‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 18 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XIX

choses plus importantes; que le Roi seroit marri d'y avoir engagé son armée ; que toutefois cela devoit dépendre de la disposition générale des affaires; que si sa Majesté ne voyoit de sujet ailleurs, qu'il valoit nu'eux donner de l'occupation à ladite ai^méeque de la laisser inutile, et qu'étant pourvu des choses nécessaires, il croyoit la forcer dans trois mois.

Le commandement donc étant venu de l'atlaquer de force, ledit sieur ■Maréchal fait ses diligences pour amasser les canons et munitions qu'il pou voit retirer de Nancy , Metz , Verdun, Chàlons, Chaumont et Laugres; envoie par toutes les forges pour faire faire quantité de boulets à canon et grenades pour les mortiers '; voit que c'est une ville sur une haute montagne, assise sur le rocher, qu'il est impossible de faiie brèche avec le canon, qu'il faut de nécessité, pour en venir à bout, y faire jouer des mines; il dépêche de tous côtés pour avoir des mineurs; le Roi lui envoie le sieur de Serres, fort entendu à cela.

Cependant, sans perdre temps, il se résout de faire ouvrir les tranchées pour approcher la place, faire trois diverses attaques qu il départ sur l'heure,

' Le Maréchal trouva plusieurs mortiers dans l'arsenal de Nancy qui lui servii-ent à bombarder la IMolhe.

1M4. en baille l'une au Marquis de la Force, son fils, au Vicomte d'Arpajon l'autre, et au sieur Hebron la troisième, tous trois Maréchaux de camp , et leur donne à chacun quatre régiments; ils mettent tous la main à l'œuvre avec tant d'affection, d'adresse el de vigilance , que l'on est étonné de les voir en fort peu de temps tous trois au pied de la contrescarpe, sans avoir eu moyen d'être en leurs approches que fort peu favorisés du canon. Ceux de dedans, qui étoient fort bien munis, n'épargnoient les canonnades et les coups de mousquet pour s'y opposer, et d'effet ils en tuoient toujours quelques-uns, comme il est impossible que cela n'arrive en ce métier.

Juin. Cette contrescarpe, tenaillée partout et d'une excessive hauteur, est le lieu où se font les plus grands efforts , car il n'y a plus moyen de subsister qu'on ne soit à couvert; les pierres, les grenades et les artifices à feu leur tomboient incessamment dessus ; il faut grimper dans cette contrescarpe avec de grands travaux, et ce, par des galeries couvertes qu'il falloit faire avec grande peine et à l'épreuve du feu et des gros quartiers de pierre qui pleuvoient continuellement sur eux ; la diligence est si grande de tous les côtés et l'ordre si bon, qu'on ne laisse dans peu de jours de monter jusqu'au haut de la

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