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qui fut attesté par quelques prisonniers qu'ils me- »635. nèrent \
Lesdits Généraux attendoient le lendemain la jonction de l'armée de monsieur le Cardinal de la Valette pour marcher prés les uns des autres ; la seconde journée ils ont avis que l'armée de Galas et du Duc Charles s'étoient jointes et campées entre le grand étang de Lindres et celui de la Garde en un lieu éminent fort avantageux , où ils avoient fait de grands retranchements, ayant leur quartier derrière au hourg de Maiziére, fort proche de là.
Tous ces messieurs conférant à toute heure ensemble avec plusieurs bons Maréchaux de camp de leurs armées, jugèrent bien qu'il n'y avoit pas d'apparence d'attaquer les ennemis étant placés si avantageusement et ayant grand nombre d'artillerie ; ils se contentèrent donc de se présenter à la vue de leurs retranchements pour leur offrir la bataille et poussèrent plusieurs fois tout ce que les ennemis avoient fait avancer de cavalerie, qu'ils contraignirent de quitter un de leurs logements nommé Boisemont, qui est un château sur un haut près de leursdits retranchements, qu'ils allèrent saisir et le gardèrent à leur barbe trois jours que
* Voir {correspondances , 21 octobre 1635) la dépêche du Duc d'Angoulême et du Maréchal de la Torce au Roi sur cette journée.
1635. leurs armées campèrent à leur vue, et se retirant y mirent le feu. Ce fut fort braver ces grandes armées des ennemis de demeurer trois jours en présence sans qu'ils n'osassent jamais sortir de leurs retranchements, ni môme sur la retraite, et c'est toujours grande réputation aux armes de sa Majesté.
Il est certain que ses armées y pâtirent fort, car outre le campement en saison bien froide, le pain de munition étoit failli, et y avoit aussi fort peu de fourrage; ce qui obligea tous ces messieurs à se rapprocher des lieux où ils pouvoient tirer plus de subsistance , et allèrent passer à Vie et Moyenvie la rivière de Seille, où étant, ils trouvèrent plus de commodités et envoyoient souvent des partis du côté des ennemis, même pour les priver des moulins et fourrages tant qu'ils pouvoient; ils prirent trois ou quatre châteaux où les ennemis s'étoient placés, ce quileur fournit encore force bleds. Ils eurent avis qu'ils pouvoient enlever un quartier des Cravates qui n'étoit qu'à trois lieues de là, en un lieu nommé Vergaville ; ils font une bonne partie de quatre à cinq mille chevaux, composée de tous les corps et de quelque infanterie avec deux pièces de campagne, et partent avant jour couché, marchent toute la nuit et arrivent au point du jour
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audit lieu ; mais ces gens-là font si bonne garde et 'ess. sont si diligents, que soudain qu'ils ont l'alarme par leurs sentinelles, tout cela fut à cheval; néanmoins on ne laissa d'en attraper quelque cinquantaine qui furent pris ou tués, et quelques officiers; mais tout le bagage qui étoit là, y demeura; il y avoit bien environ une trentaine de chariots et douze ou quinze carrosses avec plusieurs femmes, et force argent. Le duc de Weimar, qui commandoit les coureurs, étoit à la tête, de sorte que les siens se prévalurent de tout, comme bien entendus à cela, et s'amusèrent dans le village pendant que les François poursuivoient les ennemis à la campagne. L'on avoit tous les jours avis que les armées des ennemis pâtissoient grandement dans leurs retranchements, et qu'ils dévoient déloger bientôt; néanmoins cela traina encore sept ou huit jours. L'armée cependant que commandoient le Duc d'Angoulême et le Maréchal de la Force , pàtissoit fort manque de pain , car ils n'en pouvoient tirer que de Nancy et avoient fort peu de chariots, et leur cavalerie fort fatiguée à cause de ses continuelles escortes, et le temps et les chemins fort mauvais. Il n'étoit pas de même de celle du Cardinal de la Valette, car comme Gouverneur du pays Messin,
il avoit tous les moulins, même de Vie, Moyenvic III. 11
1635. et Marsal, Salonne et autres lieux dont jouissoit aussi celle du Duc de Weimar.
La Noblesse de rarriére-ban, qui faisoit bien quinze cents chevaux, étoit à la fin du terme qu'ils avoient promis de servir, et lesquels à la vérité étoient fort incommodés, soit par les maladies, pertes de leurs chevaux et valets; ils pressent pour leur retraite. L'on craignoit que ce départ préjudiciât aux affaires et que les ennemis en reprissent courage, l'on fait toute sorte d'efforts pour les retenir ; le ]Maréchal de la Force auquel ils avoient déjà déféré beaucoup, sur l'assurance qu'il leur donna qu'il demeureroit avec eux en leur même quartier, ils accordèrent encore quatre jours, mais il falloit les approcher encore de Nancy et leur donner un meilleur logement; il les mena à Nomeny, où il les retint ce temps-là, au bout duquel le Duc d'Angoulême et lui se rendirent avec le reste de l'armée à une lieue de Nancy.
Ce même jour arriva un courrier de sa Majesté vers ledit Duc, qui lui portoit lettres comme elle désiroit qu'il l'allàt trouver pour certaines affaires qu'elle lui feroit entendre, et au Maréchal de la Force qu'il demeurât en Indile armée et continuât à la commander, attendant son retour '. Le lende- > Correspondances, 12 novembre 1035.
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main ils reçurent nouvelles du Cardinal de la Valette que Galas se retiroit et avoit foit partir son bagage et canon; qu'il alloit essayer d'entreprendre sur sa retraite. Le Duc de Saint-Simon, premier Ecuyer, le sieur de la Meilleraye, grand Maître de l'artillerie, et le Marquis de la Force, voulurent être de la partie, et prirent cinq cents chevaux pour se rendre promptement où étoit ledit Cardinal, pensant qu'on dut poursuivre Galas ; mais quand ils furent là, ils trouvèrent ce dessein rompu, parce que les ennemis avoient tiré pays et qu'il n'y avoit pas apparence de rien faire, ce qui les fit revenir.
Le Maréchal de la Force qui a avis que le Duc de Lorraine aussi se retiroit au long des montagnes pour s'en aller vers la Franche-Comté, ne veut perdre temps, donne le rendez-vous de son armée vers la Moselle, passe ladite rivière à dessein de pouvoir couper chemin au Duc s'il prenoit sa marche vers Remiremont, comme le bruit en étoit, et de nettoyer ces côtés-là de plusieurs levées des ennemis qui s'y étoient faites et avoient saisi plusieurs places, comme Charmes, Vézelise, Vaudemont, Neufchâteau et plusieurs châteaux assez forts.
11 avoit envoyé quelque temps auparavant le colonel Gassion ' avec son régiment de cavalerie de ce
1 Jean de Gassion avait gagné tous ses grades sous Gustave-Adol-
J635. côté-là, pour trouver moyen de jeter des blés dans Chaté et Epinal, qui tenoient pour le Roi, avec ordre de retirer les régiments de Menillet, de Navailles et de Bussy, qui étoient dans ledit Epinal; ce qu'il exécuta fort heureusement. Outre ce renfort, des troupes que le Maréchal avoit fait lever dans le Montbelliard et Porentruy, d'environ trois cents chevaux et autant d'infanterie, le vinrent joindre, de sorte que Jean de Werth *, colonel des Cravates, qui étoit passé de ce côté-là avec environ quinze cents chevaux, et avoit joint Clinchamps, Saint-Balmont et Florenville, qui en menoient bien huit ou neuf cents, le vinrent attaquer tous ensemble à Mirecourt, où ils ne firent pas bien leurs affaires, mais furent repoussés avec perte, et les
phe : Richelieu venait de l'attacher au service de France. Fils d'un Président du Parlement de Navarre, il sut par ses exploits seuls s'ouvrir une carrière qui n'était accessible qu'à la Noblesse d'épée ou aux grandes fortunes. Il obtint le bâton de Maréchal de France à peine âgé de trente-quatre ans, et fut tué quatre ans après au siège de Lens.
* Jean de Werth, né à "Werth en Brabant, Successivement Général au service de l'Empereur et du Duc de Bavière, il répandit la terreur par toute la France; partisan audacieux, il ravagea la Picardie en 1636; mais battu et pris l'année suivante par le duc de Weimar, qui l'envoya à Paris, il devint l'objet de la risée populaire et le sujet de maints joyeux refrains. — Je m'en moque comme de Jean de Werth, était alors une expression proverbiale fort en vogue. — Après quatre années de captivité, il fut échangé en 1642 contre le Général Gustave Horn.
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poursuivit-on encore à leur retraite; il en fut pris ^"3. ou tué plus de trois cents, et tout leur bagage enlevé, les nôtres gagnèrent force chevaux; ensuite de cela, Gassion alla attaquer Charmes qu'il prit de force, et après Neufchàteau qu'il prit aussi, celui-ci par composition.
Le Maréchal de la Force ayant passé la rivière, attaque Vézelise, d'où cinq cents soldats des ennemis étoient sortis la nuit pour se jeter dans Yaudémont; se doutant de cela, il y avoit envoyé cinq cents chevaux avec de l'infanterie sur leur chemin, mais ils furent passés; il n'étoit resté dans ledit Vézelise que cent cinquante soldats qui se rendirent le même jour.
Vaudémont, qui n'est qu'à deux petites lieues de là, étoit gardé par le colonel Béru qui commandoit pour le Duc de Lorraine un régiment de cavalerie et un d'infanterie, faisant bien sept ou huit cents hommes; ledit Maréchal, sans perdre de temps, les alla reconnoître, bien qu'il fît un rude froid et la terre couverte de neige, ce qui servit fort, car cette diligence étonna ceux de dedans.
Le jour d'auparavant, un capucin de Vézelise lui demanda permission d'aller audit Vaudémont et qu'il parleroit au colonel Béru. En effet, pendant que ledit Maréchal faisoit le tour de la place,
1635. bien que ceux de dedans fissent bonne mine et tirassent force coups de mousquet, ledit capucin sortit et vint parler à lui, et lui fit entendre que le colonel Béru, s'il étoit assuré qu'on lui fit capitulation honorable, qu'il lui remettroit la place. Après quelques allées et venues , il demanda des otages et qu'il enverroit un de ses officiers pour traiter, ce qui fut fait, et le même jour la capitulation arrêtée; le lendemain, il remit la place et sortit avec six ou sept cents hommes; il fut conduit jusques à la frontière du Comté de Bourgogne. Ledit Vaudémont est sur une montagne de rocher, en précipice de tous côtés, hors une tète où le fossé est coupé dans le roc, les avenues tout à découvert, de sorte que ce siège eût bien incommodé l'armée qui étoit déjà fort fatiguée à cause de la saison, et parce qu'il étoit difficile d'y faire tranchées, n'y ayant guère que le rocher.
Après ce coup-là, tout le pays se trouva délivré jusqu'aux montagnes de l'Alsace, n'y restant plus ni places ni troupes ennemies.
Ledit Maréchal dépêche vers sa Majesté pour l'informer de tout et recevoir ses commandements sur ce qu'il avoit à faire, et cependant commence à faire les départements pour mettre les troupes de l'armée en garnison, lesquelles étoient fort fati-