, qu'aussi il vous donne un jour toutes les richesses de sa gloire dans le ciel ! C'est le souhait très-ardent que fait celui qui veut être toute sa vie votre très -humble et très-obéissant serviteur. De Barthe. De la Force, ce 9 juin 1652.

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