‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 49 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXIL

Comme la circonvallation fut presque achevée, leas. on apprend que la nécessité de ceux de dedans n'étoit pas telle qu'on dût espérer les faire rendre de longtemps; de sorte que la proposition étant mise en avant de les attaquer de vive force, aussitôt cela ^e octobre. fut résolu, et les soldats y témoignèrent grande disposition, disant qu'il valoit mieux en sortir bientôt que de tant languir.

Sa Majesté, qui étoit en un assez mauvais quartier où il yavoit forcemalades, eut volonté de changer d'air et d'aller faire un tour jusqu'à Chantilly; elle commanda au Marquis de la Force de la suivre ; qu'elle vouloit qu'il demeurât prés d'elle-même pour rallier huit à neuf mille hommes qu'elle avoit fait venir de rafraîchissement, et pour se servir de lui selon les occasions, témoignant toujours prendre grande confiance de lui et en faire beaucoup d'état.

Les attaques entre Corbie se font par les deux Maréchaux de la Force et de Chàtillon du côté de deçà la rivière où avoit toujours commandé le Marquis de la Force ; le Roi l'ayant emmené, fit commandement au Maréchal de la Force, son père, d'en prendre particulièrement soin. 11 fit dresser trois batteries; aux deux plus proches, il mit cinq canons à chacune, et deux à une plus éloignée.

Le Maréchal de Chàtillon fit ouvrir les tranchées

iSk MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

1636. de son côté avec une fort grande diligence et faisoit état avec dix-huit canons de faire trois batteries, ce qui étoit de quoi fort les tourmenter par ces diverses attaques; sa première batterie étoit un peu éloignée, n'étant que pour favoriser ses approches; néanmoins cela ne laissa pas de leur nuire.

Celles du Maréchal de la Force étoient fort proches et furent plus tôt en état; de sorte qu'encore qu'il n'eût fait tirer qu'aux défenses, et ne vouloit tirer en brèche que les autres ne fussent plus avancées, il fut tout ébahi qu'étant à une des batteries, on lui vint dire que ceux de dedans avoient de-

10 novembre, mandé trêve ; en effet, ils avoient fait sortir un tambour de l'autre côté pour demander à parlementer; on en avertit soudain le Comte de Soissons qui avoit le commandement en l'absence de

22oaobie. MoivsiEUR, qui étoit parti trois ou quatre jours plus tôt que le Roi pour aller faire un tour en poste à Paris et à Blois.

Les assiégés offrent de bailler des otages, et que le lendemain ils enverroient des députés pour traiter. Ledit Comte accepte cela, leur donne aussi des otages, envoie avis de tout au sieur Cardinal, et assemble le lendemain les Maréchaux de France et les Maréchaux de camp pour recevoir les députés et voir leurs demandes. 11 n'y eut point de difficulté à la

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capitulation. On leur accorda volontiers les choses «36. raisonnables, à savoir leurs armes et bagues sauves, des charrettes pour leurs malades et bagages, et pour leur honneur, un couple de petites pièces; par cérémonie, trois jours de temps à sortir. Il leur falloit presque cela pour se préparer et accommoder leurs malades ou blessés.

Les trois jours expirés, le Comte de Soissons fait h novembie. mettre l'armée en bataille pour leur sortie, ordonne quatre compagnies de gendarmes pour leur escorte jusqu'à Arras, et met la place entre les mains des Gardes du Roi, jusqu'à ce que sa Majesté y eût autrement pourvu, laquelle reçut un grand contentement de cette bonne nouvelle. En effet, ce fut un grand bonheur en la saison rigoureuse de l'hiver où l'on étoit. Ce coup releva fort les courages des peuples, augmenta de tant plus la réputation des armes de sa Majesté et remit en bonne assiette les affaires, car l'armée qui par la fatigue auroit pu ' fort se diminuer, par le repos et rafraîchissement se pouvoit renforcer et mettre en bon état d'agir lorsque la saison le requerroit.

Huit ou dix jours avant la reddition de la place, sa Majesté eut avis que les ennemis, pour faire diversion, s'étoient avancés avec leur cavalerie jusqu'à Cambray, et vouloient courre du côté du Re-

'536. thelois et de la Champagne, mêmement Piccolomini et Jean de Werth. Elle envoya'en diligence le ]\Iarquis de la Force de ce côté-là, avec commandement de rassembler dix-huit ou vingt cornettes de cavalerie qui y avoient été envoyées pour se rafraîchir, afin de s'opposer à eux et garantir le pays.

Il n'eut pas resté huit jours dans le pays, qu'il a avis que les ennemis s'approchoient. Soudain il mande toute la cavalerie et met ensemble environ deux mille chevaux, envoie le colonel Gassion avec cinq cents chevaux pour prendre langue d'eux, lequel part avec cela et jette une partie de quinze ou vingt devant lui, qui lui rapportent que Jean de Werth étoit logé à un village à quatre lieues delà, qui étoit fort facile à enlever; s'il eût promptement donné cet avis au INIarquis de la Force, il pouvoit faire ce bon coup; mais pour en être mieux assuré, Gassion y voulut aller lui-même, et ce retard leur donna le loisir de déloger. Cette belle occasion fut perdue; Icsdits ennemis s'en allèrent au village de Givet, sur la rivière de Meuse, où ils firent dresser un pont. Cela obligea ledit ^larquis de se tenir toujours en gros, attendant ce qu'ils deviendroient, et se fit quelques parties qui lui réussirent heureusement; il leur défit deux cents chevaux pour un coup. Enfin lesdits ennemis passèrent la Moselle et

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