‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 48 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXU · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXU

les lieux et prépare si bien son fait qu'il exécute me. son dessein ^ heureusement, défait trois corps de 26sepiembre. garde et se saisit des forts où il se fortifia diligemment.

Cette exécution contenta fort sa Majesté, qui dépécha soudain vers Monsieur, son frère, pour l'en avertir, et lui manda que s'il agissoit aussi bien de son côté, comme il avoit fait du sien, que les conquêtes des ennemis ne leur profiteroient guère; en effet, ce fut leur ôter le passage de la rivière de Somme. Plusieurs croyoient que ce seroit beaucoup fait que d'avoir chassé l'armée des ennemis et bloqué ceux de Corbie du côté de deçà, vu la saison où nous étions ; mais sa Majesté ne se pouvant contenter de cela, remande à Monsieur qui étoit vers Ancre ^, qu'il vouloit qu'il rapprochât son armée et que de son côté il bloquât Corbie.

En étant revenu à une lieue, mondit sieur luimême, accompagné du Comte de Soissons, des Maréchaux de la Force et de Châtillon, alla reconnoître ladite place et sa situation, pour juger où se

1 Richelieu dit que le Hlarquis de la Force réussit si heureusement, qu'il se logea à la porte de la ville, ayant pris les trois bras de rivière et la demi-lune que les ennemis avoient faite à cinquante pas de la muraille de la ville, après avoir passé au fil de l'épée tout ce qui s'y trouva. ( Collection Michaud et Poujoulat, 2" série, tom. ix, pag. 76.)

^ Nom d'uDe petite rivière qui passe près de Corbie.

1636. dévoient prendre les tranchées pour la circonvallation, ce qui fut résolu soudainement, et les lieux où se dévoient faire les forts. Il fut question de mettre la main à l'œuvre ; l'on traite avec les soldats de l'armée à tant la toise ; chacun des chefs a sa tâche afin de faire plusieurs travaux à la fois ; les ingénieurs ayant tracé tout, chaque corps d'infanterie qui étoientla plupart campé sur les lieux, les quartiers étant donnés, fournissoit les hommes. Monsieur entreprit le premier fort, chacun faisoit à l'envi, il n'est pas croyable le grand ouvrage qui

ociobie. se fit en peu de temps. Sa Majesté qui veut être partout, s'étoit logée à une lieue de là; elle vint bientôt visiter tous les travaux et donna plusieurs avis des choses qu'il falloit faire, comme étant fort judicieuse et entendue. Le Cardinal de Richelieu y venoit aussi très-souvent; il étoit logé à Amiens, d'où, avec une merveilleuse diligence, il faisoit fournir toutes choses nécessaires, non-seulement les pains de munition , mais même l'avoine et fourrages qu'il faisoit venir par mer, et de tout le pays, les outils pour les travaux, les charpentiers avec tous les matériaux pour les huttes, jusqu'à mettre les corps de garde à cheval à couvert; la saison obligeoità tout cela, aussi étoit-ce une haute entreprise, ayant l'ennemi si prés.

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