LIVRE III, CHAPITRE XIX
contrescarpe et de s'y loger, et avec des galeries i«34. passer le fossé.
Le dessein étoit de se pouvoir loger au pied des bastions pour miner, à cause que c'étoit roc partout. Ceux qui avoient charge des mines jugeant le péril qu'ily auroit pour les mineurs dans le fossé, et la longueur du temps à s'y placer , aimèrent mieux commencer à percer dans la contrescarpe, chacun à sa commodité, les uns plus bas, les autres plus haut. Voilà trois mines que l'on entreprend de pousser fort avant dans la ville, les faire passer au-dessous des fossés, et au-dessous même des bastions, et par delà leurs retranchements. Travail incroyable, les uns avancent plus que les autres, selon la nature du rocher qu'ils trouvoient; outre cela, le fossé étant gagné, l'on s'attache au pied des bastions, et vient-on à la sape pour faire des fourneaux sous les fondements des bastions , pour les faire sauter et y donner entrée.
L'artillerie qu'il avoit envoyé chercher, arrive cependant, laquelle on mène aux batteries qu'il avoit fait dresser, ayant résolu une quatrième attaque du côté de la porte où. il prétendoit faire brèche; le rocher n'étant si haut de ce côté-là, il y mettoit quatorze ou quinze gros canons, et à
chacune des autres attaques il y en avoit quatre m. 6
82 MÉMOniES bu DUC 0E LA FORCE.
1C34. oincinq pour les favoriser et tirer aux défenses, de sorte qu'il y avoit environ trente canons qui tiroient jotir et nuit. L'attaque du Marquis de la Force qui étoit un peu plus avancée que les autres, et sa grande mine et son fourneau sous un des bastions étant prêts à jouer, il fut résolu que Ton verroit son effet, et sans perdre temps, on y mettroit le K juillet, feu . Son frère de Tonneins ' étoit de garde ce jour-là avec son régiment, lequel fait ses préparatifs pour se loger sur la brèche, établit son ordre comme il falloit, et encore que le fourneau ayant joué lui gâtât fort ses galeries et que la ruine l'embarrassât fort, il ne laissa d'exécuter ce qui lui avoit été ordonné; il vint à sa garde, où étoit le Marquis de la Force qui y commandoit, plus de cinquante gentilshommes et Seigneurs de qualité volontaires; il fait son logement sur la brèche, n'y perdant que douze ou quinze hommes et autant de blessés; ce fut la nuit, ce qui apporta tel épouvantement à ceux de 26juiiiet. dedans, que le lendemain au matin ils font la chamade et demandent à parler, à quoi ils furent reçus. Ils envoient trois députés^ vers le Maréchal de
* Jean Jacob Norapar de Caumont Marquis de Tonneins , Mestre de camp d'un régiment d'infanterie, septième fils du Maréchal de la Force et de Charlolte de Gontaut-Biron.
2 Les sieurs Louis de Stainville, de Saint-Ouen et Prinsay. Après
UV»E m , CHAPITRE XIX. Si
la Force, des principaux qui fussent dans la place, i«3* et firent de grandes demandes; mais leur ayant fait connoîlre qu'ils n'étoient pas eu état de pouvoir plus tenir , et comme ils étoient proches de leur ruine, ils acquiescèrent à tout ce qu'on voulut et se contentèrent des conditions ordinaires, qui est la vie et bagues sauves, et la sûreté aux habitants. Le même jour la capitulation fut signée de toutes parts, il leur fut donné un jour pour se préparer à sortir; Tautre d'après, ils remirent la ville entre 28 juillet. ks mains dudit sieur Maréchal. Le Marquis de la Force eut ce bonheur que cette entreprise fut commencée et finie par lui, car c'étoit son jour, et par le moven de son attaque.
Ce fut une expédition fort promptement faite ', la place ayant été prise cinquante-deux jours après l'ouverture des tranchées ; il s'y perdit environ trois cents hommes et y en eut autant de blessés; il n'y eut de qualité que monsieur de Navailles^,
la mort du Marquis d'Iche , la place avait été commandée pnr le sieur de Germainvilliers , son lieutenant, et défendue par Henri de Cboiseul , capucin, frère du Gouvenwur, que l'on appelait le père Eustache. Se faisant scrupule de tuer les assiégeants, il les assommait à coups de pierre; lorsqu'il remplissait ce pieux offlce, il fut blessé d'une mousquetade.
1 Voir pour les détails du siège les lettres de Richelieu et de M. de la Force {Correspondances, iijuin et 2 août 1634).
2 Bernard de Bénac-Montault ; c'était un des cinq fils de M. de
i»î4. Mestre de camp d'un régiment François, qui fut tué à la contrescarpe; le Chevalier de Senec-
30 mai. terre *, capitaine des chevau-légers, faisant sa garde à cheval; le sieur de Faleche, sergent-major au régiment de Tonneins; un caphaine au régiment écossois; autres, deux capitaines françois, quatre ou cinq lieutenants et une vingtaine de sergents. De blessés, le sieur de Castelmoron^, commandant un régiment françois, fils dudit sieur Maréchal, et faisant travailler à la contrescarpe, eut un coup de mousquet au haut de la hanche qui lui perça la cuisse et rompit l'os ; Bellefonds, lieutenant-colonel au régiment de Normandie, et quelques capitaines y furent blessés. La réputation de cette place étoit si grande partout, que la prisée apporta un
Bénac, qui, en 1614, devaient se battre contre M. de la Force et ses enfants ; ils périrent tous à l'armée, à l'exception de leur frère aîné qui fut Duc de Navailles et créé Pair de France en 1630.
1 Gabriel, dit le Chetalier de Saint-Nectaire, Gis de Henri de Saint- Nectaire Marquis de la Ferté-Nabert, Chevalier des ordres et favori du Comte de Soissons ; il avait été aussi attaché à la Maison de ce Prince ; mais ayant partagé avec lui les bonnes grâces de madame de Montbazon,le Comte de Soissons l'avait chassé.
~ François Nompar de Caumont Marquis de Castelmoron, huitième fils du Maréchal de la Force et de Charlotte de Gontaut- Biron.
3 La prise de la Mothe acheva la conquête de toute la Lorraine ; cette place passait pour imprenable; mais, disaient les beaux esprits du temps, « tout ne devoit-il pas céder à la Force?»