III
«080. la place et ramené l'anmée à deux lieues de Veillane, le Maréchal de Schomberg eut permission du Roi de s'en retourner en France, et ledit Maréchal de la Force reçut encore un nouveau commandement * de sa Majesté de demeurer en son armée : puis sur leSi ouvertures qui furenfe mises en avant pour la paix,, le Roi lui écrivit que comme il l'avoit dignement servi durant la: guerre-, qu'il vouloit qu'il le servît aussi à faire la paix ,, et que pour cet effet il lui envoyoit un Pouvoir exprès avec Commission de son Ambassadeur extraordinaire , et que ledit sieur de Servien^, Secrétaire d'État, aussi son Ambassadeur extraordinaire, s'achemineroit bientôt vers lui, instruit de ses volontés.
16Î1. Cela dura bien deux mois, pendant lesquels il y avoit toujours des allées et venues de la part du Duc de Savoie et dfu sieur Galas * qui commandoit l'armée de l'Empereur , vers ledit Maréchal , soit
1 Le Roi lui arrait d'ahord accordé' son congés mais il changea d'avis trois jours après. (Voir correspondances, 11 et 14 novembre iCj30.)
2 Abc'l Servion, sieur de Sablé, était alors cliargé du département de la guerre; négociateur habile, il signa le traité de Westphalie en 1648, devint Surintendant des finances en 1683, et mourut en 1639.
3 Mathia», Conate de Gallas, Feld-Maréchal au service de l'Empereur, se signala pendant In guerre de trente ans ; mais à sa dernière campngne contre les Suédois, en 16îî, il éprouva de grands revers. Il y acquit, dit Schiller, la réputation d'Ctre le plus grand Général du monde pour perdre une armée. 11 mourut à Vienne en 1647.
IlTltE ni, CHAPITRE XVI. 19
pour ajuster lès moyens de l'entre^aie pour ledit lesi trafité*, soit pour plusieurs choses qui surrenoient à cause qne toute l'armée du Roi ëtoit dans ses terres, et qiie pour en empêcher les désordres, ledit Duc avoit promis de fournir les bleds pour le pain de munition dont ils étoient con Tenus dn prix. Ces longueurs oblig-èrent ledit Maréchal de la Force, qui voyoit que cela les mèneroit jusqu^aux chaleurs, de supplier le Roi de mettre quelqu'un en sa place, el qu'il plût à sa Majesté lui permettre de s'aller rafraîchir, ce qui lui fut accordé avec des termes les plus honorables qu'il pouvoit souhaiter, en témoignant les contentements que sa Majesté ayoit de son service; le sieur Maréchal de Toyras "^ y fut envoyé, entre les mains duquel il remit l'armée du Roi, et reprit son chemin en France.
Il alla trouver sa Majesté à Fontainebleau, de laquelle il reçut beaucoup de caresses et de témoignages de satisfaction ; dès le lendemain il eut com-
1 Voir, pour ces négociations, différentes lettres du Roi et du Maréchal delà Force. [Correspondances , 30 décembre 1630; 23 janvier, 13 février 1631.)
2 Jean du Caylar, de Saint-Bonnet, sieur de Toiras, commença sa carrière par être capitaine de la volière de Louis XIII, mais il se signala bientôt à la guerre par une rare intrépidité; Maréchal de France en 1630 pour avoir défendu Casai, il encourut la disgrâce de Richelieu, et mourut au service du Duc de Savoie, en 1636, combattant pour les intérêts de la France qui l'avait repouss^.
i«3i. mandement de se préparer pour aller commander son armée en Champagne, sur les changements qui étoient survenus, à cause de l'éloignement' de Monsieur, frère du Roi, qui s'étoit retiré en Lorraine, et ne se parloit que de grands préparatifs d'armées qui se faisoient de tous côtés.
Ledit Maréchal de la Force s'étant rendu en Champagne, alla visiter toutes les places de frontière, faire pourvoir au travail et munir aux places de ce qui étoit nécessaire, suivant l'ordre qui lui en avoit été donné; il reçut commandement de sa Majesté d'aller attaquer quelques troupes qui s'étoient avancées vers le Bassigny, entre la Franche- Comté et la Lorraine, a un lieu appelé Saint-Loup. Comme il fut sur les lieux et disposé toutes choses pour cette exécution, lesdites troupes délogèrent de bonne heure; il y avoit huit cents chevaux et six ou sept cents hommes de pied. Sa Majesté, qui croyoit que cette affaire renconlreroit plus de difficultés, s'étoit approchée elle-même jusqu'à une journée dudit Maréchal, lequel lui ayant donné avis comme lesdites troupes avoient quitté, sa Ma-
1 Voir [correspondances, l*"', 2 et 22 février 1631) deux dépêches du Roi au Maréchal de la Force et au Comte de Saint-Paul, ainsi qu'une lettre du Marquis de la Force sur la retraite du Duc d'Orléans.
LIVBE m, CHAPITRE XVI. 21
jesté s'en retourna, et fit commandement auditMa- tm. réchal d'élargir les troupes de son armée dans la Champagne, pour soulager les lieux où elles étoient et pour les faire vivre plus commodément. Ce que ayant fait, et s'étant rendu à Châlons, il eut avis que des troupes se présentoient à l'autre extrémité vers Mouzon et Méziéres, et que l'on avoit quelque dessein de ce côté-là ; il part soudain et se rend audit Mouzon, où il eut commandement du Roi d'y faire trouver une partie de l'armée, et à quel prix que ce soit qu'il chargeât' les troupes qui seprésenteroient vers cette frontière. En ce même temps, il court un bruit que monsieur de Bouillon ^ avoit été gagné par la Reine-JMére, qui étoit en Flandre, et devoit mettre Sedan entre les mains de Monsieur, frère du Roi ; le Maréchal de la Force eut commandement de voir madame^ de Bouillon, pour en être éclairé, qui lui témoigna son affection toute en-
i Voir les lettres du Roi et du Cardinal. ( Correspondances, 17 septembre, S, G et 7 novembre 1631.)
2 Frédéric-Maurice, deuxième Duc de Bouillon, de la Maison de la Tour d'Auvergne, et frère aîné du Maréchal de Turenne, servait alors les États-Généraux sous Frédéric de Nassau, Prince d'Orange, son oncle ; il s'était distingué à une affaire près Bois-le-Duc, en 1629.
' Elisabeth de Nassau, seconde femme et veuve de Henri de la Tour d'Auvergne, Vicomte de Turenne et premier Duc de Bouillon. Voir deux lettres d'elle au Maréchal de la Force. (Correspondances, 15 novembre 1631 et 17 mars 1632.)
22 MÉMOIRES iDU WJC DE LA FORCE.
ifiw. tière au service du Roi , mais qu'elle ne pouvoit répondre des volontés de son fils qui étoil lors en Hollande,
En mêfflae temps s'approchent deux régiments assez près de la frontière , des colonels Trouillet et Mars'; soudain le Maréchal de la Force se dispose à les aller charger, et ayant donné le rendez-vous à ses troupes pour deux heures avant la nuit, marche toute la nuit, apprend que le régiment de Trouillet étoit éloigné, arrive au logement de celui de Mars, qu'il trouve aussi être délogé dés la minuit; il le poursuit, et environ les trois heures après-midi, approchant de Florinville^, il apprend qu'il a délogé, il fait prendre le galop à la cavalerie, on le joint à l'entrée d'un hois qu'il vouloit p^agner : la charge fut si rude qu'il ne se sauva que le colonel Mars, qui étoit bien monté, et fort peu de soldats; il y eut quatorze drapeaux de pris, une pièce de canon sur roues, presque tous les officiers pris, environ trois cents soldats et cinq ou six cents de tués sur la place.
1 Le colonel Mars n'est-il pas le Duc de Marse, de la Maison de Colonne, colonel en l'armée de Flandre et partisan de RIonsieur?
2 îFlorenville est un petit bourg sur la frontière do Luxembourg. Ces deux régiments, composés de Liégeois, avaient été levés pour le compte de la Reino-Mère et de Monsieur, Duc d'Orléans ; ils devaient se joindre à la cavalerie du Baron d'Estissac et chercher à s'emparer de quelques places en France.
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Le Roi avoit envoyé encore vers madame de lesi. Bouillon le sieur de Miremont, et sa IMajesté ne demeurant pas satisfaite de sa réponse, ordonna au Maréchal de la Force d'aller loger dans les terres de Sedan, et d'empêcher qu'il n'entrât ni hommes ni vivres dans la place , ce qu'il fit au retour de cette défaite , et envoya vers ladite dame pour lui représenter que sa Majesté ne pouvoit pas demeurer en cette incertitude, et la supplioit de donner contentement au Roi. Elle lui fit réponse qu'elle y étoit tellement disposée , qu'elle ne changeroit jamais cette résolution; mais qu'ayant env^oyé vers monsieur de Bouillon, son fils, elle le-prioit cependant de décharger ses terres, ce qu'il fit et garda seulement les logements de Douzy, à cause du passage de la rivière et du pont; il se retira à Mouzon, où peu de jours après, ladite dame lui envoya le même gentilhomme qu'elle avoit dépêché vers le sieur de Bouillon qui lui donnoit assurance de ratifier tout ce qu'elle feroit. Ledit Maréchal dépêcha soudain vers le Roi, et lui envoya la lettre responsive du sieur de Bouillon à ladite dame sa mère; sur quoi sa Majesté désira pour plus grande assurance renouveler le serment de fidélité et l'ancienne protection, tant celle qui avoit été faite par le feu Maréchal de Bouillon, que depuis celle du
fils, et pour cet effet, envoya une Commission expresse au Maréchal de la Force, et commandement d'aller lui-même audit Sedan pour cet effet , ce qui 17 novembre, fut accompU * avcc toutcs Ics formalités requises, et lui reçu fort dignement, faisant marcher cent chevau-légers à sa tête et ses gardes. Soudain il^n donna avis à sa Majesté, qui en demeura grandement contente. Cette affaire étoit importante, et sans doute pouvoit prendre un mauvais branle, sans le soin et bonne conduite qu'y apporta ledit Maréchal de la Force, et la confiance que prenoit en lui ladite dame de Bouillon.
1 Voir le procès-verbal du serment de la Duchesse de Bouillon, et la réception du Maréchal de la Force {Mercure François, tome 17, page 186), et les lettres du Roi et du Maréchal sur cette affaire. (Correspondances, 11 et 16 novembre 1631.)