‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 23 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XIX

croyoit que Mannheim étoit propre pour cela, 1634. pourvu qu'on y mît quelques compagnies. Ledit Maréchal accepte fort volontiers son offre, y envoie son fils de Tonneins avec deux compagnies de son rémment, et le sieur du Ferrier, lieutenant de l'artillerie; ils reconnoissent tous deux la place qu'ils jugent en assiette très-importante, mais fort démantelée, comme une place que l'on avoit abandonnée. Ils lui en viennent faire le rapport ; soudain il les V renvoie, avec ordre audit Tonneins d'y mener tout son régiment, et à Nettancourt le sien ; leur fait porter force outils, avec charge d'y (ravailler incessamment, et réparer le mieux qu'il se pourroit toutes les brèches, tant à la ville qu'à la citadelle. Ledit sieur Maréchal en écrit à monsieur l'Administrateur ^ qui se tenoit à Frankenthal, et les y envoie tous deux pour lui représenter l'importance des bateaux et plus encore de la place; que l'armée des ennemis étant proche de là, s'en pouvoit saisir; le supplie d'agréer ce qu'il avoit fait, de quoi il témoigna être très-content. Toutes sortes d'efforts se font pour le travail et pour munir la place; ledit sieur ]\Iaréchal en avoit déjà

* Louis-Philippe Duc de Simmeren, qui, après la mort du Roi de Bohême, son frère, avait pris la tutelle de ses neveux mineurs et r;idministratioD du Palatinal.

163». donné avis aii Roi; mais pour lui représenter plus particulièrement toutes choses, il y dépêche encore ledit sieur du Ferrier, et comme il étoit beaucoup plus à propos de mettre là le pont qu'à Philippsbourg, à cause des deux rivières du Rhin et du Necker, afiu de recevoir ses commandements sur le tout. Sa Majesté et tous les messieurs de son Conseil, qui savent l'importance de cette place, comme l'une des plus considérables d'Allemagne, témoipjnent d'en avoir un ffrand contentement; elle lui redépêche ledit sieur du Ferrier avec commandement exprés de lîe rien épargner pour la mettre en meilleur état qu'il se pourra et d'y construire le pont. Toute la diligence possible y est apportée; sa Majesté commande audit sieur de Tonneins d'y demeurer, témoignant une grande satisfaction de lui.

Les armées impériales qui étoient répandues dans le Wirtemberg et vers Heilbron et Aschaffenbourg, viennent attaquer Ileidelberg, place du Palatinat, sise sur la rivière de Necker, à trois heures de chemin de Mannheim; d'abord ils forcent la n novembre, ville et assiégcut le château qu'ils battent de dix ou douze canons ; ils se défendent bien et amusent quelque temps ces armées qui étoient composées de celle de Bavière, commandée par le Duc Charles

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de Lorraine, de celle de Galas * et Gronfeld'^. tes*.

Lé iNïarquis de la Force % Maréchal de camp, avoit eu commandement desaMajesté, y avoit plus de deux mois, de se rendre avec quinze cents chevaux, six mille hommes de pied et six pièces de campagne vers la frontière de Liège, tant pour favoriser les levées que sa Majesté y faisoit faire, que pour s'opposer à celles des ennemis; en effet, il défit quelques compagnies qui s'étoient trop avancées; il reçut apiès ordre de s'en revenir en Lorraine et de s'approcher jusque vers Phalsbourg et Saverne , pour s'opposer à ce qui pourroit venir du côté de Brisach.

En ce même temps monsieur le Maréchal de Brézé* fut envoyé de la Cour en l'armée que com-

* Voir {Correspondances , 48 et 24 octobre 1634) une lettre curieuse du Comte de Gallas à la Force, dans laquelle il lui mande d'IIeilbronn qu'il a ordre de S. M. I. de ne rien entreprendre contre les gens ou les pays du Roi de France , et la réponse que lui fit le Maréchal.

2 Maximilien Comte de Gronsfeld , Général au service de l'Empereur.

3 Voir quelques détails sur ses opérations ( Correspondances . septembre 1634'i.

* Urbain de Maillé, Marquis de Brézé. Il était de la Maison de Maillé; mais celle de Brézé s'étant éteint dans la sienne, il en devait faire revivre le nom ; il avait épousé >'icole du Plessis , sœur de Richelieu, ce qui fit sa grande faveur. Quoique Talfemant des Réaux ait dit qu'il n'était ni un bon soldat ni un bon capitaine, il donna des preuves de courage sinon d'habileté. Sa fille Clémence de Maillé

1634. mandoit ledit sieur Maréchal de la Force, pour y servir conjointement. Étant arrivés à Landau , lesdits Maréchaux dépêchent vers le Marquis de la Force pour le faire avancer avec son armée et les joindre; sur l'avis qu'ils ont que le pont deMannheim est fait, que ceux de Heidelberg commençoient d'être pressés, ils jugent qu'il importe à la réputation des armées du Roi de ne souffrir que cette place soit emportée à leur barbe; ils se rendent à Ogersheim, petite ville entre Frankenthal et Mannheim ; l'armée étant aux environs, la résolution fut prise d'aller secourir cette place : les rendez -vous étoient donnés ; les troupes marchoientdéjà, lorsque monsieur de Feuquiéres, Ambassadeur pour le Roi en l'Assemblée de Worms, où étoient les Confédérés, arriva, lequel représente à ces messieurs que ce dessein étoit hors temps, qu'il pouvoit traverser sa négociation, et par plusieurs raisons qu'il leur allégua, leur fit différer et contremander toutes les troupes. Gela ne laissa pas de faire son effet, car comme plusieurs troupes avoient été jusqu'à Mannheim, et quelque cavalerie qui par curiosité a voit donné jusqu'en la plaine de Heidelberg, les ennemis en prirent l'épouvante , et l'on sut le lendemain

épousa le grand Condé, et son fils Armand de Maillé Duc de Fronsac, Amiral de France, fut tué au siège d'Orbitello en 1646,

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