‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 2 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XTL · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XTL

faut pour cet effet, et ordonne si bien toutes choses '«<>. qu'en faisant les approches, il faisoit maFcher le sieur d'Auriac ', Maréchal de camp, à sa main droite avec un bon corps d'infanterie et de la cavalerie, pour les soutenir ; le Marquis de la Force, aussi Maréchal de camp, avec un pareil nomljre, marchoit à la gauche, et ledit Maréclial de la Force au milieu. Les ennemis font sortir de l'in- 5 aoûi. fanterie et viennent au devant; ayant fait leur décharge, ils se pensent retirer en leur fort par des passages qu'ils avoient laissés entre ledit fort et la rivière; ces messieurs qui voient l'occasion , les poussent si fermement tous ces (rois corps à la fois, qu'ils entrent pêle-mêle et les forcent à la barbe de toute leur armée , qui en vécut tel élonnement et fut tellement ébranlée , que si le reste eut été préparé pour donner en même temps, ils mettoicnt tout en déroute; les ennemis y perdirent plus de douze ou treize cents hommes et force prisonniers. Après cela le Maréchal de Schomberg vint avec cinq ou six mille hommes de rafraichissement. Yeillane fut attaquée et prise; Ion fit une cessation

» 11 avoit quatre-vingts ans, et s'y porta avec autant de vigueur qu'un jeune homme, disant à ceux qui l'en vouloient divertir qu'il ne hasardoit qu'un ou deux ans contre trente, quarante, cinquante eu davantage. i^Dupleix, Hist. de Louis XIII^)

16 MÉMOmES DU DUC DE LA FORCE.

1630. d'armes pour quinze jours, les sieurs de Montmorency et d'Effîat s'en retournèrent en France, bientôt après arriva le Maréchal de Marillac ' avec quelque nombre de cavalerie.

L'on se prépare pour le secours de Casai, il se fait quantité de farines, de biscuit et de pain; l'on envoie le bagage de toute l'armée en lieu de sûreté pour se décharger et aussi pour employer tous les chariots et mulets à porter lesdits vivres; les trois Maréchaux de la Force, de Schomberg et de Marillac, après avoir pourvu à tout, donnent le rendezvous général de toute leur armée, prennent leur ordre de marcher et forment les trois corps avantgarde, bataille et arriére-garde, où chacun aie commandement à son tour.

C'étoit une haute entreprise, les ennemis avoient en leur armée huit ou neuf mille hommes de plus que celle du Roi; ils étoienl très-bien retranchés par une grande circonvallation ; outre ce, ils étoient maîtres de la ville et du château, il n'y avoit que la citadelle qui tînt pour le Roi, action la plus gé-

» Louis de Marillac, Maréchal de France en 1629 pour avoir conduit l'armée de Champagne en Languedoc; s'étant joint à la Reine- Mère dans le complot formé contre Richelieu, il devint une victime de la journée des dupes (11 novembre 1630). Le Cardinal, sous prétexte de quelques exactions qu'il avait commises en Champagne, le fit condamner à mort ; il eut la tête tranchée à Paris le 10 mai 1632.

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néreuse qui se soit vue ; il falloit faire onze journées leso. d'armées en pays ennemi, sans aucune retraite ni faveur, et porter leurs vivres. Ils vont à la portée du mousquet de leursdits retranchements, toute l'armée du Roi marchant en bataille en très-bel ordre ; étant sur le point de donner, vint à eux de la part de l'ennemi, le signor Mazarini*, agent du 26 octobre. Pape, au galop, faisant signe du chapeau ; il approche et leur dit : Je viens vous offrir de la part de ces messieurs de lever le siège, remettre la ville et le château, quatre ou cinqplaces quils tenaient dans le Mont ferrât, et retirer leur armée au Milanais.

Messieurs les Généraux ne se pouvant contenter de cela, n'y voyant point d'assurance, tous les chefs jusqu'au nombre de vingt, leur en vinrent donner parole à la tête de leur armée. Ainsi se termina cette action si honorable qu'il ne s'en voit pas d'exemple; un chacun sait le courage et bonne conduite qu'y témoigna le Maréchal de la Force. Comme ils eurent pourvu de vivres et de munitions

1 Jules Ma2arin, alors capitaine dans l'armée papale et l'un des agents de la Cour de Rome; c'était ainsi qu'il préludait à sa haute fortune. Richelieu, charmé de l'habileté du jeune diplomate, avait su l'attacher aux intérêts de la France, et le 4 septembre il avait négocié une trêve générale qui était expirée le lo octobre. Voir (correspondances, ^septembre 1630) une lettre du Maréchal de la Force au Cardinal.

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