CHAPITRE XIX
SOMMAIRE
Siège de la Mothe, place réputée imprenable à cause de son assiette.
— Le Maréclial de la Force ordonne trois attaques. — Il gagne lé haut de la contrescarpe. — Grande mine que fait jouer le Marquis de la Force. — Le Marquis de Tonneins, son frère, se loge sur la brèche. — Les assiégés battent la chamade après cinquante-deux jours de tranchée ouverte. — Le Marquis de Caslelmoron, fils du Maréchal de la Force, a la cuisse rompue d'une mousquetade. — Le Marquis de la Force porte au Roi la capitulation. — Dévouement de la Maréchale et de la Marquise de la Force, qui soignent les blessés pendant le siège. — Le Maréchal se porte sur le Rhin.
— Le Marquis de la Force détaché vers la Meuse. — Les Impériaux défont à Nordlingue le Duc de W^eymar et le Maréchal Horn. — La République de Strasbourg et le Duc de Wurtemberg appellent le Maréchal de la Force à leur secours. — Il met garnison dans Philippsbourg. — Jette un pont de bateau sur le Rhin et fortifie Mannheim. — Le Maréchal de Brézé partage le commandement avec la Force. — Tous deux vont au secours du château d'IIeidelberg. — Le sieur de Feuquières les en dissuade. — Le bruit de leur approche fait lever le siège aux Impériaux. — Ils recommencent leur attaque. — Les Maréchaux marchent à eux et prennent leur artillerie. — La ville de Ileidelberg se rend par capitulation. — Les ennemis s'emparent de Philippsbourg et de Spire. — Les Maréchaux de la Force et de Brézé repassent le Rhin. — Malgré la rigueur de la saison, ils se décident à assiéger Spire.
Le Maréchal de la Force après avoir pourvu ii la '"*■ sûreté de Bitche, va passer à Metz et reprend son
1634. chemin vers la Mothe' avec ce qu'il avoit de l'armée pour faire continuer le travail des forts.
A même qu'il approche et qu'il désignoit un fort arrive le sieur d'Espenan^, sergent de bataille de ladite armée, qu'il avoit envoyé vers le Roi; il lui porte commandement de sa Majesté d'attaquer la place de vive force, et que pour cet effet, elle lui donne pouvoir de tirer toute l'artillerie et munition dont il auroit besoin. Il est certain que quelques mois auparavant sa Majesté lui avoit mandé qu'elle vouloit faire attaquer cette place et en vouloit son avis; à quoi il répondit : qu'étant très-forte et très-bien pourvue de toutes choses, qu'il n'estimoit pas qu'on dût y engager l'armée du Roi, vu même qu'étant enclavée dans un pays qui étoit en son obéissance, on l'auroit toujours avec le temps, et que dans la cosijoncture des affaires où l'on étoit, il se pouvoit présenter des
• Cette ville, placée sur un monticyje isolé, a tiré son nom de cette assiette ; fortifiée avec soin par le Duc Charles. III, sa situation aux confins de la Lorraine et de la Champagne lui donnait une grande importance. Rendue au Duc de Lorraine en 1641, elle fut reprise en 164S par M. de Villcroy ; au mépris de la capitulation, un ordre de la Cour en fit raser non-seulement les furiifications, mais même les maisons et les églises, de telle sorte qu'il ne resta plus aucun vestige de la ville de la Mothe.
~ Roger de Bossost Comte d'Espenan avait servi longtemps dans les Gardes françaises; il fut nommé Maréchal de camp en 1637, et mourut en 1646, Gouverneur de Philippsbourg.