‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 51 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

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ne put l'aller voir que le lendemairij et encore qu'il less. fût parti bon malin, la trouva déjà en chemin pour s'en venir au Louvre ; le Roi l'entretint fort sur cette alarme qu'avoient prise ^Monsieur et monsieur le Comte de Soissons, et s'il jugeoit que ce dessein vint de plus loin, d'autant qu'il avoit toujours été auprès d'eux à l'armée; mais le Maréchal assura à sa IMajesté qu'il n'en avoit jamais rien aperçu et qu'ils n'avoient jamais faitparoître aucun mécontentement, hormis ledit Comte, de ce qu'il ne lui avoit pas été permis de s'en aller en son Gouvernement de Champagne.

Le sieur de la Coste étoit venu trouver le Maréchal de la Force, étant en peine de ce que par malheur il avoit été tout le jour et tout le soir auprès de iMoNSiEUR, qui s'étoit servi de son carrosse jusqu'à ce qu'on lui eût amené des coureurs et porté de l'argent pour partir; craignant qu'on lui imputât quelque chose de ce départ, étant du tout innocent de cette affaire, il demandoit avis audit Maréchal de ce qu'il devoit faire; monsieur de la Force lui conseilla de s'en venir le matin avec lui trouver le Roi, ce qu'il fit en effet. Sa Majesté fut aise de s'enquérir avec lui de toutes les particularités de ce qui s'étoit passé, et sa Majesté avoit cru qu'ils étoient allés ensem])le, Monsieur et monsieur le

1636. Comte, jusqu'à ce qu'elle fut assurée par eux que MoiNSiEUR avoit pris le chemin de Blois et avoit renvoyé ses coureurs d'Etampes, où il avoit pris la poste; le Comte de Soissons étoit allé vers Sedan.

Sur le soir, sa Majesté eut un de ses courriers revenu de Blois, qui lui assura que Monsieur y étoit et qu'il partoit un gentilhomme de sa part, envoyé vers sa Majesté, ce qui lui donna beaucoup de contentement. En effet, il arriva le matin à soulever, et sa Majesté appela le Maréchal de la Force pour lui faire part de cette bonne nouvelle et de la lettre qu'il lui écrivoit, fort judicieusement faite et fort respectueuse, lui protestant de son obéissance et qu'il ne feroit jamais rien (Contre son service. Il en arriva aussi quelque temps après du Comte de Soissons, cela donna grande satisfaction au Pvoi; néanmoins il y avoit toujours de quoi appréhender que ces méfiances continuant, cela ne pût produire avec le temps du désavantage à l'Etat, en la conjoncture où se trouvoient les affaires générales, et la grande aigreur qui étoit entre les Couronnes, y ayant de grandes et puissantes armées de tous les côtés sur les frontières d'une et d'autre part.

Il se fait force voyages de personnes envoyées de la part du Roi vers Monsieur et de mondit sieur vers sa Majesté, et de môme dudit Comte de Sois»

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sons. Ces négociations s'acheminent bien; plusieurs i636. en espèrent bon succès, d'autres non. Après plusieurs articles accordés, il s'en propose de nou- lesi. veaux. Cela déplaît à sa Majesté, qui reconnoit l'importance de cette affaire et ne veut laisser traîner cela davantage: le Roi se résout en continuant le traité, de marcher lui-même et de s'acheminer à Orléans. Cependant on avoit tellement pourvu à tous les passages, qu'il étoit malaisé que ]Mo>sieur eût pu faire aucun dessein; il fit paroître qu'il ne s'étoit retiré que sur l'appréhension qu'on lui avoit donnée qu'on se vouloit saisir de sa personne.

Sa Majesté part de Paris avec ses Gardes seulement et la cavalerie qui a accoutumé de le suivre, et dit au Maréchal de la Force : Je veux que vous vous reposiez, et sifai besoin de vous, je vous manderai. Le Roi commanda au Marquis de la Force de le suivre * , puis se rendit à Fontainebleau et de là à 4 février. Orléans. Comme les choses qui rcgardoient le contentement de MoASiEUR furent accordées, il fut question de se voir, le Roi jugeant qu'il importoit a la réputation de ses affaires que cela fût, car de s'être approché si prés et que cela ne fût point, l'on en feroit mauvais jugement et ses ennemis en pren-

' Voir {corresipondances, 2 ef 9 février 1637) deux lettres du Marquis de la Force écrites d'Orléans à sa femme.

1637. droient de l'avantage. Monsieur, qui ne pou voit se développer de la méfiance, y faisoit de la difficulté et vouloit faire remettre cela à un autre temps. Sa Majesté s'y affermit, enfin il ploya, et pour satis-

8 février, faire à ce que sa JMajesté désiroit, la vint trouver à Orléans; ce ne fut qu'embrassades, et d'abord vivant ensemble avec la même franchise qu'aupa-

14 février, ravaut. Le Roi s'en revint à Paris, Monsieur s'en retourna à Blois, et sept ou huit jours après s'en revint trouver sa Majesté à Paris.

La saison étoit propre pour les réjouissances; ce ce ne fut pour quelques jours que comédies ' et ballets.

La nécessité et grande importance des affaires obligeoit sa Majesté à faire un grand fonds de deniers; l'on avoit demandé à toutes les villes un emprunt qui alloit fort haut et qui faisoit crier beaucoup de gens. La ville de Rouen, soit que le murmure du peuple y portât le Parlement, ou que de soi-même il y fût convié, donnèrent un arrêt sur ce sujet, fort hardi, et qui déplut au Roi. Ce qui 6 mars, décida sa Majesté à s'y acheminer pour ne laisser

1 Le Cardinal de Richelieu fit représenter dans son hôtel une comëdie qui coûta plus de cent mille écus, voulant politiquement masquer par des réjouissances la pénurie de l'État et la situation critique où se trouvait le Royaume.

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prendre pied à telles désobéissances ; élant en che- les:. min, le Parlement députe vers sa ^lajesté, qu'ils étoient prêts à satisfaire à sa volonté, de sorle qu'ils lui donnèrent tout contentement ; aussi s'en retourna-t-elle à Saint-Germain.

Peu de jours après, sa Majesté, qui avoit toujours dit au Maréchal de la Force qu'elle vouloit reconnoître ses services^ lui fit dire par monseigneur le Cardinal qu'elle vouloit lui donner la qualité de Duc et faire ériger sa terre de la Force en Duché- Pairie pour lui et les siens, et commanda que les lettres lui en fussent envoyées. Cette gratification de sa Majesté fut tellement dans l'approbation d'un chacun \ que toutes les formalités en tel cas re- Junici. quises y furent promptement observées, et avec tant de bonne disposition, que tous messieurs du Parlement disoient librement qu'ils n'avoient vu aucune réception d'Officier de la Couronne faite si honorablement, ni avec un plus grand applaudissement; en effet, il étoit en très-grande estime de toutle monde. Il fut conduit au Parlement par mon- 3 août. seigneur le Prince et plusieurs Ducs et principaux Seigneurs de la Cour, qui l'accompagnoient. Les lettres patentes furent lues, et il prêta le serment

* Voir {correspondances, 12 août 1637) une lettre remarquable écrite de Genève par le Duc de Rohan au Maréchal de la Force. III. 13

1637. publiquement; après, son avocat ^ s'étendit fort sur l'antiquité de sa Maison, sur sa grande extraction et les grands services que lui et les siens avoient rendus à la Couronne, et ceux que ses enfants y rendoient tous les jours. L'Avocat général ^ voulut parler aussi, qui fit merveille; l'on en pourra voir lesdites harangues ^

Toute cette action fut fort glorieuse pour lui et pour toute son honorable famille, ayant en cette célèbre Compagnie, fort exalté leur valeur et les témoignages qu'ils avoient tous rendus de leur générosité en plusieurs occasions.

Cette année-là, le commandement des armées fut donné à d'autres, soit que sa Majesté le voulût soulager en son âge, ou pour le retenir près d'elle, lui ayant dit qu'elle vouloit elle-même se mettre en campagne et désiroit qu'il fut près d'elle pour commander sadite armée, et le Marquis, son fils, avec lui. Un chacun sait ce que les gens de guerre en disoient, ne se pouvant taire qu'ils le trouvoient bien à dire.

1 Le sieur Joubert. Voir l'Inlroduction au l*"" volume.

2 Jérôme Bignon, l'un des plus beaux génies de son siècle, et de tous les écrivains le plus précoce, car il avait publié à l'âge de dix ans son premier ouvrage.

3 Ces discours sont conservés avec les détails de la réception du Maréchal de la Force aux archives de la Maison de Condé. {Re<fiteil de pièces, n" 832.)

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Pendant ce temps-là, l'amour ardent qu'il avoit tes?. pour ses enfants, et de maintenir la paix entre eux après sa fin, comme il avoit fait de son vivant, le fait résoudre à éclaircir toutes les affaires de sa Maison, soit pour les droits d'un chacun, soit pour le payement des dettes qui étoit grand, tant à cause de tous les désavantages qu'il avoit soufferts durant les guerres de la Religion, que des grands frais qu'il a faits depuis en servant le Roi dans le commandement de ses armées.

Ils emploient des gens de conseil, et ensemblement disposent si bien toutes choses, qu'avec le gré et contentement d'un chacun, toutes leurs affaires s'éclaircissent; ils passent plusieurs contrats pour bien assurer le tout et empêcher qu'à l'avenir il ne puisse arriver entre les frères aucune contestation, prennent aussi les expédients les plus commodes pour acquitter les principales dettes. Le tout réussit fort heureusement, ce' qui fit d'autant plus estimer la prévoyance et prudence du père et le bon naturel des enfants et leur mérite.

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