‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 6 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XVII

OU quatre cornettes de cavalerie, lesquelles il lui en- 1632. voya soudain.

LeMaréchal de laForce, auquel on donna avis que dans la ville de Baignols, qui est entre le Pont-Saint- Esprit et Nismes , la plupart des habitants étoient bien disposés et que s'il y alloit promptement, il seroit reçu, se résout de s'y acheminer avec deux régiments et quelque cavalerie; mais le Duc de Montmorency y avoit envoyé quelques capitaines et soldats, lesquels y étant entrés, s'en rendirent les maîtres, de sorte qu'il fut contraint de s'en revenir sans rien faire, n'ayant ni artillerie, ni moyen quelconque d'y faire aucun effet; d'ailleurs il étoit obligé tous les jours de disperser ses forces pour secourir les lieux qui lui demandoient assistance ; même au Maréchal de Vitry, qui se trouvoit dans son Gouvernement de Provence sans aucune force, il lui envoya dix cornettes de cavalerie. En ce temps-là il est averti que Monsieur avec le Duc de IMontmorency s'acheminent à Beaucaire; Peyrault le Gouverneur, qui avoit protesté de vouloir demeurer au service du Roi, étoit au château; dés qu'il voit approcher ce secours il veut se saisir de la ville ; les habitants résolus de se maintenir dans l'obéissance de sa Majesté, se rallient et le contraignent de se retirer dans son château, et soudain dépêchent vers

1632. le Maréchal de Vitry, qui étoit prés d'eux, pour lui demander secours, et de même au Maréchal de la Force qui étoit au Pont-Saint-Esprit. Le premier rassemble promptement environ deux cents hommes qu'il jette dedans; le second y envoie le régiment d' Aiguebonne et le fait suivre de deux autres ; cela y arriva si à propos que Monsieur étant venu lui-même dans le château , et le sieur de Montmorency avec tous les principaux de son armée, s'étant 2 août, proposés et résolus de donner pour enfoncer les barricades que ceux de la ville avoient faites contre le château, voient entrer en même temps ledit régiment, ce qui leur fait changer de dessein, y jugeant trop de péril et remettant la partie à une autre fois.

Cependant le Maréchal de la Force, qui ne veut pas perdre de temps en tout ce qu'il juge pouvoir utilement servir le Roi, apprend que le Vicomte de l'Estrange arme pour le Duc de Montmorency dans le Vivarais, qu'il met son régiment sur pied et deux ou trois autres; il se résout de s'y opposer, et pour cet effet, envoie le régiment de Vaubecourt se jeter dans les ruines de Privas * et s'y fortifier, puis le fait suivre par celui de Sault et pourvoit à

' Privas avait été pris et saccagé par le Roi dans la guerre des Protestants, le 27 mai 1629.

UVRE m, CHAPITRE XVU. ftl

leur subsistance. Les nouvelles lui viennent que le i«32. Vicomte de FEstrange qui est accrédité dans le pays, assemble tout ce qu'il peut, résolu de les aller attaquer à Privas; il fait partir encore le régiment d'Alincourt pour les joindre, et y envoie la Roque- Massebeau avec quatre cornettes de cavalerie.

Le sieur de l'Estrange ayant assemblé sept à huit cents hommes, se vient loger dans le bourg de Tournon, qui n'est qu'à une canonnade, et se barricade là, faisant état» de se saisir de quelques passages qui les pouvoient incommoder, même pour les vivres; le Maréchal de la Force leur avoit recommandé de ne perdre point l'occasion de combattre; les troupes du Roi, en voyant le moyen et impatientes de ce voisinac^e , tiennent conseil de ce qu'elles ont à faire, prennent résolution de les aller attaquer, font leur ordre , marchent en plein midi, s'en vont droit à eux et les enfoncent si vigoureusement qu'ils les emportent, tuent environ ' trois cents hommes, prennent ledit sieur de l'Estrange* prisonnier et quelques officiers ; tout le reste est mis en déroute.

Ce coup fort avantageux apporte telle réputation

* Malgré les démarches du Duc d'Elbœuf auprès du Maréchal de la Force pour l'échanger ou le mettre à rançon, son procès lui fut fait par Machault, Intendant de Languedoc, et le Vicomte de l'Es-

ft2 MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

1632. aux armes de sa JMajesté que cela assura tout le Vi-î varais eu son obéissance, avec le soin que le Maréchal de la Force apportoit de faire suivre tout ledit pays, et de même des Gévennes pour les affermir au service du Roi, ce qui réussit fort bien, surtout parmi ceux de la Religion.

Quelques jours après, il reçoit avis que le Duc d'Elbœuf * avoit rallié toutes ses forces et faisoit un convoi de viv:^es et de munitions de guerre pour jeter dans le château de Bcaupaire; le Marquis de la Force qui étoit dans Nismes, mande audit Maréchal la même chose, et que s'il pouvoit rallier les forces du Roi, qu'il y auroit moyen d'entreprendre sur ledit Duc.

Il avoit été contraint de les disperser de tous côtés pour appuyer ceux qui étoient désireux de se maintenir en l'obéissance du Roi; mais comme il voit le temps à propos de les rejoindre , il mande - partout et donne rendez-vous à toute la cavalerie et infanterie, qui font telle diligence, que la deuxième journée tout se trouve ensemble ; lors le

tranges fut décapité au Pont-Saint-Esprit, le 6 septembre 1632. Voir {correspondances, 25 août 1G32) une lettre du Roi relative à son exécution.

^ Le Maréchal de la Force se retrouvait, comme en 1G22, en face du Duc d'Elbœuf ; mais les rôles avaient changé: la Force commandait l'armée royale, d'Elbœuf le parti rebelle.

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