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se rend à Rouanne sur Loire, où il apprend que 1632. j\Io.\siEUR étoit déjà bien avant dans l'Auvergne et prenoitle chemin du Languedoc; au même endroit il reçoit un courrier du Roi, par la dépêche duquel sa Majesté lui mande ^ d'aller à Lyon et de faire embarquer là son infanterie et avec toutes lesdites forces, s'en aller droit au Pont-Saint-Esprit, traverser le Languedoc et se jeter au delà de Narbonne pour se mettre entre l'Espagne et les forces de Monsieur.
Il rallie donc ce qu'il y avoit de plus près de cavalerie et d'infanterie, et donne ordre au reste de s'acheminer audit Pont-Saint-Esprit, et avant de partir de Lyon, dépêche un gentilhomme en diligence vers monsieur de Montmorency, lequel il charge de la lettre que le Roi lui écrivoit et d'une des siennes pour lui faire savoir son acheminement avec l'armée et lui faire offre de la mener là où il jugeroit le plus utile pour le service du Roi.
Quand le IMaréchal de la Force arrive à Monté- 24 juillet. limart, qui n'est qu'à six lieues du Pont-Saint- Esprit, il apprend comme monsieur de Montmorency, Gouverneur de la province du Languedoc, s'étoit jeté dans le parti de Mo>sielr; que le gen-
» Voir les lettres du Roi et du Cardinal de Richelieu. {Correspondances, 4, 11, 19 jt 21 juillet 1C32.)
36 MÉMOmES DU DUC DK LA FORCE.
1632. tilhomme qu'il avoit envoyé devers lui, il l'a voit fait arrêter prisonnier, et qu'en l'Assemblée des Etats qui étoient lors réunis à Pézenas, il y avoit
22 juillet, porté tous lesdlts Etats par délibération de l'Assemblée, de sorte que l'on tenoit que toute la province, soit la Noblesse, les peuples et les villes, se porteroient presque tous à son dessein. A la même heure, le Maréchal de la Force redépêcha vers le Roi le
26 juillet, .gentilhomme * qui lui en avoit apporté la nouvelle, afin que lui-même pût mieux représenter à sa Majesté tout ce qu'il en savoit. Il s'achemine promptement au Pont-Saint-Esprit pour assurer cette ville qui est de grande importance comme la seule où il y a pont sur le Rhône ; étant arrivé, le sieur de Gades, Gouverneur, témoigne grand contentement de sa venue, car il reconnoissoit les volontés des habitants fort aliénées et ne s'y pouvoit assurer; le Maréchal met un régiment dedans auquel il fait faire montre, ordonne qu'ils ne prennent rien sans payer, afin de ménager ce peuple,* et ce qui étoit arrivé de l'armée, les met aux environs et y établit le meilleur ordre qu'il se pouvoit.
Après cela il envoie de tous côtés pour sonder
» Le sieur de Coulanges. Voir la réponse du Roi à la lettre que lui écrivit à cette occasion le Maréchal de la Force. {Correspondances, 2 août 1632.)
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les volontés, et apprendre l'état des affaires et de 1632. quels lieux il pouvoit s'assurer; mais il trouve que tout est grandement ébranlé.
La Maison de Montmorency, qui avoit longues années possédé ce Gouvernement, et celui-ci qui avoit fort gagné le cœur de tous, ne doutoit point que tout ce qui étoit de son Gouvernement ne fut à sa dévotion et ne dépendît absolument de lui.
Le Maréchal de la Force se trouve pour quelque temps acculé audit Saint-Esprit, soit pour n'avoir aucune retraite en avant, soit qu'aussi la plupart des troupes ne l'avoient pu encore joindre, même la cavalerie qui n' avoit pu faire telle diligence que lui qui étoit descendu par eau avec trois régiments seulement, et avoit fait avancer par le côté du Daupliiné et de la Provence dix ou douze cornettes de cavalerie.
Trois jours après son arrivée, il apprend que la ville de Nismes se trouvoit pailagée, les uns voulant tenir pour le Roi, particulièrement ceux de la Religion ; les autres pour le Duc de Montmorency, duquel l'Évéque* dépendoit entièrement et avoit fait sa cabale bien forte.
* Claude de Saint-Bonnet, frère du3Iaréchal deToiras et de Restinclair, Gouverneur de Lunel ; traduit pour crime de rébellion avec les Évêques d'Àlbi et de Lodève, devant une assemblée de prélats dé-
1632. Soudain il y dépêche le Marquis de la Force, son fils, avec huit cornettes de cavalerie, qui marche nuit et jour, et y arriva si à j^ropos que le Duc de Montmorency, qui s'y acheminoit pour le même effet et qui n'en étoit qu'à deux lieues, fut prévenu de deux ou trois heures seulement; il y eut encore assez de conteste dans la ville pour y empêcher l'entrée dudit Marquis de la Force; mais il avoit envoyé un des siens devant, ce qui servit fort, et lui se présenta avec une vingtaine seulement ; ceux de la Religion voulurent qu'il fût reçu ; dés qu'ils l'eurent dans leurs portes, ils crièrent : Vive leRoi^ et firent entrer tout le reste. Lors tous les bien-affectionnés prirent courage et les autres l'effroi, tellement que plusieurs abandonnèrent la ville, mêmement l'Évêque du lieu ; la sûreté de cette place apporta un grandissime bien au service du Roi et donna grand courage à plusieurs qui vouloient suivre leur exemple.
Le Gouverneur de Montpellier, monsieur des Fossés *, bien afîidé au service de sa Majesté, envoie prier ledit Marquis de la Force de l'assister de trois
léguée par le Pape, il fut obligé de renoncer à son siège à la fin de 1632,
1 Gabriel, Seigneur des Fossés, Marquis d'Hervilly ; il fut récompensé par le Gouvernement de Verdun.