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rendez-vous de toutes les troupes étoit donné , et less. promptement de se jeter dans le pays des ennemis, entre Cambray et le Catelet, pour donner jalousie aux ennemis et faire diversion ' de ce côté-là, afin de favoriser le siège dudit Maréchal de Châtillon, et lorsqu'il auroit pris la place, il le viendroit favoriser à lui, pour faire un autre siège. Ledit Maréchal de la Force s'étant avancé jusqu'à la portée de canon dudit Catelet, fit camper là l'armée^ et le lendemain la fit mettre en bataille pour en faire la revue, et leur fit à tous donner la montre.
Le propre soir, il reçut commandement du Roi ^ d'acheminer ladite armée vers Saint-Omer pour en favoriser le siège, à cause que ledit Maréchal de Châtillon se trouvoit foible, les ennemis s'étant assemblés pour venir à lui.
Sans perdre temps, il part le lendemain % prend 9 juin. son chemin par le milieu de la Flandre, passe à la vue de Cambray, deBapaume, d'Arras et de Renty, fait de si bonnes traites qu'il en arrive à une lieue prés dans six ou sept jours, et chemin faisant prend
1 Voir {correspondances ^S mai 1638) une lettre du Cardinal de Richelieu au Jlaréchal.
2 Correspondances, 8 jum 1638.
3 Le Maréchal de la Force partit de son camp de Saint-Martin, près du Catelet, avec treize mille hommes de pied, trois mille cinq cents chevaux et douze canons. [Mercure François, tome XXll, page 189
1638. plusieurs églises fortifiées et châteaux qui incommodoient fort les frontières de France. Etant ar-
njuin. rivé, ils se donnent rendez-vous entre deux ', le Maréchal de Chatillon et lui, pour conférer ensemble ; ledit INIaréchal le presse fort d'entreprendre un quartier avec son armée, et qu'il auroit le choix; mais le Maréchal de la Force lui fit voir des lettres qu'il venoit de recevoir de sa Majesté, par lesquelles elle lui commandoit de ne s'engager point au siège ^, qu'elle vouloit que son armée demeurât libre, mais qu'il pouvoit se placer aux lieux qui seroient jugés les plus avantageux, afin d appuyer ledit sié.".e et de combattre les ennemis s'ils venoient pour secourir les assiégés, ce que ledit Maréchal lui offrit, et qu'il étoit là exprès pour l'assister de tout ce qu'il auroit besoin. Le Maréchal de Chatillon lui demanda quelque infanterie pour tenir un quartier, ce qu'il fit par trois régiments qu'il lui envoya, et le lendemain il l'alla voir à son siège, et visita tous ses travaux, et reconnut toute l'assiette (Je la place, où ledit Maréchal de Chatillon le mena lui-même; après ils tinrent conseil; tous les
1 Leur entrevue fut dans la vallée de Houle, où ils eurent une briève conférence et s'en retournèrent chacun en son camp. {Mercure François, tome XXll, page 189. )
2 La conduite du Maréchal fut approuvée par le Roi. {Correspondances, 21, 24 et 27 juin 1638.)
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principaux officiers y furent appelés, entre autres, «eas. les sieurs du Hallier, Lieutenant Général en l'armée, et de même le sieur d'Arpajon. Il fut résolu que le Maréchal de la Force s'iroit placer avec son armée à Eperlecques *, qui est un petit village à une lieue de Saint-Omer, sur le chemin d'Ardres, d'où venoient tous les vivres nécessaires pour la subsistance des armées, afin d'en assurer les convois; et à un quart de lieue de là, il y a un château nommé Ruminghem, sur la rivière qui va de Saint- Omer à Gravelines, que les ennemis tenoient, et situé fort avantageusement, ayant d'un côté une petite rivière fort marécageuse, et de l'autre un grand bois fort épais, et auprès dudit château une grande place fort spacieuse. La résolution avoit été prise de l'aller attaquer, pour l'importance du lieu à cause de la rivière où il y avoit un grand pont,
* « Le 25 juin, le Mareschal de la Force, qui avoit son quartier à Esperlèque, eut avis que les ennemis avoicnt paru entre Cbaumontou et lonvire, ce qui l'ayant fait résoudre d'aller à eux, il commanda deux cents hommes tirés des régiments des Gardes, dePiémon, de la Marine et de Bourdonné, qu'il fit soutenir par le reste desdits corps, avec ordre de les attaquer. Ce qui fut exécuté si hardiment et avec tant d'heur, que plusieurs des ennemis écartez de leur gros furent tuez sur la place ou noyez dans un gros ruisseau voisin. S'étant toutefois ralliez delà l'eau, ils revinrent aux nostres, lesquels, soutenus de leurs corps, combattirent près de quatre heures^ et obligèrent les ennemis à repasser l'eau avec confusion, de sorte qu'il y en eut encore plusieurs de tuez et d'autres noyez, » (Mercure François, tome XXII, pag. 190.)
1638. il arrive un accident qui l'empêche. Le Maréchal de Châtillon avoit fait une dépêche au Roi pour l'avertir de l'arrivée du Maréchal de la Force avec son armée et des résolutions qu'ils a voient prises ensemble, mais surtout afin que sa Majesté lui fit commandement de se joindre ensemble pour attaquer au siège, après qu'il auroit pris ledit Ruminghem, où il alloit préparer toutes choses pour cet effet; le malheur arrive que son courrier est pris et toutes ses dépêches que Ton porta soudain au Prince Thomas, qui étoit campé avec son armée au delà delà rivière, entre Ruminghem et Bourbourg, qui ne perd pas temps. Soudain il passe l'eau sur le pont dudit Ruminghem avec la plus grande partie de son armée et fait un grand travail audit lieu, et de bons retranchements à toutes les avenues, de sorte qu'il étoit très-difficile de le pouvoir attaquer .
Ledit Prince Thomas, qui cherchoit tous les moyens pour se pouvoir placer sur ladite rivière en lieu commode d'où il pût couper nos vivres, alla de nuit attaquer une redoute que le Gouverneur d'Ardres avoit faite sur une digue, entre des marais assez difficiles à aborder; il y mena six ou sept pièces de canon, et les pressa si vivement qu'il les eut forcés à huit heures du matin. Ledit Gouver-
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neur d'Ardres en envoya avertir le jMarëchal de la less. Force, qui fît soudain partir le sieur d'Arpajon pour les secourir avec quinze cents chevaux et deux mille mousquetaires; mais quand il arriva, il trouva besogne faite; le Maréchal de la Force le suivoit avec le reste de l'armée.
Comme il reconnut que ledit Prince Thomas avoit pris des postes deçà la rivière qui lui pourroient nuire, il délibère d'aller attaquer promptement cette redoute de la digue, jugeant qu'il l'auroit bientôt reprise, si l'avis qu'on lui avoit donné que ledit Prince Thomas fût monté vers Saint-Omer avec son armée, étoit véritable; en tout cas que s'il ëtoit encore là, ce lui seroit possible une occasion de le pouvoir combattre, ce qu'il recherchoit toujours. Il part au point du jour avec son armée; 25 juin, comme il approche de ladite redoute, il y trouve encore l'armée du Prince Thomas placée si avantageusement, qu'il n'y avoit aucun moyen de la pouvoir approcher, à cause des marais et des fossés, de sorte que deux ou trois heures se passèrent seulement en escarmouches avec force canonnades de part et d'autre. Ledit Maréchal s'étant retiré et voyant qu'il étoit impossible d'aller aux ennemis pour les déloger de là où ils étoient, se résolut de se placer aussi devant eux pour les empêcher qu'ils
1638. ne pussent interrompre les convois, et donner sûreté à tous ceux qu'il faisoit faire deux ou trois fois la semaine pour l'armée du Maréchal de Cliâtillon au siép;e de Saint-Omer; il se retrancha le long d'un petit ruisseau à une petite église nommée Zouafques, et conduisit toutes choses si heureusement qu'il ne perdit jamais aucun convoi.
Au bout de quelques jours, le Comte Piccolomini vint avec son armée joindre le Prince Thomas; ce grand renfort même de cavalerie, leur donna har- 8 juiiieu diesse de se venir présenter aux retranchements du Maréchal de la Force, pensant le braver. Il y vint encore six mille chevaux très-bien armés, commandés par le Comte de Nassau ', et Colloredo qui commandoit la cavalerie de Piccolomini, comme étant son Lieutenant Général; ledit Maréchal crut qu'ils venoient lui présenter la bataille; soudain il prépare son armée, cavalerie, infanterie et artillerie, et marche droit à eux. Comme les ennemis voient cela, ils commencent à faire leur retraite en très-bon ordre. Notre cavalerie leur fit quelque charge, de quoi ils ne se trouvèrent pas bien ; il y eut quelques escadrons trop chauds, qu'ils ramenèrent battant; aussi étoient-ils beaucoup plus en
1 Jean III Comle de Nassau Siegen, surnommé le Jeune.