LIVRE m, CHAPITRE XIX
grand éclat. Ce grand affaire vidé, le Marquis de »«*• la Force, qui avoit l'honneur d'être de la Maison du Roi^, désira aller trouver sa Majesté pour lui en porter la nouvelle et la capitulation, et ce, d'autant plus qu'il avoit été longtemps absent d'auprès d'elle , ayant toujours demeuré en son armée. Il y fut donc dépéché par ledit sieur Maréchal , afin aussi de retirer les commandements de sa Majesté sur ce qu'il avoit à faire; cependant il fait réparer la brèche de la ville, pourvoit aux défauts et fait raser les tranchées qui avoient été faites au dehors. Je neveux omettre que madame la Maréchale de la Force, qui étoit à Metz, l'avoit suivi en Tarmée, ensemble la Marquise de la Force et la femme ^ de son petit-fils de Boisse , qui n'y furent pas inutiles, car elles prenoient un grand soin des blessés et visitoient souvent les hôpitaux pour les faire tenir en bon état. Il avoit auprès de lui trois ^ de ses enfants, ayant charge, et deux de ses petitsenfants, fils de son puîné *, qui se trouvoient con-
1 On a vu plus haut que son père lui avait cédé la charge de Maître de la garde-robe dont le Roi l'avait gratiflé pour la campagne de Languedoc.
2 Louise de Saint-George de Vérac. Elle avait épousé Jacques de Caumont Marquis de Boisse, fils aîné du Marquis de Castelnaut et de Marguerite d'Escodéca Dame de Boisse.
3 Les Marquis de la Force, de Tonneins et de Castelmoron.
♦ Les Marquis de Boisse et de Cugnac, fils du Marquis de Castel-
1634. tinuellement à roccasioii, et dont l'aîné conimandoit sa compagnie de chevau-légers en qualité de lieuteiMnt. Durant le siéeje, il avoit incessamment des avis qu'il se préparoit de grands armements pour secourir cette i^lace, soit du côté de Flandre et de Luxembourg ( et qi>ie , Monsieur , frère du Roi, y Vicnoit lu i-iaaême en personne), soit du côté d'Italie, par le Cardinal Infant qui publioit partout qu'il s'en venoit faire lever le siège; ils croyoient tous cette place devoir tenir au moins douze ou quinze mois, mais ledit &ieur Maréchal en vint à bout à moins de deux. L'armée de Flandre s'amusa à aller prendre quelques petites places autour de ]\ïastricht, et fit des ponts sur la Meuse, au-dessus et au-dessous, pour le bloquer.
Lorsqu'ils savent la ville de la Mothe prise et l'armée du Hoi libre, ils ne s'osent engagera rien; les uns et les autres temporisent. Sa Majesté ayant appris le bon succès de ce siège par le Marquis de la Force , en témoigne un très-grand contentement et lui fit tout le bon accueil qu'il se peut dire, avec démonstration fort expi^esse de la
aaut. Le père Anselme et plusieurs autres, rapportent que le Marquis de Boisse fut tué devant la Mothe en 1634, et en cela ils se sojat trompés, comme on le verra au chapitre xxi^, où sa moxt, qui eut lieu en 163S, est racontée dans tous ses détails.
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grande satisfaction qu'elle avoit des bons services isî** que lui rendoit son père, ainsi qu'il se peut voir par les lettres qu'elle lui écrivit, que nous avons voulu mettre ici '
Bientôt après, sa Majesté lui manda que pour donner quelque rafraîchissement à son armée, qu'il la mît en garnison aux meilleures places de L,orraine, en telle sorte néanmoins que l'occasion le requérant, il la put remettre inconlinent ensemble. En eifct, elle n'y eut pas demeuré dix ou douze jours, que sa Majesté lui envoie nouveau commandement de la rassembler, lui redépêche ledit Marquis, son fils, avec ordre de marchec sur le Rhin^ avec le principal corps de ladite armée et vingt pièces d'artillerie, et ordonne audit Marquis d'aller vers la rivière de Meuse, approchant de Liège, avec un autre corps d'armée, composé de six mille hommes de pied des vieux rép^iments, d'environ deux mille chevaux et six pièces de campagne.
En ce même temps, l'armée de l'Empereur, commandée par le Pvoi de Hongrie ^, son fds, qui avoit
* Voir {Correspondances, A et 9 août 1634) les lettres du Roi et du Cardinal. ""^'f ' •>
2 Voir ( Correspondances 30 août 1634 ) les instructions du Roi, qui lui prescrivent de s'opposer au passage du Cardinal Infant, qui se proposait de se rendre en Flandre par l'Alsace ou par Cologne.
3 Après le meurtre de Wallenstein, qui eut lieu le 23 janvier 1634,
16S4. assiégé Ratisbonne, après plusieurs assauts, la contraignit de se rendre; de là il attaque Donawert, qu'il prit aussi , et vint après mettre le siège à Nordlinguen. Les armées des Suédois et Princes protestants étoient lors séparées vers la Bohême et Silésie; celles du Duc Bernard de AVeimar * et de Gustave Horn "^ étoient de deçà ; ils se disposent à donner secours à cette place, et pour cet effet se joignent ensemble, rallient tout ce qu'ils peuvent, et marchent vers ladite place; ils trouvent l'armée de l'Empereur retranchée , ne laissent de faire attaquer quelques escarmouches et de les tâter à bon escient, pensant les ébranler; mais la nuit les sépara. Les dits Weimar et Gustave Horn , qui croyoient avoir reconnu de l'étonnement parmi eux et quelques endroits où leurs tranchées n'étoient pas bonnes , délibèrent d'y revenir le lende- (saeptembre. main matin et de les enfoncer tout à fait. Mais ils
rEmD.^j^gyj ayait donné le commandement de ses armées à son fils aîné l'Archiduc Ferdinand, Roi de Hongrie et de Bohême.
1 Bernard Duc de Saxe-Weimar; grand capitaine et propriétaire d'une armée, tantôt il faisait la guerre pour son compte, tantôt il était à la solde de Richelieu ou des Suédois. Il mourut en 1639.
2 Gustave Comte de Horn, Maréchal de Suède, l'un des lieutenants de Gustave-Adolphe. 11 fut chargé par ce Prince de traiter de l'alliance avec la France en 1631; il était gendre d'Oxenstiern, et fut échangé en 1641, contre Jean de Werth, après une longue captivité en Bavière, où il composa un ouvrage latin sur l'art de la guerre. Il mourut en 1637.