CHAPITRE XVII
SOMMAIRE
Le Maréchal de la Force se retire vers Chàlons. — Le Roi lui ordonne de favoriser une entreprise du Duc de la Valette sur Moyenvic. — Elle échoue. — La Force prend cette place en huit jours. — Le Roi arrive à l'armée. — Le Duc de Lorraine se rend auprès de lui. — Traité de Vie. — La Force chargé de protéger la neutralité des Électeurs de Mayence, de Trêves, de Cologne et de Bavière. — Ces Princes manquent à la foi promise. — Le Roi ordonne au Maréchal de se retirer dans les trois Évêchés. — La Force s'oppose à l'armée espagnole qui venoit de Flandre. — 11 met garnison dans Coblentz et dans d'autres places de l'Electeur de Trêves. — Monsieur se dirige sur l'Auvergne. — Le Maréchal investit Nancy.
— Traité de Liverdun. — Le Duc de Lorraine remet à S. M. Stenay, Clermont et Jametz. — La Force envoyé à la poursuite de Monsieur. — M. de Montmorency se déclare contre le Roi. — La Force s'assure de Pont-Saint-Esprit, de Nismes et de Montpellier.
— Il déjoue une entreprise de Monsieur sur Beaucaire. — Défaite et prise du Vicomte de l'Estrange. — Reddition de Monfrin. — Capitulation du château de Beaucaire, de Baignols, d'Alais et de Lunel. — Siège du château de Saint-Félix par Schomberg. — Combat de Castelnaudary. — Montmorency blessé et pris. — Mort du Comte de Moret. — Monsieur se retire à Béziers. — Il fait son traité avec le Roi. — Jugement et exécution du Duc de Montmorency. — Sa Majesté, satisfaite des services du Maréchal delà Force, lui donne la charge de Maître de sa garde-robe. — Monsieur s'échappe de Tours et se retire une seconde fois à Bruxelles.
Le Maréchal de la Force reprit son chemin vers 1931. Chàlons; il avoit ordre du Roi d'élargir son armée
1631. pour vivre plus commodément. Peu de jours après y arrive le Duc de la Valette ^ avec des lettres de sa Majesté, pour lui donner six cornettes de cavalerie et cinq de carabins, qu'il fit acheminer vers Metz avec tel ordre que nul n'en pouvoit juger le Décembre, sujct. Bientôt aprés ledit Maréchal de la Force reçut commandement de suivre la même route avec six régiments d'infanterie et douze cornettes de cavalerie, et marcha six jours sans séjourner. Arrivé à Metz, il apprend que ledit Duc de la Valette avoit failli l'entreprise sur Moyen vie, place fortifiée et gardée par r.Empereur, assiette trèsforte, étant toute entourée de grands marais, et y a une rivière qui passe presque au milieu , défendue par cinq grands bastions et par un fort de quatre bastions à quatre-vingts pas de là.
Il reçoit commandement de sa Majesté, que si l'entreprise ne peut réussir, qu'il s'en aille l'investir^ et fasse suivre de Metz l'artillerie et les choses
" Bernard «de ia Valette, second fils du Duc d'Épernon, Colonel général de l'infanterie française et Gouverneur de Metz, par survivance de son père en li612. ïl se signala en plusieurs occasions; au siège de Eontarabie, Condé et Sourdis lui imputèrent la déroute de leur armée. Condamné par contumace et décapité en effigie en 1639, après la mort de Louis XIII il fut réintégré dans tous ses emplois et mourut en 1661.
* Voir une lettre du Marquis de la Force où cet ordre est mentionné et une dépêche du Maréchal au Roi pour lui rendre compte
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dont il aura besoin. Pour cette exécution, il y ap- ^^'
Décembre.
porte toute la diligence qui se pouvoit , bloque la place d'abord, fait ouvrir les tranchées droit au fort du côté de la terre, donne par sa diligence un si grand étonnement à la garnison de l'Empereur, qui étoit dedans, et au Gouverneur nommé Mercy *, lequel voyant les tranchées près de sa contrescarpe, le huitième jour il parlemente; la capitulation est arrêtée et signée, que si le ti^oisième jour après, il n'arriv€ un secoui s qui fasse lever le siège,
il remettra la place ,• cependant il donne son lieu-
tenant en otage, et remet le fort entre les mains dudit Maréchal, qui y mit un Tégiment en garde. Les trois jours expirés, il sort avec armes et bagages, lui, ses officiers et huit cents soldats, emmène deux pièces d'artillerie et en laisse sept dedans suivant la capitulation ; c'était en une saison la plus rude des grandes gelées et neiges qui se peut voir.
Sa Majesté, qui sait la bonté de la place, sollicite souvent ledit Maréchal par ses lettres d'y apporter
des mesures prises, afin d'iovestir Moyeavic. Toutes les ©pérations de siège se trouvent également racontées dans plusieurs lettres du Maréchal au Roi et au Cardinal. {Correspondances, 10 décembre 1630.)
* François de Mercy, d'une famille obscure de Lorraine, et l'un des meilleurs Généraux de son temps; il battit Turenne à Marienthal en 1645, et fut tué trois mois après au combat de jSordliDgue.
1631. toute la diligence qu'il sera possible, et l'assure
Décembre.
qu'il envoie l'attelage nécessaire pour faire marcher bon nombre d'artillerie à Metz, qu'elle-même s'achemine en diligence, ne voulant rien épargner pour cette exécution, qu'elle ne croyoit devoir être sitôt : sa Majesté fut toute étonnée ^ que le lendemain au matin qu'elle fut arrivée à Metz, à son réveil, le sieur de Castelmoron, fils du Maréchal de la Force, lui porte la capitulation signée du Gouverneur de la place, nouvelle qui lui fut bien agréable. Le Roi dépêcha le Maréchal de Schomberg devant; il manda au Maréchal de la Force qu'il s'en venoit lui-même à Vie ; cependant le Duc de Lorraine vint trouver sa Majesté à Metz et se raccommoda de quelque malentendu qu'il y avoit'^; le Roi eut la ville de Marsal parmi ce marché; il se rendit quelques jours après audit Vie et prit grand plaisir de visiter cette place de Moyenvic dont il fit grand cas, et de l'assiette et du bon travail qui y avait été fait, et visita aussi celle de Marsal. «32. Huit ou dix jours après, sa Majesté s'en retourna
* Voir (correspondances, 23 décembre 1631) une lettre autographe du Roi qui exprime au Maréchal sa satisfaction sur la prise du fort qui n'est pas mentionnée ici, et qui entraîna la capitulation de la place.
2 Le traité fut signé à Vie le 31 décembre, et modifié le 6 janvier 1632 ; le Duc renonçait à l'alliance de l'Empereur et du Roi d'Es-
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à Metz et commanda au Maréchal de la Force de demeurer en son armée et d'élargir ses logements; toutefois, sur la promesse qu'il avoit faite au Duc de Lorraine de soulager ses terres autant qu'il se pourroit, ledit Maréchal de la Force eut commandement de les en éloigner; sa Majesté vouloit que son armée demeurât aux frontières d'Allemagne pour favoriser les Electeurs de Trêves, Mayence, Cologne et Bavière, qui l'en avoient priée, afin de les garantir des armées du Roi de Suéde, lequel avoit déjà pris la ville de Mayence et étoit maître de presque toute la rivière du Rhin; l'armée demeura là aux environs encore trois ou quatre mois.
Pendant lequel temps, l'Ambassadeur que le Roi avoit envoyé vers le Roi de Suède obtint de lui consentement pour recevoir lesdits Electeurs en neutralité, mais lesdits Electeurs croyant que les forces de l'Empereur qui se préparoient, seroient suffisantes pour les garantir, armèrent par dessous main et manquant aux conditions qu'ils avoient promises, même ayant chargé des troupes du Roi de Suède, il s'en revencha si bien qu'il les mena
pagne. 11 promettait de donner toujours passage aux troupes du Roi, et de ne recevoir dans ses États ni Monsiedr, ni Marie de Médicis, ni aucun autre mécontent de France.
1632. fort mal, mêm« audit Duc de Bavière auquel il envahit tout son pays.
Mai, Cela ftl que sa; Majesté commanda au INÏaréchal
de la Forée de ramener son armée vers les trois Evêchés de Metz, Toul et Verdun* et de mettre les troupes, en gai^nison.
L'armée: ne demeura pas là huit jours que sur les avis que le Roi eut que l'Electeur de Trêves désiroit être aidé de sa protection et mettre entre les mains de sa Majesté ses meilleures places, ledit Maréchal de la Force eut commandement de sa Majesté de remettre toute son armée en corps promptement et qu'elle envoyoit le Maréchal d'Effiat '^^ Surintendant de ses finances, qui portoit force ai'genl pour ladite armée, et que par lui il sauroit ses volontés. Aussitôt qu'ils furent joints, ils marchent avec toute l'armée à IMetz, à Saint-Avold, à Sarbruck et vont se jeter dans les logements que faisoit état de prendre l'armée espagnole qui étoit à Trêves et venoit de Flandre, commandée par Gonzalgue* de Cordova, oùMgissieur, frère du Roi, s'é-
1 Voir ( eorresiiondances, 6 mai 1622) une lettre du Maréchal de Schombcrg au Maréchal de la Force.
2 Correspondances, 12 mai 1632.
3 GoDsalve-Fcrnandès, Prince de Maralra, de l'illustre Maison de Cordoue, dit le second grand Capitaine, Gouverneur du IMilanais en 1627. Il fut envoyé en ambassade extraordinaire en France l'année 1632, et fit ce que jamais Ambassadeur n'avait fait avant lui: il re-
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toit aussi joint avecses troupes, et l'armée du Comte 1632. d'Embden * pour l'Empereur, qui veaoit du Palatinat ; le Marquis de la Force fut commandé d'aller avec l'avant-garde et deux canons se saisir de la ville de Saint-Vander^, ce qui lui réussit fort 30 mai. heureusement; il y trouva des Commissaires de l'Espagnol avec le magasin d^s pains de munition qu'ils avoient fait faire pour leur armée.
Ce voyage se fai&oit principalement en intention de favoriser les troupes qu'il falloit jeter dans les places que bailloit l'Electeur de Trêves ^, ce qui fut exécuté fort bien; l'on mit dans la ville de Coblentz et la forteresse de Hermenstein * mille bons hommes de pied et cent bons chevaux, commandés par le
fusa le présent de Louis XIII, qui consistait en une épée garnie de diamants avec son baudrier de la valeur de dix mille écus. Il mourut en 164S, après avoir pris une part très-active à la guerre de trente ans. Voir une lettre de lui au Maréchal de la Force. ( Correspondances, 2 juin 1631.)
* Christoplie, Comte d'Ost-Frise ; on l'appelait communément le Comte d'Einbden. II prenait ces deux titres dans sa correspondance avec le Maréchal dô la Force ; il était Gouverneur dii Duché et de la place de Luxerabàucg,
2 Saint-Wendell, dans les Mémoires de Richelieu.
3 Christophe-Philippe deSoetern, Archevêque de Trêves et Évêque de Spire, s'élaifcmis sousl» protection de lli France; il en fut cruellement puni en 1633, car les Espagnotej ayant surpris Trêves, l'emmenèrent prisonnier. Ce fut un des griefs allégués par le Roi dans sa déclaration de guerre à l'Empereur et à l'Espagne.
* Hermannstein, ou Erhenbreitenstein, forteresse située sur un rocher et sur la rive droite du Rhin, en face de Coblentz ; l'Électeur de
1632. sieur de la Saludie '. Cela trié de l'armée, il y avoit encore une place fort importante à pourvoir, mais l'on attendoit les nouvelles dudit Electeur de Trêves qui étoit traversé par les troupes de l'Empereur et de l'Espagnol; et sans la bonne diligence qui fut faite par les Généraux d'armée, six jours seulement faisoient prendre celle de Hermenstein.
Comme l'armée du Roi étoit entre ces deux autres armées pour cette expédition, les Généraux eurent avis que Monsieur, frère du Roi , avec toutes ses troupes, et Gonzalgue avec son armée, étoient allés sjuin. passer au-dessous de la ville de Metz à Thionville et venus joindre monsieur de Lorraine à Nancy.
Le Roi, duquel ils avoient avis tous lesjours, leur mandoit comme il s'en venoit à eux avec douze mille hommes de pied et quinze cents chevaux ; ils eurent opinion que cette jonction de Monsieur, frère du Roi, de Gonzalgue et du Duc de Lorraine, étoit en intention de se mettre entre deux et essayer à la faveur du pays du Duc de Lorraine de prendre quelque avantage sur l'une des deux armées ;
Trêves l'avait fait reconstruire peu de temps avant de la remettre entre les mains du Roi de France.
1 C'était le même qui, en 1621, avait porté à d'Épernon les ordres du Roi pour expulser M. de la Force du Béarn|Nommé Gouverneur d'Hermannstein, il s'y défendit bravement, quoique à la fin il fût obligé de se rendre.
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car il falloit que celle que commandoient les IMaré- 1032. chaux de la Force et dEffial traversât dans la Lorraine et repassât la rivière de .... et n'y avoit point de pont que celui de la ville de .... où le Marquis de la Force fut commandé d'aller avec deux canons pour la forcer, ce qu'il exécuta fort bien ; étant là, ils apprennent que Monsieur, parti de Nancy avec 13 juin. toute sa cavalerie et douze cents chevaux que lui avoit baillés Don Gonzalgue de Cordoue, avoit pris son chemin vers l'Auvergne et que ledit Gonzalgue s'en étoit retourné à Trêves.
Sa Majesté étoit fort aigrie contre le Duc de Lorraine, mais ce voyage l'irrita bien davantage; le Maréchal d'Effiat et ledit Duc s'étoient donné rendez-vous pour se voir ; après cette entrevue le Maréchal alla trouver le Roi, mais il ne lui rapporta point contentement du Duc, de sorte que sa Majesté envoie commander au Maréchal de la Force d'aller investir la ville de Nancy, lequel soudain fait marcher Tarmée et lui fait passer la rivière de Meuse, à gué, ayant l'infanterie l'eau jusqu'aux fesses, et les logea à une petite lieue dudit Nancy. 23 juin.
Ce qui accrut bien l'alarme du Duc, et avoit continuellement des siens allant et venant vers le Roi, se trouvant réduit à telle extrémité qu'il ne pou-
voit éviter la ruine de son pays, ce qui le contrai- III. 3
J632, gnit à ployer ' à tout ce que sa Majesté voulut, et voyant rarmée presque à ses portes, et que le Roi s'approchoit toujours, il consent de lui mettre trois de ses meilleurs places entre ses mains, savoir : Clermont, Stenay et Jametz.
Cet accommodement fait, sa Majesté commande^ au Maréchal de la Force de prendre quatorze ou quinze cornettes de cavalerie de l'armée et de se jeter sur la route de Monsieur, ordonne à huit ou dix cornettes qui étoient vers le Lyonnois de se joindre à lui et sept ou huit régiments, lui fait expédier un ample Pouvoir avec lettres à tous les Gouverneurs des provinces, et à toutes les principales villes, pour lui départir toute aide et faveur et l'assistance dont il auroit besoin, lui fait dresser un état d'armée, ordonne au ]\Iarquis de la Force, son fds, d'aller faire sa charge de Maréchal de camp en cette armée.
Il ne séjourne qu'un soir prés de sa Majesté, repart le lendemain, et sans s'arrêter en aucun lieu,
1 Le traité fut signé le 26 juin à Liverdun, à deux lieues de Nancy; il confirmait celui de Vie et donnait en dépôt au Roi les places de Jametz et de Slcnay pour quatre ans ; quant à la ville et forteresse de Clermont en Argonne, qui était l'objet du procès pendant au Parlement de Paris, le Duc en abandonnait la possession au Roi moyennant une somme déterminée.
2 Voir [correspondances, 22 cl 29 juin 1G32) les lettres du Roi et sa réponse à un mémoire présenté par M. de la Force.