‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 50 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXIL

s'en allèrent prendre leur quartier d'hiver. Ce qui isse. obligea aussi le Marquis de la Force de renvoyer ses troupes en leurs garnisons, et lui de revenir trouver sa Majesté suivant le commandement qu'il en reçut.

Le Comte de Soissons ayant pourvu à la ville de Corbie , eut commandement du Roi de le venir trouver; sa Majesté étoit partie de Chantilly et étoit allée couchera Ecouenoùledit Comte arriva le len- is novembre. demain au matin à son lever. Le JMaréchal de la Force, qui tenoit la même route, y arriva aussi une heure après. Sa Majesté ayant ouï sa messe partit pour s'en aller à Versailles et dit au Comte de Soissons : J'ai envoyé Lambert^, Maréchal de camp, en Champagne, pour mettre les troupes de mon armée aux garnisons que fat ordonnées en votre Gouvernement.

Ledit Comte pressa pour y aller lui-même, mais sa Majesté lui dit : Cela nest pas digne de vous : ce qui lui déplut^, ainsi qu'il le dit après au Maréchal

1 Jean de Lambert sieur de Saint-Bris. Bassorapierre raconte qu'en enlevant une barricade il reçut une mousquetade chargée de dragées qui lui Dt plus de soixante trous dont néanmoins aucun ne fut dangereux. Son fils épousa Anne-Tliérèso le Marguenat de Courcelles, connue sous le nom de la Marquise de Lambert, et auteur des Avis d'une mère à sa fille.

2 Le Comte de Soissons craignait que le complot qu'il avait formé avec Monsieur pour se défaire du Cardinal pendant le siège de Corbie, n'eut été découvert, et il voulait, en se retirant dans son Gouvernement de Champagne, se soustraire aux vengeances de Richelieu.

1636. de la Force, car il avoit dessein d'y aller et de les placer lui-même, et il ajouta comme il se départoit : On m'ôte le commandement de V armée- à quoi ledit Maréchal répondit : Vous voyez, monsieur, que Von la met toute en garnison ; je vous irai trouver tantôt à votre logis à Paris. Car ils se séparèrent incontinent.

Comme ledit Maréchal fut arrivé à Paris, il envoie chez ledit Comte savoir s'il étoit en commodité de le voir; mais on lui rapporte qu'après avoir dîné chez madame la Comtesse sa mère, il s'en étoit allé baigner et dormir chez Précontal. Le lendemain ayant le même dessein de l'aller voir, on lui mande qu'il étoit parti bon matin pour aller à Versailles trouver le Roi; et croyant voir Monsieur qui étoit revenu de Blois le jour auparavant, le Maréchal s'en alla à l'hôtel de Guise où il logeoit. On lui dit qu'il n'y avoit pas couché et ne reviendroit que le soir; sur le midi, la nouvelle fut répandue partout qu'ils s'en étoient allés tous deux dès 20 novembre, le soir auparavant, et qu'on leur avoit donné l'alarme qu'on les vouloit saisir.

Ce nouveau changement donna beaucoup d'appréhension aux gens de bien que cela n'augmentât encore les maux de l'Etat. Les avis en furent donnés aussitôt à sa Majesté. Le Maréchal de la Force

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